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Métacognition et réussite des élèves - Nicole Delvolvé - Cahiers Pédagogiques - Décembre 2006

Extrait d’un article de Nicole Delvolvé, qui met en lumière des aspects essentiels de l’action pédagogique de l’enseignant qui ont trait à l’explicitation. Cahiers pédagogiques, décembre 2006

Appropriation des savoirs

Suffit-il de mettre les élèves en activités en classe pour qu’ils s’approprient les savoirs, savoirs faire sur lesquels est construite la séance qui leur est proposée ?

L’analyse ergonomique des situations d’apprentissage scolaire amène à être très réservé dans la réponse. En effet, quels que soient les modalités pédagogiques, les supports didactiques prévus, un constat s’impose : les enseignants n’arrivent pas toujours à atteindre les objectifs visés.

Éviter qu’il y ait autant d’élèves en difficultés d’apprentissage, d’élèves en décrochage scolaire voire en refus scolaire, d’élèves en souffrance, d’élèves en danger, c’est bien l’ambition de tous ceux qui œuvrent dans ce monde complexe de l’Éducation.

Que faire devant cette réalité ?

Les enseignants tentent de les aider à retrouver le chemin des apprentissages scolaires afin qu’ils apprennent les savoirs scolaires que l’École s’engage à leur donner et définissent sur cette base la plupart des activités qu’ils leur proposent.

  • Oui mais comment ?
  • Quel est le maillon manquant ?
  • Quel est l’objet qui bloque l’efficacité des activités proposées aux élèves ?

Les objectifs de cette réflexion :

  • participer à l’évolution des représentations des enseignants, des parents et des responsables de l’institution sur les compétences que l’élève doit construire pour faire avec efficacité son parcours scolaire,
  • repenser donc les activités en classe, avec l’ambition que tous les élèves arrivent à apprendre.

Pour avancer ensemble sur ce chemin, il semble fondamental que les activités pour la classe soient déterminées par des objectifs qui seraient de permettre à l’élève de construire des outils mentaux pour apprendre.

L’apprenti a besoin de ses outils pour avancer, l’élève aussi.

En bref, la réponse à la question des activités pour la classe - quel que soit le niveau scolaire des élèves, quel que soit les savoirs à enseigner- passe par une réflexion préalable : l’efficacité des activités dépend des outils mentaux que l’élève s’est préalablement approprié. Il semble nécessaire que les activités pour la classe n’ignorent pas le rôle fondamental et socle de ces compétences-là qui constituent le levier pour apprendre. Les activités pour la classe devraient en faire un objectif premier et permettre aux élèves de comprendre la nécessité de les maîtriser pour réussir.

Mais avant de développer le concept de compétences métacognitives, quel sens donner au concept d’activités ? (...)

La définition du concept d’activité

Dans la communauté éducative

  • Activités scolaires.
  • Activités périscolaires.
  • Activités éducatives.
  • Activités culturelles.
  • Activités collectives.
  • Activités individuelles.
  • Coactivités
  • Activité orale.
  • Activité écrite...
  • Activités mathématiques.
  • Activités physiques et sportives.

Dans les textes officiels, la notion "d’activités" en classe recouvre ce qui est demandé aux élèves de faire en lien avec les objectifs d’apprentissages. Par exemple, les programmes de la maternelle décrivent cinq domaines d’"activités" pour structurer les apprentissages : le langage, vivre ensemble, agir et s’exprimer avec son corps, découvrir le monde et la sensibilité, l’imagination, la création.

En cycle 3, le contenu disciplinaire est la base pour ajuster les pratiques de classe. " (...) La définition du concept "d’activité" s’appuie donc essentiellement sur la notion de "champs disciplinaires" (...) Le concept d’activité regroupe l’ensemble des éléments qui définissent la tâche prévue c’est à dire les activités proposées aux élèves en lien avec des objectifs de construction de connaissances et de compétences par ces derniers.

En psychologie

Le concept d’activités regroupe ici l’ensemble des processus mentaux qu’un sujet met en jeu pour exécuter une tâche. Cette définition du concept d’activités oblige l’enseignant à faire l’inventaire des connaissances que l’élève doit utiliser, des compétences qu’il doit exprimer et amène à un diagnostic de ce qu’il doit avoir appris pour faire, tant sur le plan de la maîtrise des savoirs scolaires que sur celui des compétences métacognitives.

Par exemple, lire c’est, certes, exprimer des compétences liées au mécanisme propre de la lecture mais c’est aussi être capable de soutenir son attention. Qu’en est-il de cette compétences-là pour qu’un élève comprenne qu’est-ce que “ savoir lire ” ? (…)

La mise en place d’activités en classe ne peut donc pas faire l’impasse des différentes activités mentales réelles mises en jeu par l’élève pour atteindre des objectifs d’apprentissage.

