Projet de partenariat entre la Comédie Française et la 4ème2

Les motivations de partenariat entre le Collège Colette Besson et la Comédie-Française s’appuient tout d’abord sur la volonté de développer une sensibilité esthétique et un regard critique auprès d’élèves d’une classe de 4ème dont la plupart n’est jamais allée au théâtre.

Mais ce projet est également destiné à ceux qui, bénéficiant d’une ouverture culturelle, peuvent approfondir leur connaissance du théâtre et affiner leur regard de spectateur.

Cette découverte du Théâtre et de la Comédie-Française se donne pour premier objectif de permettre aux élèves de (re)trouver un certain bonheur dans les apprentissages et de trouver du sens à leur scolarité.

Il s’agira cette année de s’appuyer sur les ateliers de pratique théâtrale animés par un comédien de la Comédie-Française pour développer un regard de spectateur. L’expérience du plateau permettra en effet aux élèves d’approcher le jeu théâtral, la construction du personnage, ses intentions, ses émotions, son écoute, ses motivations, son lien avec les autres partenaires, ses déplacements sur scène. Il s’agira de développer une situation de jeu pour aborder le texte qui se limitera à quelques répliques par élèves. Cette mise en condition de jeu permettra de déconstruire la représentation que peuvent avoir des élèves du théâtre : le texte n’est pas un préalable, les mots découlent des situations de jeu travaillés en amont.

Ainsi le texte trouve-t-il sa justification par toutes les formes de langage de l’acteur. Cet atelier se déroulera sur un volume horaire de quinze heures.

Par cette initiation au jeu et les lectures « au bureau » des textes dans le cadre du cours de français, la priorité sera donnée à ce que Louis Jouvet appelait « le sentiment » des personnages et de la situation. Cette approche du texte semble d’ailleurs en lien avec les conseils des inspecteurs de lettres qui préconisent d’abord la rencontre sensible entre une œuvre et les élèves.

Cette année, la classe assistera aux représentations de 20 000 lieux sous les mers de Jules Verne (spectacle de marionnettes mis en scène par Christian Hecq), Georges Dandin de Molière, Le loup de Marcel Aymé et Un Chapeau de paille d’Italie de Labiche.

Au travers de ces représentations, une réflexion s’engagera sur la notion d’adaptation, de réécriture et de transposition d’un genre littéraire à un autre – transposition d’un roman d’aventures, d’un conte, d’un vaudeville en spectacle proche de la comédie musicale -. Il s’agira de déterminer les conditions nécessaires qui fondent toute forme dramatique (personnage, chant, costumes, décors, lumières).

Un Chapeau de paille d’Italie permettra d’approfondir la notion de jeu et de situations particulièrement dramatiques mais déconnectées du langage. Le rire ne résulte pas du texte mais de l’écart entre la trivialité de la quête et son caractère existentiel pour le personnage de comédie. Cette perte du sens contamine aussi le langage puisque les personnages ne communiquent plus, ils sont sourds, ne répondent pas aux questions posées et ne cessent de répéter des formules vides, tel Nonancourt qui martèle : « Mon gendre tout est rompu ».

En outre, l’étude comparée de deux mises en scène très belles mais très différentes de Georges Dandin (celle de Catherine Hiegel 1999 et celle d’Hervé Pierre 2014), permettra de mettre une nouvelle fois en lumière qu’un même texte peut avoir des tonalités diverses suivant la lecture du metteur en scène, tout en restant fidèle à l’auteur. L’œuvre théâtrale loin d’être figée est plastique et prend forme avec le point de vue du metteur en scène, sa direction des acteurs, et le regard du spectateur. Ainsi les deux mises en scène de Dandin sont-elles toutes deux justifiées, l’une tournant la pièce du côté de la farce et l’autre du drame Tchekhovien. De plus, il s’agira avec Le Loup, Georges Dandin et Un chapeau de paille d’Italie de réinterroger la notion de registre comique. A ce propos, Lévi-Strauss met en lumière dans La Potière jalouse la proximité entre le héros tragique et le personnage de comédie dans Un Chapeau de paille d’Italie : « Le canevas de la pièce provient du fond des âges et il rejoint par exemple l’histoire d’Oedipe qui cherche la clef d’une énigme qui est en sa possession sans qu’il le sache ».

Une réflexion sera enfin menée autour des thèmes de la nature présente dans les quatre œuvres (rapports entre la science et la nature dans 20 000 lieux sous les mers, les représentations de la province, de la campagne, des paysans dans Le Loup, Georges Dandin, Un Chapeau de paille d’Italie) et des conflits entre les classes sociales.

Enfin, ce projet permettra d’engager un travail transversal fondé sur l’enseignement de l’histoire des arts. L’œuvre de Labiche sera l’occasion en histoire de mener une étude sur la société du 19ème siècle, la montée de la bourgeoisie dans un état en pleine mutation, les nouvelles formes de culture et de divertissement émergeant à cette époque. Le professeur d’éducation musicale s’intègre pleinement à ce projet puisqu’il est prévu de poursuivre la découverte des nouvelles formes de culture et de divertissement au 19ème siècle par l’étude d’une œuvre d’Offenbach.

Un concours sur les affiches portant sur les spectacles que verront les élèves pourra être envisagé en Art Plastique. Tous les élèves de l’établissement devront alors se prononcer en votant pour la meilleur affiche. De même, une visite historique de la Comédie-Française est prévue, permettant aux élèves de croiser le patrimoine matériel et immatériel.

Ce projet permet également aux collègues d’Art Plastique de visiter les jardins du Palais Royal et d’aborder par les colonnes de Buren la notion d’œuvre in situ.

Pour finir, il faut préciser que cette action entre pleinement dans le cadre du projet d’établissement puisqu’une large réflexion est menée sur la mise en œuvre de démarches permettant de nourrir et susciter le désir culturel.

Une sortie à la Comédie-Française est prévue pour tous les élèves de 4ème.

Le projet d’établissement affirme ainsi l’engagement de l’ensemble de l’équipe pour l’accès de tous à la culture, reprenant à son compte la formule d’Antoine Vitez : « Elitaire pour tous »

 

Emmanuelle AKOUN