École élémentaire CLAUDE VELLEFAUX
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Myriam Martin - Directrice de l'école et Rédactrice du site

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Mme GOAREGUER

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Reportage

Les CM2 A du «P’tit Libé» découvrent «Libé» avec Madame Goaréguer, leur enseignante

Par Cécile Bourgneuf et Solenn Sugier 24 novembre 2019 à 12:20
 

Les enfants sont installés autour de la grande table où a lieu le comité de rédaction de «Libération». Photo Denis Allard pour Libération

Ils s’appellent Fatoumata, Janna, Pierre ou Ethan. Ils ont 10 ans et sont en CM2. Avec l’équipe du «P’tit Libé», le site de «Libération» qui explique l’actu aux 8-13 ans, ils vont réaliser, ensemble, un «Libé» des enfants à l’occasion de la semaine de la presse à l’école, en mars. Une collaboration à suivre au fil des mois.

Jeudi, 9h30. Il leur a fallu près d’une heure pour atteindre l’immeuble du XVe arrondissement de Paris qui héberge la rédaction de Libération. Les élèves de l’école Vellefaux, dans le Xe, quittent rarement leur quartier. En arrivant, les visages sont un peu crispés. Après les avoir rencontrés à deux reprises dans leur élément, une charmante classe aux rideaux jaunes et bleus, on ne leur connaissait pas cette timidité. 

Durant plusieurs mois, l’équipe du P’tit Libé, le site d’information de Libération dédié aux 8-13 ans, va travailler avec les 21 élèves de cette classe de CM2 dans le but de sortir, en mars, un «Libé des enfants». Un journal dont ils auront choisi certains sujets et auront même écrit une partie des articles.

 

Dans le hall de l’immeuble, les élèves sont impressionnés. Ils découvrent les grands écrans diffusant BFM TV accrochés en hauteur. Yeux écarquillés. Oui, la rédaction de la chaîne d’info en continu est bien dans cet immeuble. Excitation totale. Quand on leur avait demandé sur quels supports ils s’informaient, ils avaient presque répondu à l’unisson «BFM». Allez, direction Libé.

«Et s’ils n’aiment pas le journal, ils vont devoir le recommencer ?»

Paris, le 17 octobre 2019. Visite des élèves de CM2 de l'école Claude Vellefaux (75010) à la rédaction du journal Libération.Les journalistes ont découvert, amusés, une vingtaine de têtes inconnues autour de la table du comité de rédaction. Photo Denis Allard pour Libération

Avant que la première réunion de la journée ne commence, à 10 heures, on fait un petit point sur la manière dont ça va se dérouler. D’abord, les journalistes vont donner leur avis sur le journal de la veille. «Et s’ils n’aiment pas le journal, ils vont devoir le recommencer ?» lance une petite voix. «Ah non, on ne peut pas, répond Jonathan Bouchet-Petersen, chef du service Pouvoirs. On discute pour savoir pourquoi ce n’était pas bien, et on essaye de faire mieux chaque jour.» 

 

Les journalistes arrivent. Les enfants assistent à leur première conférence de rédaction. Pas facile de suivre les discussions : ça parle conflit entre Turcs et Kurdes et incertitudes éternelles quant au Brexit. Les petits commencent à s’agiter. «C’est long… on peut ouvrir la fenêtre ?» demande un enfant à l’une des journalistes du P’tit Libé, qui se dit qu’il est temps de passer à autre chose.

«Quand vous allez dans un pays, vous achetez une maison ?»

Les enfants prennent place autour de la grande table de la cafétéria. Célian Macé, journaliste au service Planète, est le premier à raconter en quoi consiste son travail. Les questions fusent : «Vous allez faire quoi aujourd’hui ?» «Vous voyagez beaucoup ?» «Mais quand vous allez dans un pays, vous achetez à chaque fois une maison ?»

Paris, le 17 octobre 2019. Visite des élèves de CM2 de l'école Claude Vellefaux (75010) à la rédaction du journal Libération.Les élèves écoutent le journaliste Célian Macé (debout à gauche) expliquer en quoi consiste son travail. Photo Denis Allard pour Libération

 

Il est spécialiste d’une partie du continent africain. Et nos CM2 sont bien calés sur le sujet puisque beaucoup sont originaires du Mali, du Sénégal, de Guinée ou encore d’Algérie. C’est justement sur ce pays que va travailler Célian ce jour-là. «Il y a des marches !» lance un enfant, en référence aux manifestations. Certains savent aussi qu’un président a été poussé à quitter le pouvoir là-bas. «Et pourquoi, nous, on essaye de chasser Macron et ça ne marche pas ?» lâche un élève. «Parce que lui a été élu en démocratie, ce qui n’était pas le cas en Algérie», explique le journaliste.

