Circonscription 18B - Goutte d'Or (archives)

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Magali Venot mis à jour le 01/09/17
L’étude de la DEPP   18/03/14
Laurence Cyrulik mis à jour le 18/03/14

Enfants de l’immigration, une chance pour l’école

A propos de Marie Rose Moro

Les recherches de Marie Rose Moro l’ont menée à travailler sur la vulnérabilité et les besoins spécifiques des enfants de migrants. Elle a créé, en 1987, la première unité de soins transculturels destinée aux familles migrantes. En 2008, elle a élargi ce dispositif transculturel au cœur de Paris, avec une consultation transculturelle pour les enfants de migrants et leurs parents et une autre pour les enfants adoptés dans le monde à la Maison des adolescents de Cochin. S’appuyant sur ces expériences originales et novatrices et évoquant des exemples concrets, elle démontre, dans ce livre d’entretiens, que l’immigration constitue (ou pourrait l’être davantage), une chance pour l’école. On peut aider les enfants de migrants à réussir à l’école et à y être heureux et, du même coup, permettre à tous les élèves d’accéder à une diversité, une altérité, qui les prépare à un monde de plus en plus ouvert et complexe. (présentation de l’éditeur)

Marie Rose Moro est intervenue dans la circonscription pour une conférence.

Dans la circonscription :

  • à l’école maternelle, l’une de ses équipes de recherche mène une étude actuellement sur le langage (validation d’un test ELAL, pour des enfants en situation de bilinguisme)
  • à l’école élémentaire, une autre travaille sur le test TEMAS (Tell me a story) dont l’objectif est d’étudier comment les enfants mettent en scène les relations interpersonnelles à partir de la narration d’histoires avec des supports images ; dans cette recherche, sont prises en compte les dimensions cognitives, sociales et culturelles de l’enfant.

Une interview de Marie Rose Moro

Aujourd’hui le discours ambiant est plutôt hostile à l’immigration. Et vous dites que les enfants de l’immigration sont une chance pour l’école. Pourquoi ?

Je démontre que c’est un chance en m’appuyant sur mon expérience professionnelle et aussi sur ma conviction personnelle. L’immigration est une chance pour nos sociétés. A l’école c’est une chance pour les autres enfants, non-issus de l’immigration, de rencontrer la diversité, plusieurs langues, plusieurs histoires.

Pourtant dans le vécu des enseignants une école où il y a beaucoup d’enfants immigrés c’est une école où le niveau est faible et où il ya des problèmes.

Il y a des endroits où c’est vrai. Dans des zones d’enclavement urbain, où la grande pauvreté accroit la vulnérabilité des enfants. Il y a des endroits où se concentrent ces enfants vulnérables et où l’école a renoncé à appliquer les programmes et où on rentre dans un cercle vicieux. Mais ce sont des cas extrêmes. Dans la plupart des écoles il y a de la mixité. C’est de celles-là dont je parle. Et je sais, depuis le temps que je travaille à ces questions avec des enseignants, qu’il y a des pratiques pédagogiques qui encouragent l’interculturel. Le livre veut contribuer à les faire connaître.

Je pense par exemple à la "rose des langues" qu’a inventé à Grenoble Jacqueline Billiez. Elle permet de prendre conscience que personne n’est monolingue et que tous les enfants sont sensibilisés à plusieurs langues. Ailleurs, pour faire face à l’échec scolaire, on va sensibiliser les enfants en leur demandant de venir à l’école avec un conte. La simple introduction d’un objet bilingue modifie le rapport à l’école et autorise les enfants à s’exprimer. Voilà des pratiques qu’on pourrait répandre dans l’école. Mais on n’en est pas là.

Pourquoi cette résistance à la diffusion dans l’école ?

Il y a une sorte de préjugé sur le bilinguisme et les enfants de l’immigration qui fait qu’on n’arrive pas à investir sur les professeurs qui prennent en compte la réalité de la situation plurilingue. On sait que le bilinguisme est un avantage, qu’il permet d’acquérir de nouvelles compétences métacognitives en langue mais aussi bien au-delà de la langue. Une expérience a montré par exemple que les enfants bilingues savent mieux expliquer à une autre personne. Mais le bilinguisme doit affronter la hiérarchie des langues.

N’est ce pas un problème politique ?

Sous la IIIème République il y a eu l’idée que l’école arrachait l’enfant à sa langue maternelle pour lui offrir le savoir universel. On est toujours dans cette idée même si on sait que les enfants bilingues réussissent mieux..

Vous êtes pour une discrimination positive ?

Aujourd’hui les parents des familles favorisées savent bien dans quelles filières mettre leurs enfants, en classe européenne par exemple. L’idée c’est de réserver des places dans ces classes pour des enfants qui ont des compétences mais qui n’y vont pas spontanément. De favoriser leur accès à ces stratégies de choix. En fait c’est ce que recommande une résolution du parlement européen que la France a choisi de ne pas appliquer. Elle reconnait la vulnérabilité des enfants de migrants malgré leur désir de réussir. Et elle recommande de valoriser la langue maternelle de ces enfants, de la reconnaître, d’embaucher des enseignants ou des éducateurs qui représentent la diversité et de faire une place à l’école aux parents.

Vous seriez favorable au rétablissement de la carte scolaire ?

Je ne suis pas pour la contrainte d’autant que des parents savaient comment contourner la carte. Il faut plutôt valoriser l’échange.

Favoriser la langue maternelle n’est ce pas aller contre l’intégration ?

Quand je demande qu’on permette à tous les enfants d’accéder à toutes les filières scolaires je ne défend pas un modèle communautaire. L’objectif c’est bien d’être à l’aise dans la langue française. Mais pour cela il ne faut pas renoncer à sa langue maternelle. Bien au contraire le bilinguisme aide à maitriser les langues. Et il faut arrêter de laisser des enfants sur le coté de l’école.

Vous même vous êtes un exemple d’intégration. Que vous a apporté l’école française ?

J’ai été une élève heureuse. L’école m’a ouvert une perspective qui correspondait au rêve de mes parents. L’école m’a beaucoup donné grâce à un couple d’instituteurs qui valorisait la diversité et qui nous donnait confiance dans notre réussite.

Quels conseils donner aux enseignants aujourd’hui ?

Si je dois donner un seul conseil c’est l’importance de la reconnaissance de la langue et du savoir de chaque enfant. Il faut valoriser ces éléments.

Propos recueillis par François Jarraud, Café pédagogique du 15 mars 2012