"Décrypter la médiatisation de l'information en 6e" (attentats de janvier et de février 2015)

Recherches de définitions

A l’occasion de la semaine contre le racisme et l'antisémitisme, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation et son homologue danoise, Christine Antorini se sont rendues mardi 17 mars 2015 au collège G. Flaubert, dans le 13e arrondissement de Paris.

Après avoir rencontré une classe de 3e en cours d'histoire et d'éducation civique, les ministres ont visité au C.D.I, l'exposition "Décrypter la médiatisation de l'information en classe de 6e". Alice, Amine et Sakina (élève en 6e 3) ont présenté ce parcours pédagogique proposé par Mme Moékri, professeure documentaliste. Nous remercions chaleureusement ces élèves de s'être prêtés avec brio à cet exercice difficile.

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Cette exposition est la restitution d'un travail mené en accompagnement personnalisé, au lendemain même de l'attentat contre le journal satirique "Charlie Hebdo", soit le jeudi 08 janvier 2015.

Les élèves répartis en demi-groupe (qui favorise la prise de parole et l'argumentation) ont pu, dans un premier temps, s'exprimer sur les événements. Afin d'éviter tout amalgame, une recherche de définitions a ensuite, été entreprise pour aborder des notions telles que "terrorisme" "terreur" "la Terreur révolutionnaire" "intégrisme" "fanatisme" "antisémitisme" "discrimination". Au fur et à mesure, ces notions se sont révélées comme des pièces d'un puzzle formant le champ lexical de "l'intolérance". Cette activité fait suite aux séances d'utilisation des usuels dans le cadre de l'Initiation à la Recherche Documentaire (IRD) obligatoire en 6e.

Un second champ lexical a été défini, ce qui a permis d'évoquer "la liberté d'expression" des médias se manifestant notamment à travers l'humour. Une autre recherche de définitions a été proposée aux élèves : "humour noir" "satire" "satirique" "antiphrase" "ironie"  "caricature", ce dernier terme évoquant le dessin alors que les autres font référence à des mots écrits, à des textes.

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En prolongement, un extrait d'une chronique de l'humoriste Gaspard Proust, a illustré le traitement d'un événement par l'humour, l'ironie, voire l'humour noir (cf : texte en pièce jointe) l'exercice consistant à lire des paragraphes du texte puis à inviter les élèves à retrouver la définition correspondante.

Pour focaliser l'attention sur le contenu, le nom de l'auteur et sa fonction ont été occultés puis dévoilés à la fin de l'exercice.  Cette approche démontre que les "talk show" télévisés (parfois de qualité inégale) jouent un rôle important en matière d'opinion publique, en s'emparant de l'actualité immédiate.

Pour reprendre une phrase de Sakina  : "le début du texte est émouvant, nostalgique car après on se dit que plus rien ne sera comme avant ..." Nos collégiens ont ainsi pu exprimer leur ressenti face à l'irruption de l'impensable tandis qu'une approche intellectuelle leur a permis de prendre du recul par rapport à l'horreur des événements.

 

Etude de "unes"

Ce travail autour des attentats s'est poursuivi par l'étude des "unes" de quotidiens après "la marche républicaine" du 11 janvier 2015. Les élèves ont classés les "unes" selon la prise de vue adoptée par le photographe.

L'éducation aux médias étant l'une des missions du professeur documentaliste, l'accent a été mis sur le traitement de l'information à travers la lecture de l'image.  Entretemps, les fusillades de Copenhague ont été intégrées pour démontrer que le point de vue journalistique adopté est le même s'agissant de faits d'actualité différents.

Le classement proposé par les élèves distingue  deux techniques de prises de vue :

Les plans rapprochés soulignent l'expression des personnes, leurs émotions (colère, chagrin, effondrement, fragilité, cellui d'un policier posté à l'entrée de la grande synagogue de Copenhague, dans la nuit et le froid cf : "une" du "Monde" ...) Un plan américain montre les visages fermés et la détermination  des chefs d'état soudés face aux événements. Le parti pris "psychologique" est ici manifeste : le lecteur ressent les émotions des sujets photographiés.

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Inversement, les images panoramiques et/ou prises en plongée, de la foule réunie autour de l'immense statue de la place de la République donnent un sentiment de force collective relevant du symbole. Ce n'est plus un individu identifiable, mais la foule (par définition indifférenciée) qui montre sa force (versus fragilité d'une personne) face aux attentats terroristes.

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Après un déferlement d'informations visuelles,  cet "arrêt sur image" a permis aux élèves de prendre conscience du véritable impact de l'information. Comme l'a souligné Alice, en présence de N. Vallaud-Belkacem et Ch. Antorini : "Au début, à la télé les images m'ont touchée. Mais comme elles n'arrêtaient pas de repasser, à un moment c'est devenu banal."

Enfin, les élèves ont réalisé l'ampleur des événements à travers  certains journaux sportifs qui ont fait leur "une", fait rarissime,  sur "la marche républicaine". Ainsi toute orientation (ou spécialisation) de la presse écrite a été momentanément gommée pour illustrer une nation endeuillée mais solidaire.

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Pour aller plus loin ...

Enfin, il était plus que nécessaire d'ouvrir le débat et de rappeler le tweet du premier ministre Manuel Valls, qui a égrené (avant le départ de "la marche républicaine") les noms des 17 victimes des attentats, à Paris et en région parisienne, citées par ordre alphabétique. Cet élément a démontré que l'information diffusée par les  réseaux sociaux (parfois décriée à cause de son immédiateté qui pousse au "zapping" incessant), permet aussi de se poser par rapport à des événements antérieurs,  de les repréciser afin d'éviter les raccourcis dont ont fait preuve parfois certains de nos élèves.

La fin de l'exposition invite les visiteurs (en prélude à la 26e semaine de la presse) à feuilleter la presse jeunesse qui reprend selon une approche adaptée aux jeunes lecteurs, des questions annexes portant sur des sujets sensibles  (voir numéros de "l'Actu en pièces jointes).

Durant cette opération, la totalité des classes de 6e (tous les élèves de ce niveau d'enseignement n'ayant pas "accompagnement personnalisé" avec Mme Moékri) ont pu refaire  ce parcours pédagogique  à travers l'étude de mots-clés, la lecture d'un extrait d'une chronique d'un humoriste, l'analyse des "unes" de quotidiens. Tandis que le bouche à oreille a attiré les plus grands au CDI pour découvrir cette exposition, aux récréations ...

Conclusion :

Au lendemain de la visite des ministres française et danoise de l'Education au collège G. Flaubert, nous apprenions que  la capitale de la Tunisie avait été à son tour endeuillée, preuve que sensibiliser à  la liberté de conscience (et par extension à la liberté d'expression)  doit rester une préoccupation majeure et ce, dès l'entrée au collège.

Rappelons que le rôle du professeur documentaliste, en qualité de professionnel de l'information, est ici essentiel  d'où le titre de ce parcours pédagogique : "Décrypter la médiatisation de l'information en 6e".