Il a appris à écrire et à lire mais a-t-il appris à maîtriser ses émotions, à utiliser sa mémoire de travail, tout simplement a-t-il appris à apprendre ? Une réponse négative à ces questions hypothèque de façon dangereuse l’efficacité de "l’activité" proposée en classe.

Cette approche amène l’enseignant à analyser les compétences métacognitives que l’élève possède pour avancer avec lui dans les apprentissages dits scolaires.

Qu’est-ce que la métacognition ?

La métacognition est la représentation que l’élève a des connaissances qu’il possède et de la façon dont il peut les construire et les utiliser.

Un des meilleurs prédicateurs de la réussite scolaire est justement la capacité de l’élève à réfléchir sur ses connaissances et à comprendre les raisonnements qu’il engage pour utiliser et construire de nouvelles connaissances. Il faut donc rendre les élèves conscients des stratégies d’apprentissages qu’ils mettent en œuvre pour apprendre et comprendre le monde. La métacognition est indissociable de connaissance de soi et de confiance en soi. Ce sont des concepts-clés sur lesquels l’enseignant se base pour élaborer la relation entre l’élève et le savoir. “ C’est par la médiation cognitive que l’enseignant donne à l’élève les moyens d’apprendre et donc les clés pour sa réussite scolaire ” (Barth, 1993). Il va permettre à l’élève d’apprendre à utiliser au mieux ses mémoires c’est-à-dire l’amener à construire des compétences métamnésiques.

La “métamémoire“

Savoir ce que je sais de ce que je ne sais pas. C’est la métamémoire d’après les chercheurs.

Ce premier aspect, savoir quand on sait ou quand on ne sait pas, représente une forme de conscience de soi. Être un bon élève, c‘est apprendre à être conscient de sa propre intelligence - au sens de connaissances - et du degré que peut atteindre alors sa propre compréhension.

Un “ bon ” élève peut parfaitement dire qu’il ne sait pas, simplement parce qu’il exerce un contrôle permanent sur ses propres connaissances. L’élève “ médiocre ” ne sait pas ou à peur de savoir, la plupart du temps, s’il sait ou s’il ne sait pas. Le professeur va également apprendre à l’élève à construire l’outil mental : savoir raisonner.

La métarésolution de problèmes ou métacompréhension

Comprendre que pour résoudre le problème plusieurs chemins sont possibles. Tout, en classe, est situation de résolution de problème pour l’élève. Pour le tout petit, le problème est de mettre son manteau, pour le plus grand c’est de comprendre les quatre opérations mathématiques, pour le plus grand encore c’est de traiter un problème de physique, etc.

Quel que soit le niveau de complexité de la tâche à effectuer, il faut que chaque élève comprenne que celui qui trouve très vite la solution c’est celui qui utilise un enchaînement d’opérations mentales efficaces. Il est facile de constater que l’idée du bon élève cristallise chez ceux qui réussissent moins bien, la certitude que c’est parce que c’est l’autre qu’il trouve. Par contre comprendre que l’autre a mis en place des habiletés cognitives ignorées de lui jusqu’alors, voilà une attitude qu’il doit apprendre à construire et qui sera pour lui d’une efficacité réelle. Il pourra alors accepter l’idée que savoir raisonner, ce n’est pas inné, cela s’apprend : apprendre à comprendre les mots clefs du texte ou le contenu des questions du problème, identifier les prérequis ou les connaissances préalables qu’il doit maîtriser pour comprendre, trouver le but à atteindre, isoler les variables à manipuler, comprendre qu’il y a plusieurs chemins qui peuvent conduire à la solution, accepter que se tromper de chemin ou en d’autres termes ne pas trouver la bonne réponse, c’est normal puisque la connaissance n’est pas encore maîtrisée. En bref, identifier les informations pertinentes, mettre en lien ces informations en formulant une hypothèse, chercher de nouvelles informations pour valider ou invalider l’hypothèse, et recommencer tant que la bonne solution n’est pas trouvée, c’est ce parcours qui s’appelle raisonner. Tout simplement, cette habileté mentale est une compétence socle pour comprendre et apprendre. Mais quand est-elle enseignée dans nos établissements scolaires secondaires ?

Enfin, le professeur va permettre à l’élève de garder une réelle estime de lui, sinon, les difficultés pour apprendre vont d’installer...

Métacognition et confiance en soi

L’effet délétère du manque de confiance en soi sur les performances scolaires de l’Élève est avéré. Le manque de confiance en soi génère chez l’Élève un sentiment de peur de faire - même s’il s’en défend et prend une attitude d’indifférence - qui mobilise ses ressources mentales. Il n’a plus alors assez de ressources pour utiliser les mémoires qu’il a préalablement construites, qu’il s’agisse de savoirs scolaires proprement dits ou de savoir faire comme savoir raisonner. La situation est alors un cercle vicieux : il n’a pas confiance en lui, il ne peut mobiliser ses connaissances tant cognitives que métacognitives ; mais comme il ne peut utiliser les savoirs préalables, il ne peut réajuster des compétences métacognitives nécessaires pour comprendre et donc apprendre. C’est là l’histoire banale d’un élève en difficulté d’apprentissage. Qu’est-ce qui est fait au sein de sa situation scolaire pour lui permettre de sortir de ce terrible engrenage avant qu’il ne soit trop tard pour lui ? Comment développer chez les élèves une attitude positive sur eux-mêmes ?

