Grand paysan de Dalou

Grand paysan

pps333-lpdp 40613-2

© Fr. Cochennec et E. Emo / Petit Palais / Roger-Viollet
 
Grand paysan
Aimé-Jules Dalou, vers 1889
Modèle en plâtre à hauteur d'exécution, H : 195 x 67 x65 cm
 
Après dix années d’exil en Angleterre, le sculpteur Jules Dalou rentre à Paris en 1879. Récompensant l’audace de sa création autant que son engagement politique aux côtés des Communards, la IIIe République confie à l’artiste, fervent républicain, la réalisation de plusieurs monuments publics importants dont le Triomphe de la République, érigé en 1889 place de la Nation. Au lendemain de l’inauguration, Dalou conçoit un nouveau projet : fils d’un ouvrier parisien et proche des préoccupations sociales de son temps, le sculpteur rêve d’édifier un monument à la gloire du peuple ouvrier. Il imagine alors une colonne de 32 mètres de haut, percée de seize niches abritant des statues de travailleurs, artisans et paysans. Un « grand paysan retroussant sa manche » devait la couronner. Pendant plus de dix ans, le sculpteur consacre tout son temps libre à la création de son Monument aux ouvriers, se rendant sur les chantiers pour observer les scènes quotidiennes et multipliant les documents, croquis, maquettes et esquisses en terre cuite et en plâtre.

Ce Grand Paysan est le seul modèle que le sculpteur exécute à grandeur. À rebours des sculpteurs de son temps, Dalou renonce au symbole et à l’allégorie. Il ne représente pas un travailleur idéalisé mais un simple homme des champs, modelé avec un réalisme rigoureux : tête nue, les traits burinés par le soleil, la chevelure grossièrement peignée avec les doigts. Le col de la chemise ouvert laisse apparaître une poitrine creusée par le labeur, les jambes sont prises dans un pantalon de grosse toile et les pieds chaussés de sabots. Avec simplicité et vérité, Dalou parvient à saisir le geste juste de ce paysan représenté dans un moment de pause : le regard baissé mais le corps droit et fier, l’homme fait le geste de retrousser sa manche jusqu’à la saignée, dévoilant des avant-bras aux veines tendues et des mains alourdies par le maniement de l’outil. À ses pieds une houe couchée sur le sol attend qu’il la reprenne.

Le Monument aux ouvriers ne verra pas le jour : faute de commanditaire, l’artiste s’éteint avant de voir sa grande œuvre achevée. Après sa mort, en 1902, le plâtre du Grand Paysan est retrouvé dans son atelier par ses héritiers et exposé à titre d’hommage au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts. La représentation d’un ouvrier grandeur nature était profondément novatrice : l’œuvre fait sensation et connaît aussitôt une ample diffusion par le biais de l’édition, en bronze et en grès. De ce projet personnel inabouti, il ne subsiste aujourd’hui que ce plâtre monumental, ainsi qu’une admirable série d’études, d’esquisses et de maquettes de travailleurs saisis sur le vif, conservées au Petit Palais dans le fond d’atelier.
 
Source : Fiche oeuvre http://www.petitpalais.paris.fr/oeuvre/grand-paysan

Croquis sur site

Les CE2 de l'école Fondary croquent :

Petit Palais (8)

Petit Palais (16)

 

Les élèves de 2nde Histoire des arts du lycée Rodin guident les CP de l'école de l'Amiral Roussin :

2nde CP-2

D'autres paysans

"En instaurant le suffrage universel en 1848, la IIe République fera du paysan un citoyen à part entière, un homme dont le bulletin de vote peut influer sur le cours de l’Histoire", il entre en histoire. (Source)

Vincent Van Gogh s'y est particulièrement intéressé et dit de sa toile "Les mangeurs de pomme de terre" (1885)

« Parmi mes propres travaux, je considère le tableau des paysans mangeurs de pommes de terre, que j'ai peint à Nuenen comme étant en fin de compte ce que j'ai fait de mieux . »

— Lettre 1 N à Wil, Paris, 1887

C'est pour cela que l'on ne sera-t-on pas surpris de trouver un bronze du "Grand Paysan" de Jules Dalou (entre 1897 et 1902) au Van Gogh museum d'Amsterdam :

amsterdam20181208museumvangoghinterior 

Voir aussi au musée d'Orsay (notice)

Une occasion de mettre en relation des oeuvres de Van Gogh, Millet, Bastien Lepage ou encore cette peinture de Léon Lhermitte que l'on aperçoit en arrière-plan : "La Fenaison" (1887)

Le "Monument aux ouvriers"

"A partir de 1889, Jules Dalou conçoit un "Monument aux ouvriers". Allant dans les champs, les mines, les usines, il multiplie les études, dessinées ou modelées. En 1896, une maquette montre une colonne, avec à sa base douze niches abritant des statues de travailleurs et à son sommet un "Paysan retroussant sa manche". L'ensemble aurait mesuré 32 m de haut !
Le monument ne sera jamais érigé. En 1902, lorsque Dalou meurt, seul le "Paysan" est achevé. Exposé à titre posthume, il crée une forte impression. Ce n'est pas un bel athlète posant à l'antique, mais un vrai paysan, au corps déformé par le labeur, saisi dans un moment de pause. Cependant, l'attitude reste noble et digne. Le sculpteur, ancien communard et républicain convaincu, innove en dénonçant l'aliénation de l'homme par le travail." (notice Musée d'Orsay (c))

Dalou Travailleurs des champs et de la ville