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Enseigner la grammaire au CE1 pour lire et écrire ( avril 2010)

« La grammaire, un apprentissage fondamental » 

Un article de Françoise Picot dans Les Cahiers pédagogiques.

Un plaidoyer en faveur d’une approche des notions grammaticales au service de la compréhension des textes.

Enseignée depuis longtemps dès le CE1, la grammaire avait disparu en 2002 des programmes du cycle des apprentissages fondamentaux. Elle y est revenue en force en 2007 dans une circulaire signée Gilles de Robien : « A l’école, l’enseignement de la grammaire consiste en un apprentissage des règles de la langue française, des régularités et des exceptions, aux fins de permettre à tous les élèves d’exprimer leur pensée au plus juste de leurs intentions, mais aussi d’analyser avec rigueur et vigilance les propos oraux et les textes qui leur sont adressés. »

Dans les programmes de 2008, on parle d’une première initiation ; cependant des contenus précis et ambitieux sont définis pour le cours préparatoire et pour le CE1.

La grammaire est un apprentissage fondamental si la finalité qu’on lui donne est d’améliorer ce qui est essentiel : savoir lire et savoir écrire. Pour cela, trois principes :

  • ne pas enseigner la grammaire indépendamment de la lecture et de l’écriture, mais mettre en évidence le rôle des faits grammaticaux, leur importance dans la compréhension ou l’écriture de texte ;
  • ne pas se limiter au travail sur la phrase et aux exercices d’application des règles, mais proposer des situations au cours desquelles les élèves font fonctionner la langue dans un texte et utilisent leurs connaissances et compétences grammaticales pour lire et écrire ;
  • ne pas se contenter d’identifier, de nommer les unités grammaticales, mais permettre aux élèves de comprendre et intérioriser les notions grammaticales.

Articuler grammaire, compréhension et production d’un texte

  • Chaque séquence de grammaire doit être précédée d’une séance de lecture dans laquelle l’élément grammatical que l’on veut étudier sera abordé en contexte.
  • Elle doit être suivie d’une séance de production de textes dans laquelle l’élément grammatical étudié sera réinvesti.

Prenons l’exemple au CE1 de l’étude des pronoms personnels (forme sujet)

  • Qu’est-il important de savoir sur ces pronoms personnels ? Leur nom ? Pourquoi pas, autant appeler les choses par leur nom. Mais l’essentiel est de savoir qui je, tu, nous, vous désignent dans un texte ou qui est représenté par il, elle, ils ou elles. D’une part pour comprendre qui parle à qui, de qui, et d’autre part pour réaliser les accords quand on écrit. Si je désigne un personnage féminin, il faudra mettre la marque du féminin au participe passé (je suis allée par exemple que les élèves de CE1 emploient fréquemment).
  • On pourrait également prendre d’autres exemples. Pourquoi en effet distinguer l’adjectif du nom ? Parce que l’adjectif qui n’est pas indispensable dans le groupe nominal nous donne cependant des renseignements utiles sur le nom. C’est ce que l’on montre en séance de lecture en explicitant les informations données par l’adjectif.

En articulant la séquence de grammaire avec la lecture et l’écriture, on développe ainsi l’intérêt des connaissances grammaticales.

Faire fonctionner la langue

En général, les élèves connaissent les règles, c’est le cas de celle concernant la relation sujet-verbe, présente dans les programmes du CE1 : « connaitre la règle de l’accord du sujet et du verbe ».

Ils savent l’énoncer, mais ne l’utilisent pas au moment où ils écrivent. Mais les a-t-on seulement mis en situation de comprendre ce qu’implique cette relation et ce qui la détermine, par exemple par une activité de transposition d’un texte en changeant la personne ?

Faisons ainsi lire le texte suivant aux élèves :

Dans la cour de la ferme, une petite poule trouve des graines. Elle rencontre ses trois amis le cochon, le canard et le chat. Elle dit :

"Je veux planter des graines. Vous voulez bien m’aider ?"

Les animaux répondent :

"Non ! Tu peux les planter toi-même. Nous ne voulons pas t’aider."

Alors, la petite poule va au jardin et elle plante les graines.

Demandons aux élèves de le relire en parlant de deux petites poules.

De nombreuses modifications vont découler de ce passage de la troisième personne du singulier à celle du pluriel. Modifications qu’il va falloir mettre en évidence et sur lesquelles il va falloir s’interroger.

Réécrivons le texte en interaction avec les élèves en insistant sur les changements que l’on entend, ceux que l’on n’entend pas, mais qu’il ne faut pas oublier, en les faisant expliciter et justifier : le s de elles, le nt de trouvent, racontent, etc.

Peu à peu, les élèves acquièrent la notion de verbe, de sujet, de noms ; ils appréhendent toutes les relations qui existent à l’intérieur d’un groupe nominal, d’une phrase, d’un texte. Si cette activité de transposition de texte fait partie intégrante de la séquence de grammaire, et si elle est conduite une à deux fois par semaine, régulièrement, les relations vont être comprises, interprétées en lecture pour affiner la compréhension et réinvesties dans les productions écrites.

Adopter une démarche pour intérioriser les notions grammaticales

Au cycle 2, les notions grammaticales ne peuvent pas être comprises à la suite d’une simple séquence où les élèves observent quelques phrases, nomment les éléments observés, énoncent un résumé, une règle ou un principe, et réalisent quelques exercices portant d’ailleurs le plus souvent sur des phrases isolées.

Les notions grammaticales doivent être observées en situation de lecture comme on l’a vu précédemment, manipulées dans le cadre du fonctionnement de la langue au niveau du texte, de la phrase ou du groupe de mots comme lors des transpositions. Ensuite, les observations portant sur une même notion doivent être rapprochées et c’est seulement quand les élèves ont compris implicitement la notion qu’elle est explicitée et qu’une règle est dégagée.

On pourrait résumer la démarche en disant que « l’acquisition de la notion précède sa dénomination ».

On voit ce qu’une grammaire considérée comme un apprentissage fondamental n’est pas centrée sur la terminologie, axée sur la phrase en ignorant le texte, sur des exercices tenant une place importante dans l’enseignement et tournant à vide, car sans lien avec la lecture et l’écriture.

C’est là que se révèle toute l’ambiguïité des programmes de 2008.

Ils placent la grammaire dans les apprentissages fondamentaux en lui assignant comme finalité de favoriser la compréhension des textes lus et entendus et d’améliorer l’expression en vue d’en garantir la justesse syntaxique et orthographique.

Mais par ailleurs, ils préconisent de ne travailler en grammaire que sur la phrase et présentent dans les progressions des contenus centrés sur l’identification (connaitre, reconnaitre, distinguer, appliquer) et la nomenclature (verbe noms, articles, pronom, adjectif, adverbe, tout cela au CE1) plus que sur le fonctionnement de la langue aux différents niveaux de ces composants.

On imagine alors aisément la perplexité des enseignants. Néanmoins, comme le préambule des programmes indique que : « Ils (les programmes nationaux) laissent cependant le libre choix des méthodes et des démarches, témoignant ainsi de la confiance accordée aux maîtres pour une mise en œuvre adaptée aux élèves », rien n’empêche d’adopter une démarche qui, comme on l’a montré, ferait de la grammaire un apprentissage fondamental pour lire et écrire.

Françoise Picot, inspectrice honoraire de l’Education nationale

« La grammaire, un apprentissage fondamental », Les Cahiers pédagogiques n° 479, février 2010