En bref, il est possible de nommer les différentes compétences métacognitives que l’élève doit manipuler tout au long de sa scolarité :

Les différentes compétences métacognitives

Les élèves doivent apprendre et utiliser tout au long de leur parcours scolaire les compétences métacognitives suivantes :

  • savoir observer,
  • savoir être attentif,
  • savoir gérer ses émotions,
  • savoir utiliser ses mémoires,
  • savoir raisonner,
  • savoir comprendre et apprendre.

En bref, tous les élèves doivent savoir tout simplement de quels outils mentaux ils ont besoin pour apprendre les savoirs scolaires ou "le socle de compétences" que l’École a l’ambition de leur faire acquérir : l’idée n’est pas nouvelle et pourtant dans les réalités de classes ces compétences sont tellement du domaine de l’implicite que la plupart des élèves ignorent quelles sont les clefs indispensables pour ouvrir la porte de la réussite. (…)

Quelles sont les activités au sens institutionnel du terme que l’enseignant imagine ou pourrait imaginer pour permettre aux élèves de construire des compétences socles c’est à dire des compétences nécessaires pour apprendre les savoir scolaires ou "compétences métacognitives" ?

Innover en s’appuyant sur ce type objectif dans le cadre de dispositif comme celui du PPRE parait une nécessité.

Voilà, en effet, un nouveau dispositif dont l’efficacité sera liée à la façon dont les enseignants, les parents, les responsables institutionnels comprennent la notion "de difficultés d’apprentissage". Si pour certains les difficultés d’apprentissage sont strictement liés au fait que le jeune ne maîtrise pas les savoirs scolaires, les initiatives seront vaines quand elles n’auront pour seuls objectifs que de combler les déficits scolaires des élèves.

Par contre penser que les retards dans les apprentissages scolaires, les difficultés d’apprentissage, sont liés au fait que l’élève n’a pas acquis les compétences nécessaires pour apprendre, cette démarche sera d’une réelle efficacité. “ Il a perdu confiance en lui ”, voilà souvent le seul verrou qui bloque le développement intellectuel du jeune ! L’ensemble des outils mentaux que l’enseignant et les adultes qui l’accompagnent doivent lui permettre de s’approprier constituera ses compétences métacognitives et l’aidera à apprendre les savoirs scolaires. Les PPRE sont, comme bien d’autres dispositifs qui proposent un accompagnement individualisé du jeune, un extraordinaire levier pour penser autrement l’élève dans son parcours et développer la pédagogie de la métacognition. Pour enfin lui donner le socle de compétences dont il aura besoin pour apprendre les “ compétences socles ”. (...)

En conclusion

La référence à des travaux internationaux permet d’envisager que lorsque les activités pour la classe sont réfléchis du point de vue des activités mentales que les élèves mobilisent pour comprendre et apprendre, l’efficacité des apprentissages est renforcée et les objectifs visés par les enseignants sont plus facilement atteints. L’observation de situations scolaires, l’analyse de leur efficacité interprétée grâce aux connaissances actuelles données par la recherche en psychologie, permettent donc d’affirmer que les activités pour la classe ne peuvent plus ignorer les activités mentales que les élèves doivent mettre en œuvre pour apprendre. (…)

Nicole Delvolvé, professeur chercheur en ergonomie, IUFM Midi Pyrénées.

© CRAP Cahiers pédagogiques, décembre 2006 : Ouverture vers une nouvelle fenêtre l'article complet sur le site  ou en format pdf ci-dessous.

Bibliographie

  • Barth B.M., Le savoir en construction, former à une pédagogie de la compréhension, Paris Retz, 1993.
  • Delvolvé N., Tous les élèves peuvent apprendre. Aspects psychologiques et ergonomiques des apprentissages scolaires, Hachette Education, 2005.
  • Fortin C., Je coopère, je m’amuse : 100 jeux coopératifs à découvrir, Chemelière/didactique, 1999.
  • Gagné P. P., Pour apprendre à mieux penser, Chemelière/Didactique, 1999.
  • Gagné P. P., Être attentif... une question de gestion ! Ed. La chemelière, 2001.
  • Lafortune L., Jacob S., Hébert D., Pour guider la métacognition, Presses de l’Université du Québec, 2000.
  • Robillard C., Gravel A., Robitaille S., Le métaguide, un outil et des stratégies pour apprendre à apprendre, Ed. Beauchemin, 1998.