Circonscription 18B - Goutte d'Or (archives)

Navigation X  
Circonscription École Classe Académie Ministère
Téléchargements  
Magali Venot mis à jour le 01/09/17
L’étude de la DEPP   18/03/14
Laurence Cyrulik mis à jour le 18/03/14
La Main à la pâte s’étend en collège
Résumé

La Main à la pâte s’étend en collège on parle d’« enseignement intégré de science et de technologie » (EIST). Février 2010.

Chapeau

La Main à la pâte s’étend en collège : on parle d’EIST (« enseignement intégré de science et de technologie »). Pierre Léna, membre de l’Académie des sciences, délégué à l’éducation et à la formation, présente les différences dans une interview parue dans _ La Lettre de l’éducation_ (2010).

Contenu

L’extension de La main à la pâte du primaire au collège en est à sa quatrième année d’expérimentation. Quel bilan en retirez-vous ?

Il est sans aucun doute positif. Cinquante établissements bénéficient aujourd’hui de cette expérimentation, lancée à la rentrée 2006 et prévue pour quatre ans. Regroupant en un seul enseignement, en 6e et en 5e, la technologie, les sciences de la vie et de la Terre et la physique-chimie, elle a fait l’objet de plusieurs évaluations, dont celle de l’inspection générale de l’éducation nationale.

Leurs appréciations sont largement positives. Le modèle proposé va subsister, puisque le ministre, mardi 2 février à l’Académie des sciences, lors de la remise des prix de La main à la pâte, s’est fixé trois cents collèges comme objectif. Il ne s’est pas donné de délai pour l’atteindre et il n’évoque pas une généralisation qui serait hâtive, mais cela représentera 5 % des établissements et va dans la bonne direction.

Quels sont les changements que subit le dispositif lors de son passage du primaire au secondaire ?

Le nom n’est pas le même. Au collège, nous parlons d’« enseignement intégré de science et de technologie » (EIST).

Le but reste identique : améliorer l’enseignement de la science par le recours à une pédagogie active fondée sur une démarche d’investigation. Il s’agit également de faciliter le passage délicat entre le CM2 et la 6e, avec un seul professeur de science face à l’élève.

Toutefois, le contexte est bien différent : en primaire, le professeur unique est souvent mal à l’aise face à une science qu’il ne maîtrise pas ; au collège, les enseignants ont une solide formation scientifique acquise à l’université. Avec deux classes se constituent trois groupes, fonctionnant en effectifs plus réduits. Chaque enseignant - de sciences et vie de la Terre, de physique ou de technologie - suit son groupe toute l’année.

La culture scolaire française est très peu tournée vers l’interdisciplinarité. Cela fait-il problème chez les enseignants ?

Il est vrai que dans le primaire, avec un seul enseignant par classe, la question ne se pose pas. Dans le secondaire, il faut convaincre. Les professeurs nous disent qu’ils sont bien formés et savent enseigner, et c’est vrai. Pourquoi devraient-ils changer de méthode ? Une fois qu’ils ont débuté l’expérimentation - ce sont tous des volontaires -, très peu y renoncent : cela s’est peut-être produit deux ou trois fois sur cent cinquante professeurs. C’est vraiment marginal. Il est vrai qu’il n’est pas simple pour eux de passer d’un cours structuré, portant sur une seule discipline, à l’élaboration d’un cursus à partir de trois matières différentes et avec des expériences à mettre en place. Pour les aider, nous publions des ressources pédagogiques en ligne, organisées sur l’année scolaire, autour des thèmes interdisciplinaires de la matière en 6e, de l’énergie en 5e, en pleine cohérence avec les programmes.

Quels sont les effets constatés sur les élèves ?

Chaque année, environ 100 000 jeunes sortent sans diplôme du système scolaire. Articuler trois disciplines entre elles dans un corpus cohérent de science, y donner une grande place au questionnement et à l’expérience redonne du sens à une culture scolaire trop fondée sur le cloisonnement des disciplines. Les premiers bénéficiaires de l’EIST sont aujourd’hui en classe de 3e. Les appréciations de leurs professeurs sont positives. Ces élèves se font remarquer par leur plus grande autonomie, leur capacité à s’exprimer et à faire des propositions. Ils ont autant de connaissances que les autres, alors même que la pédagogie d’investigation paraît chronophage, mais, en outre, développent des compétences nouvelles.

Cela correspond à nos attentes, car le but n’était pas d’empiler des savoirs mais d’en permettre l’utilisation. Les enquêtes PISA le soulignent : les jeunes Français sont plutôt bien placés dans l’acquisition des connaissances, mais s’en servent mal dans la vie quotidienne. Ils ont étudié pour réussir un examen ou passer dans la classe supérieure sans que, pour beaucoup, cela laisse de trace dans leur compréhension du monde qui les entoure.

La Lettre de l’éducation, n° 658, 15 février 2010