EMI/EMC en 6e et 5e

"Unes" de presse écrite

Séances communes aux 6e et 5e en co enseignement : histoire géographie (M. de Paix de Coeur) documentation (Mme Moékri)

 

OBJECTIFS :

-Analyser le traitement de l’information et de ses messages à travers des dessins de presse : dessins versus photos , effets du cadrage de la photo (foule compacte, visages) association titre et image, symboles, angles d'approche de la presse francaise, de la presse étrangère ...

-Travailler à partir de documents issus de l’actualité immédiate. Rôle de veille du professeur documentaliste en tant que professionnel de l’information qui met à disposition des collègues disciplinaires des supports d’activités adaptés

-Au niveau 6e : présenter la notion de périodicité (quotidien, hebdomadaire, mensuel ...)

-Développer un sens (un regard) critique et la dimension éthique dans le cadre de l’Enseignement Moral et Civique dans la transversalité.

 

METHODE

Les images sont projetées et le groupe classe est invité à commenter la composition de chaque image et le message qui en découle. Exercice qui favorise la réflexion la formulation d’hypothèses ainsi que l’argumentation à travers la prise de parole individuelle.

 

1) Retour sur les images de « la marche républicaine » à partir de trois quotidiens français :

Le figaroL'humanitéLibération

 

-Images d’un peuple rassemblé autour de la statue de Marianne (et les allégories de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité), place de la République. Prise de vue en plongée pour décrire l’immensité de la foule. On ne voit pas les visages, mais des personnes unies regroupées pour manifester leur émotion et leur détermination. D’autres « unes » de journaux avaient choisi de photographier des visages (parti-pris plus psychologique ») comme pour illustrer la proximité avec ces personnes que l’on pourrait reconnaître comme des voisins, des amis. Cela donne un sentiment d’unité au-delà des origines et des croyances de chacun. Le rapport texte/image traduit un message éloquent : celle d’un peuple français debout (titre des «unes ») face au terrorisme.

 2) Attentats du 13/11/15 :

Le professeur d’histoire géographie et le professeur documentaliste ont choisi de ne pas faire analyser les images des scènes des attentats (terrasses de café détruites, corps au sol masqués par une couverture ...) sachant que ces images avaient défilé quasiment en boucle à la télévision et qu’il était préférable pour éviter tout sensationnalisme et par pudeur, de revenir sur le traitement de l’information à partir du dessin de presse, alternative à la photographie.

Notons également que les hebdomadaires moins dans l'immédiateté que les quotidiens, ont choisi le dessin de presse pour illustrer leurs "unes".

 Quelques "unes" de la presse française ...

 J TéléramaJ LibéJ Le ParisienJ Charlie

 

 

-Pour cette activité, seuls deux clichés ont été retenus : celui du journal « Libération » (quotidien français) et celui de « Der Spiegel » (hebdomadaire allemand influent) pour faire le lien avec le traitement de l’information qui avait été choisi pour rendre compte de « la marche républicaine » Cf : cadrage de la photo : foule versus visages des personnes.

On notera qu’au-delà des appartenances politiques, le message est le même. Celui d’un pays debout. Notion de « consensus démocratique ».

- « Télérama » (hebdmadaire de programmes télé) choisit de dessiner deux mains agrippées et unies. Les élèves avancent que la deuxième main pourrait être celle d’un enfant car plus petite ou plus rose, d’autres voient dans la deuxième main celle d’un mourant qui s’accroche désespérément ...

- « Le Parisien » (version magazine) rend compte de l’absence et de la disparition par des chaises vides et des verres encore pleins. Dans la sidération du silence, un gros titre apparaît reprenant une interrogation commune après l’irruption de la terreur.

- « Charlie Hebdo » (journal satirique hebdomadaire) est fidèle à son esprit (les gros mots sont une convention de ton propre à l'esprit satirique de "Charlie Hebdo") : recours à l’humour noir et à l'outrance pour faire un pied de nez la terreur.

