L'histoire de Camille Claudel

02 avr. 09
CAMILLE CLAUDEL

Jacques Vilain
Ph527
César
Portrait de Camille Claudel
vers 1884
papier albuminé
15,5 x 10,3 cm
Ph.527

 « Ma très bonne à deux genoux devant ton beau corps que j'étreins ». Lettre de Rodin à Camille Claudel (fin 1884 - début 1885 ?).

Ces quelques mots enflammés, qui évoquent l'érotisme de l'Eternelle Idole, traduisent parfaitement la passion qui unit les deux sculpteurs. Née d'une famille modeste, soeur du célèbre écrivain Paul Claudel (1868-1955), Camille (1864-1943) décida très tôt de devenir sculpteur ; elle s'établit à Paris en 1881, sûre de son destin et de sa beauté : « Un front superbe, surplombant des yeux magnifiques, de ce rare bleu si rare à rencontrer ailleurs que dans les romans », notait Paul en 1951.

En 1883, elle rencontre Rodin et entre dans son atelier l'année suivante. Très vite l'élève douée devient la maîtresse de Rodin, alors en pleine maturation de la
Porte de l'Enfer et des Bourgeois de Calais. Les deux artistes s'influencent mutuellement ; la Jeune Fille à la gerbe de 1887, annonce la Galatée de Rodin, et les Trois Faunesses sont à l'origine des figures féminines de la Vague de Camille Claudel.

Ce n'est cependant qu'au début des années 1890 que Camille donne toute la mesure de son art, alors que les relations avec Rodin commençent à se détériorer comme en témoigne la cruauté des dessins charges que Camille consacre au couple Rose-Rodin, le
Système cellulaire, le Réveil, le Collage... Camille s'aperçoit qu'elle ne sera jamais madame Rodin et qu'elle n'arrivera pas à évincer Rose Beuret ; les deux amants rompent définitivement en 1898, et la blessure de cette rupture fut à la mesure de l'amour incandescent que vécurent, même irrégulièrement, les deux artistes pendant plus de dix ans. Camille ne s'en remit jamais, même si son art commençait alors à s'affranchir de l'influence de son illustre maître avec la Valse de 1892, reprise en 1895 et éditée à de nombreux exemplaires par Eugène Blot après 1905, la Clotho de 1893, les différentes versions de la Petite Châtelaine commencée en 1893 ou l'Age mûr de 1895, repris en 1898 et en 1907, cruel constat de l'abandon, Rodin laissant Camille qui l'implore à genoux pour rejoindre Rose. La part la plus profondément originale de l'oeuvre de Camille se situe au tournant de ce siècle quand, avec entre autres les Causeuses (1897) et la Vague (1900), elle aborde un nouveau style issu du japonisme alors en vogue et profondément ancré dans l'Art nouveau. Utilisant l'onyx, matériau rare, elle fonde ses compositions sur d'élégants jeux de courbes ; Camille est alors un sculpteur en phase avec l'art de son temps. Hélas, les prémices de la maladie de la persécution commençent à se manifester.

A partir de 1906, la folie s'accentue et elle détruit. C'est ici au musée, avec quinze sculptures, que l'on peut voir la sélection la plus représentative de l'art de Camille. Rodin le voulut ainsi, et il n'est qu'à citer ce qu'il écrivait en 1914 à l'ami Morhardt, alors que son projet de musée était enfin en train de prendre forme : "Quant à l'hôtel Biron, rien n'est encore fini. Le principe de prendre quelques sculptures de Mlle Say (pseudonyme phonétique de Camille Claudel, Mademoiselle C.) me ferait grand plaisir. Cet hôtel est tout petit et je ne sais comment on fera pour les salles. Il y aurait quelques constructions pour elle et pour moi". A la suite de l'exposition de 1951, Paul offrait au musée la
Clotho en plâtre, l'Age mûr en bronze et Vertumne et Pomone en marbre. En 1963 entrait la version des Causeuses en onyx, rejointe tout naturellement en 1995 par la Vague, le chef-d'oeuvre de bronze et d'onyx, également acheté par le musée