Journée de la mémoire. Une projection exceptionnelle à l'Hôtel de Ville

Dans le cadre de la « Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité », nous avons invité les élèves de 3ème à mener une réflexion sur la Shoah et les génocides reconnus, en liaison avec les programmes scolaires. 

La France et l’Allemagne ont choisi la date du 27 janvier pour cette journée de mémoire, jour symbolique qui correspond à la date de libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. 

Le projet

Dans un projet interdisciplinaire, à l’occasion de cette journée, la 3ème Salsa a pu étudier en histoire et en français les différents modes de propagande mis en place par le régime nazi. Manipulation, désinformation, imposture, les élèves ont pu constater la puissance redoutable de l’image et mesurer combien un montage et un cadrage peuvent transformer la réalité et véhiculer une idéologie mortifère. 

La projection

La classe a pu assister à une projection exceptionnelle dans la somptueuse Salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville de Paris. Le documentaire Les Enfants de Terezín et le monstre à moustache (2019), de Henriette Chardak, soutenu par la Fondation pour la mémoire de la Shoah, a été projeté devant plus de 250 jeunes issus de collèges parisiens, accompagnés de leurs enseignants. 

Ce film très émouvant présente le camp-ghetto de Terezín situé en Tchécoslovaquie. Une fille de 11 ans, Ela Stein-Weissberger, y  a été emprisonnée, tout comme 15 000 enfants juifs. Seule une centaine survivra. 

A l’époque, les nazis autorisent les enfants prisonniers à jouer l’opéra Brundibár. Ela joue le rôle d’un chat qui fait face à un moustachu, caricature d’Hitler. Les nazis filment les enfants en train de réaliser le spectacle pour faire croire que les juifs sont bien traités et que Terezín est une ville idéale. En réalité, dans cette forteresse, les nazis trient les enfants pour destiner les plus faibles au camp d’extermination d’Auschwitz, et cachent à la Croix-Rouge les enfants malades en manipulant des images d’enfants souriants mangeant des tartines. 

Ela, rescapée du camp, mettra toute son énergie à témoigner de la dureté du camp et dénoncera sans relâche les intentions cachées des nazis. Jusqu’à sa disparition à l’âge de 88 ans (en 2018), Ela soutiendra et accompagnera les élèves qui mettent en scène l’opéra Brundibár, en chantant avec les comédiens le chant final, toujours émue aux larmes, tant le souvenir de ces années terribles reste douloureux. 

Table-ronde et interventions du public :

Après la projection, une table-ronde a été organisée, en présence notamment de la réalisatrice du documentaire, madame Henriette Chardak et de George Mayer, président de l’association Convoi 77. Des adultes nous ont livré des témoignages poignants. Un monsieur s’est rendu l’an dernier à Terezín : il nous a informé que la ville fortifiée est restée intacte, déserte et silencieuse, qu’aucun signe ne rappelle le destin tragique de milliers d’enfants juifs. Seule une plaque signale la mort dans le camp du poète Robert Desnos. Ce monsieur a récupéré la copie d’un millier de dessins d’enfants trouvés dans le camp de Terezín. Il propose d’organiser une exposition de ces dessins qui d’après lui évoquent tous le désir de liberté. 

Une autre personne a grandement ému la salle : une vieille dame nous a appris qu’elle était « enfant cachée » durant les rafles. Ses parents sont morts exterminés dans les camps. 

Enfin, une femme a voulu témoigner du génocide au Rwanda et a informé des atrocités commises actuellement en République démocratique du Congo. Elle a demandé à la réalisatrice de s’intéresser à cette tragédie. 

La réalisatrice du documentaire a été très réceptive et a rappelé son engagement pour la mémoire de  tous les génocides : arménien, juif, rwandais, et a rappelé son souhait de faire reconnaître le génocide cambodgien. 

Les intervenants ont félicité les élèves d’être présents, les ont invités à exercer leur regard critique sur toutes les fake news véhiculées par Internet qui constituent un vrai poison pour les esprits. Les adultes ont invité à utiliser les meilleurs antidotes contre le mensonge et la haine : la raison, l’intelligence, la culture, la connaissance. Bientôt les témoins des camps auront disparu ; les intervenants ont rappelé l’importance du devoir de mémoire et comptent sur la jeunesse pour perpétuer la mémoire des atrocités commises. 

Quelques témoignages d’élèves de la classe : 

Ali : « J’ai été absorbé par le film ; on comprend que les nazis manipulaient ». Moustapha : « J’ai été touché du témoignage de la dame originaire de la République démocratique du Congo, ses paroles étaient sincères et très tristes pour moi et mes camarades ». Aïcha : « La femme d’origine congolaise victime de violence m’a beaucoup émue ». Myriam: « J’ai aimé le fait que les rescapés soient venus témoigner pour permettre aux futures générations de ne pas oublier. Et aussi la femme de RDC qui a voulu faire connaître les génocides rwandais et la guerre civile ». 

Pour en savoir plus et aller plus loin : 

Sur Convoi 77 : https://convoi77.org

Mémoire de la Shoah : http://www.grenierdesarah.org/index.php/fr/

http://www.enseigner-histoire-shoah.org/visites-pedagogiques.html