 

Quelques "unes" de la presse étrangère :

J Der SpiegelJ TimeJ NY

 

-La couverture du « Time » (hebomadaire américain) permet de réaffirmer que la France reste la patrie de la philosophie des Lumières, tel ce phare qui figure le « I » du « Time magazine » à la fois Tour Eiffel et repère qui éclaire le monde. On évoque aussi le mouvement ascendant telle la statue de Marianne, place de la République : un peuple et des valeurs debout.

-Le magazine hebdomadaire américain « The New yorker » a choisi un bar dessiné par Charles Berberian pour illustrer sa couverture du numéro du 30 novembre qui évoque les attentats parisiens du 13 novembre.

http://www.franceinter.fr/depeche-le-francais-charles-berberian-signe-la-une-du-new-yorker

Ce dessin pourrait à lui seul constituer une analyse à part entière dans la mesure où il décrit avec poésie et humanité (qui n’est pas sans évoquer le texte de Gaspard Proust au lendemain du 07 janvier) d’un peuple animé par des forces de vie. Pourtant cette lumière qui émane de l’intérieur du bar installe la nostalgie comme si cet instant était à jamais figé, comme un instant qui n’est plus. Prolongements possibles en arts plastiques et en Lettres.

 

Conclusion :

Ces études de « unes » ont permis de faire prendre de la distance en invitant à la réflexion par rapport aux événements (en contextualisant les images) sans occulter les interrogations des élèves comme ce sentiment de peur perceptible, chez certains.

 

 

Photos détournées et rumeur

Séances communes aux 6e et 5e en co enseignement : histoire géographie (M. de Paix de Coeur) documentation (Mme Moékri)

OBJECTIFS :

-Démontrer que l'image n'a de sens que par la légende qui la présente

-Des photos détournées ont ainsi circulé sur les réseaux sociaux le lendemain des attentats dans le but de diffuser des rumeurs

-Il est important de responsabiliser en matière de diffusion immédiate d'un contenu sachant que les élèves entrent de plus en plus tôt sur les réseaux sociaux. Interactions entre Education aux médias et à l'Information (E.M.I) et Enseignement Moral et Civique (E.M.C)

 

 OBJETS D'ETUDE :

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/15/ces-fausses-photos-qui-circulent-apres-les-attaques-de-paris_4810283_4355770.html

Article d'un blog du journal "le Monde" (quotidien)

1) Photos d'une ville désertée :

 Rue déserte

 

paris desert

 

2) Photo d'un métro désert :

metro

 

3) Photos d'avenues désertes :

Paris désert

 

Rues de Paris

 

4) Vue extérieure d'un édifice (illustration parue dans le quotidien "Libération")

mosquée

 

MISE EN ACTIVITE DES ELEVES :

Des photocopies de ces photos (muettes) ont été distribuées aux élèves afin qu’ils proposent une légende selon leurs suppositions, pour démontrer que le sens d’une image est fabriqué par le texte qui l’accompagne et que l'on peut y accoler n'importe quel texte pour appuyer ce qui est avancé ... Le contexte et la date de la prise de vue sont dès lors des éléments essentiels qui vont orienter le jugement.  Il fallait aussi imaginer de quel type d’article de presse la photo pouvait être issue.

 RESULTAT :

-La plupart des élèves ont expliqué le fait que les rues soient vides par la peur des attentats ou les effets de la COP 21 sur la circulation dans Paris

-Les élèves ont reconnu les éléments architecturaux d'une mosquée, certains ont imaginé qu'un journaliste a pu rédiger un article sur l'islam (autre hypothèse sur l'islamisation)

Ces photos ont circulé le 14 novembre 2015 sur les réseaux sociaux prétendumment pour illustrer la peur de sortir dans les rues de Paris. Or ces clichés datent de plusieurs mois, voire de plusieurs années. Comme nous l'indique le blog du "Monde", "les décodeurs" (voir URL mentionnée ci-dessus).

