Circonscription 18B - Goutte d'Or (archives)

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Magali Venot mis à jour le 01/09/17
L’étude de la DEPP   18/03/14
Laurence Cyrulik mis à jour le 18/03/14

La première fois au cinéma

Est-ce que vous vous souvenez de votre première expérience cinématographique ? Les élèves de Dominique Moinard, professeur des écoles en secteur rural, ont la chance de découvrir une salle obscure et la magie des films d’animation dès l’âge de 3 ans, comme il le raconte dans un article paru dans Les Cahiers pédagogiques.

C’est dans le cadre scolaire que les plus jeunes habitants de ma petite commune connaissent leur première expérience cinématographique. Il faut dire qu’à l’affiche, ce n’est pas du Walt Disney et que tout un rite d’accompagnement introduit cet événement.

Précision de taille : nous sommes en milieu rural et le cinéma cantonal est associatif. Sans discontinuer depuis maintenant neuf ans, pendant la quinzaine de la solidarité du mois de novembre, trois associations locales unissent leur force pour lancer un festival intitulé Terre d’ailleurs.

Les collégiens et écoliers du canton sont impliqués dans cet événement culturel, un film étant spécialement projeté pour eux en après-midi. Plus osé les petits de la maternelle bénéficient également d’une programmation spéciale en matinée, la seule fois de l’année pendant laquelle le cinéma tourne le matin. Chaque année, les membres de l’association du Ciné-Legé ont réussi à dégoter un court ou moyen métrage approprié réalisé à l’autre bout du monde, d’une durée de 37 à 43 minutes, partagée en 4 à 7 petites histoires dans lesquelles un personnage principal vit une succession de situations et de rencontres suffisamment riches, bien qu’assez brèves, pour que le très jeune public arrive à mettre en place son propre processus d’identification et à s’abreuver, même modestement, à la source d’interrogations qui ne vont pas manquer de se déclencher.

Le plus souvent ces petits films sont sans paroles, les images et la succession des scènes sont suffisantes pour comprendre l’histoire, ce qui évite à la fois la doublure sonore, le sous-titrage étant exclu à cet âge-là. Autre avantage, l’absence de paroles laisse toute sa place à la musique, une ritournelle commune aux histoires qui permet de faire le lien avec le ou les personnages principaux. Bien sûr, les protagonistes sont souvent des animaux ou des marionnettes, pas de vrais acteurs, ce qui implique un anthropomorphisme omniprésent, mais nécessaire et même indispensable dans ce genre d’opération.

Fantôme, criquet, panda...

Si les films se ressemblent du point de vue de leur calibrage chronométrique, ils sont cependant tellement différents sur le fond que les grandes sections de maternelle, après leur troisième année de maternelle, et donc de festival, bénéficieront déjà, à 5 ans, d’une petite culture cinématographique. Cette année, avec Laban et Labolina, un film suédois dont les protagonistes sont des petits fantômes, ils auront connu la peur avec le fantôme Laban, bien sympathique mais quand même aussi trouillard que nous, un bel emploi à contrerôle. L’an passé, avec Le Criquet, film tchèque, le petit insecte n’avait, lui, au contraire, peur de rien, et il se déplaçait toujours avec son violon grâce auquel il arrivait à dénouer toutes sortes de situations. Auparavant, nous avions eu droit à La Boutique des pandas du Chinois Shen Zuwei, sans doute le plus poétique des courts métrages, à la fois raffiné et harmonieux avec une multitude de techniques artistiques dans la fabrication des images. Le plus surprenant de cette quasi-décennie cinématographique à destination des petits fut sans aucun doute le film letton Le Bal des lucioles qui mettait en scène un trio d’enfer : une sauterelle, un scarabée bousier et un insecte mystérieux, qui n’existait que dans l’histoire car il avait des pouvoirs magiques, dont celui de libérer un gaz toxique pour se défendre.

Dans cette opération, la forme, tout un rite d’accompagnement, est presque aussi importante que le fond. Ce festival ayant lieu en novembre, il s’agit de la première sortie hors de l’école pour les petites sections. Et comme le cinéma se mérite, on y va à pied, même s’il se trouve à environ un kilomètre de l’école. Des parents nous accompagnent, pour atteindre le taux d’encadrement d’un adulte pour huit enfants. Pour ranger la bonne centaine d’enfants deux par deux pour le trajet, nous accouplons un grand avec un petit. Ils s’en souviennent d’une année sur l’autre et savent nous le rappeler quand ils atteignent le beau rôle de la grande section.

Arrivés au cinéma, après l’installation dans les beaux fauteuils qui se replient et que des poids plume de moins de vingt kilos suffisent tout juste à maintenir dépliés, il y a le mot d’accueil de « Monsieur cinéma ». Il s’agit du projectionniste, bénévole de l’association, qui souhaite la bienvenue et qui rassure les élèves néophytes : « Je sais que pour un certain nombre d’entre vous, c’est la première fois que vous venez au cinéma. Normalement, pour bien voir le film qui va être projeté sur la toile qui se trouve devant vous, on fait le noir complet, mais spécialement pour vous, je vais laisser un tout petit filet de lumière, ce qui va mettre à l’aise ceux qui auraient peur du noir. » Un peu de doigté ne nuit pas à la découverte.

Dominique Moinard
professeur des écoles à Legé (Loire-Atlantique)
Les Cahiers pédagogiques Ouverture vers une nouvelle fenêtre 
dossier « Quel cinéma ! », n° 512, mars-avril 2014
Fichier-pdf L'article  « La première fois » (1p.)