 

-Les photos en noir et blanc sont issues d'une cette série réalisée en 2012 par Lucie & Simon, deux artistes-photographes parisiens, à Paris, New York, Londres ou encore Pékin. Elles ne laissent comme repère qu’un survivant au milieu de nulle part. Prolongements possibles en arts plastiques Cf : correspondances avec l’œuvre d’Edward Hopper.

 -La photo de l’opéra Garnier : a figuré dans le Guide du routard avec pour légende« week-end du 15 août 2011, la capitale est désertée des automobilistes ». 

-Le métro vide est une photo tirée d'un blog et date du 21 août 2006

-Cette avant dernière photo est extraite du quotidien "Le Parisien" datant du 15 août 2014 avec pour légende : « Chaque année, la capitale se vide au mois d’août. Finis les bouchons, les piétons peuvent reconquérir les rues, boulevards et avenues parisiens. » Le 14 novembre après la parution de cette photo sur les réseaux sociaux, les commentaires font remarquer que les arbres sont bien trop feuillus et verts pour que l'on soit en novembre ...

 -Edifice vu de l'extérieur : 

photo extraite d'un article de Bernadette Sauvaget (« Libération 14 novembre 2015"):

http://www.liberation.fr/france/2015/11/14/cela-va-nous-retomber-dessus_1413452

Titre de l’article : « témoignages : devant une mosquée, cela va nous retomber dessus »

Résumé de l’article : » Fatalistes, les musulmans interrogés autour de la mosquée de la porte de la Villette, à Paris, s’attendent à ce que l’islam soit une nouvelle fois mis en cause. Eux affichent leur citoyenneté et leur douleur de Français. "

Légende de la photo : « A la mosquée de Paris, en juin [2015].Photo Joël Saget. AFP »

 

CONCLUSION :

 On rappelle aux élèves que l’auteur d'une photo doit toujours être mentionné (ou du moins la source) eu égard au droit d’auteur et qu’on peut retrouver le contexte et l’origine d’une publication d’une image sur internet grâce à TinEye et Google Reverse Image Search, outils qui permettent de chercher des images similaires à l’image à vérifier.

Le producteur et/ou diffuseur de contenus (par le seul fait de retwitter une fausse information) a un devoir de responsabilité et se doit de vérifier ce qu'il transmet  vu la vitesse de circulation d'une information sur les réseaux sociaux, afin de ne pas contribuer à propager une rumeur. Une troisième séance illustrera les effets de la rumeur via les phénomènes de "hoax'" et de "fake".

 

 

 

 

 

 

 

 

"Hoax" et "Fake"

Deux séances différentes ont été proposées aux classes de 6e et de 5e du fait de leur degré de maturité et leur utilisation possible des réseaux sociaux.

 

En 6e : "Hoax et Fake"

OBJECTIF :

Analyser ces phénomènes et leur impact

OBJET D'ETUDE :

 Documentaire "Les manipulateurs du Net" ("Grand angle" BFM TV)

https://www.youtube.com/watch?v=8BiD6wvWtVg

Extraits étudiés en classe :

-Photo détournée du films "Les lascars" sur Canal +

-Photo présentée comme "une piscine de Créteil"

-Photo d'une file d'attente de femmes portant le niqab devant la Caisse d'Allocations Familiales

DECRYPTER L'INFORMATION AVEC LES ELEVES

-Connaissances pré-requises :

  • où se trouve Champigny (quartier du bois l'Abbé) ?  Créteil ? Que veut dire le mot "préjugés" ? Quels préjugés se rattachent ) ces deux villes de par leur position géographique ? Quelle est l'intention de l'auteur qui a légendé ces photos ? Notion de "Hoax" (information fausse, périmée ou invérifiable propagée spontanément par les internautes en raison de l’instantanéité des échanges (médias, Twitter, Facebook, etc.)
  • Qu'est-ce qu'un niqab ? Quelle est la fonction de la Caisse d'Allocation Familiale ? Que veut dire le verbe "stigmatiser" ? Dans quel but a-t-on truqué cette photo ? Il s'agit ici d'un "Fake" (texte, image vidéo volontairement modifiés sur internet). La photo a été modifiée grâce à un logiciel de retouche, on y a incrusté le panneau "C.A.F" tandis qu'on y voit un panneau indiquant une station de métro à Londres ... On abordera aussi la notion d'ironie et d'antiphrase, perceptible dans les commentaires du tweet.

CONCLUSION DE LA SEANCE :

On termine par une question ouverte aux élèves : pourquoi détourner une image ? dans quel but ? (Relier avec la séance précédente concernant les images détournées qui ont circulé sur les réseaux sociaux le 14 novembre 2015). Notions de responsabilités dans la diffusion de l'information.

 

En 5e : "Hoax et Fake"

La même activité menée en 6e est reprise en 5e, avec l'introduction d'un autre exemple de "fake", exemple de bêtise, de coïncidence et de malchance lors des attentats du 13 novembre.

OBJET D'ETUDE :

http://www.liberation.fr/desintox/2015/11/14/comment-_jacky_boy-s-est-retrouve-a-etre-un-terroriste-sur-twitter_1413460

(Source : site du journal "Libération")

Jacky-boy

Extraits de l'article paru sur internet :

"Vendredi, à 15h07 près de Grenoble (selon la géolocalisation Twitter), le dénommé @_Jacky_Boy poste un selfie où il se présente comme un terroriste… La blague est d’un goût douteux, même s’il ignore évidemment à ce moment que les attentats adviendront dans la soirée. Difficile d'imaginer timing plus malchanceux.

Peu après le début des tueries à Paris, un utilisateur de Twitter tweete l'image faisant de Jacky_Boy ... le tireur présumé.

Ni une ni deux, la twittosphère s’excite et partage la photo du jeune homme originaire de Grenoble. Même si @youri_elm explique dans un tweet que son premier tweet est un«faux truc». Une heure plus tard, le même semble clairement dépassé par son «succès» : 1000 RT en une heure. «Ça part trop vite sur twitter».

Le mal est fait. La photo de «Jacky Boy» est massivement partagée sur le réseau social.

A 23 heures, ses amis avertissent Jacky_Boy que sa photo tourne sur le réseau social. Mais il ne semble pas encore s'inquiéter outre mesure de la situation. Pour lui, tout ceci n’est qu’une «blague légendaire».

Vers 2 heures du matin, on révèle sur Twitter que Jacky Boy n’est pas un des tireurs, mais ce n’est pas suffisant pour arrêter la diffusion des premiers messages l’accusant de terrorisme.

Il va d’ailleurs perdre encore plus le contrôle de sa blague potache, puisque quelqu’un va créer un compte Twitter au nom très proche du sien, le présentant comme un terroriste. Jacky_Boy s'inquiète un peu, désormais, et demande à ce que le compte soit supprimé pour éviter que la situation ne dégénère. Ni lui ni ses copains ne semblent plus du tout rigoler.

Selon ses amis, contactés sur les réseaux sociaux, le jeune homme se serait rendu au commissariat de Grenoble pour éclaircir sa situation. Selon le Dauphiné Libéré, il serait actuellement en garde à vue dans le cadre d’une enquête ouverte en flagrance pour « apologie du terrorisme » par le parquet du procureur de la République de Grenoble. On peut qualifier le cas de Jacky_Boy comme celui de l’arroseur arrosé, ou comment une mauvaise blague au mauvais moment peut être reprise sur Internet par un irresponsable avec pour résultat de faire passer un jeune qui se croit drôle pour un dangereux jihadiste."

N.B : chaque étape de la diffusion de ce "fake" a été commenté avec les élèves en s'assurant des connaissances pré-requises (où se trouve Grenoble ? Vocabulaire "tweet" "tweetosphère" "blague potache" "apologie" "procureur de la république" ...

 

CONCLUSION DE LA SEANCE :

On termine par une question ouverte aux élèves : pourquoi détourner une image ? dans quel but ? (relier avec la séance précédente concernant les images détournées qui ont circulé sur les réseaux sociaux le 14 novemvre 2015). Notions de responsabilités dans la diffusion de l'information dans le contexte de ce fait divers.