«C’est comme Netflix !»

Puis c’est au tour de Laure Bretton de présenter son travail de cheffe du service politique. «Macron, les ministres, les syndicats…» listent les enfants qui savent visiblement de quoi on parle. Les rencontres avec le président de la République soulèvent des interrogations : «Si vous le voyez, vous lui posez quelles questions ?» «Il y a des règles à respecter pour s’adresser à lui, mais on peut lui poser les questions qu’on veut», assure la journaliste politique. «Quand Macron était conseiller, vous l’aviez imaginé président ?» ajoute un élève. Rire franc de Laure : «Oh non ! Et si quelqu’un te dit oui, je pense qu’il ment.»

Balla Fofana prend la relève pour parler du service Web. «C’est comme Netflix !» s’enthousiasme un enfant. Le journaliste rebondit : «Eh bien il faut aussi t’abonner, pour pouvoir tout lire.» Moins de contrainte dans la taille des textes, un rythme plus rapide et des informations en temps réel, voilà ce qui différencie le site internet du journal papier. 

 

Les petits curieux repartent de plus belle : «Tu as déjà posé des questions à Macron ?», «et tu as déjà fait des interviews avec des youtubeurs ?» Réponse négative du journaliste dans les deux cas. «Aujourd’hui, vous avez écrit des choses ?» lui demande-t-on. «On a un direct et je travaille dessus depuis 6 heures du matin», explique Balla. «6 heures !» s’exclament les enfants qui trouvent ça «super tôt». «Oui, mais on se relaie, précise Balla. Quand vous irez à la cantine tout à l’heure, moi je ferai la sieste.» En parlant cantine, il est 11 heures et certains se plaignent déjà d’avoir faim.

Doigts levés, prises de notes, les enfants participent avec enthousiasme aux rencontres avec les différents journalistes de la rédaction. Photo Denis Allard pour Libération

«Mais c’est quoi, un grappin ?»

Julie Brafman, spécialiste justice, va leur faire oublier les frites de la cantine qu’ils ne dévoreront pas ce midi. Les crimes et les bandits, ça passionne les enfants. «C’est Enquête d’action  entend-on dans le public. La journaliste explique qu’elle écrit en ce moment un article sur un prisonnier qui s’est évadé de prison en utilisant un bout de drap et un grappin. On ouvre des yeux ronds dans l’assistance : «Pourquoi il était en prison ?» «Il l’a trouvé où le grappin ?» «Mais c’est quoi, un grappin ?»

 

Paris, le 17 octobre 2019. Visite des élèves de CM2 de l'école Claude Vellefaux (75010) à la rédaction du journal Libération.Gros succès du casque anti-bruit (qui permet de ne pas être embêté par le brouhaha de la rédaction) de la journaliste Julie Brafman. Photo Denis Allard pour Libération

On se pose aussi pas mal de questions sur la police. «Est-ce qu’un policier peut aller en prison s’il tue quelqu’un ?» s’interroge un enfant. «Mais un policier a le droit !» lui lance un autre. «Non, sauf dans certaines circonstances, s’il est en danger et après avoir prévenu la personne», précise Julie. «Est-ce que vous allez devenir policier ?» demande un enfant à la journaliste. «Non, je préfère écrire les histoires que courir après les voyous», affirme Julie. Plus tard, les enfants diront avoir adoré ce qu’elle leur a raconté.

La hype BFM

A ce moment-là, les enfants ont un gros coup de mou. Il est 11h30 et ils ont maintenant tous très faim. Allez, c’est le moment de les remotiver. On leur avait caché la visite prévue dans les locaux de BFM pour qu’ils s’intéressent à nous, quand même. A cette annonce, cris de joie… un peu vexants. 

 

Paris, le 17 octobre 2019. Visite des élèves de CM2 de l'école Claude Vellefaux (75010) chez BFM, après avoir visité la rédaction du journal Libération.Une journaliste de la chaîne BFM TV montre aux enfants comment faire le montage d’une vidéo. Photo Denis Allard pour Libération

Sur place, guidés par Linda Bouziad, journaliste pour la chaîne, les enfants s’initient au montage vidéo et certains se ruent sur les micros BFM parce que «c’est trop la classe». Un journaliste enregistre devant eux les commentaires qu’il ajoute à son reportage. «C’est la voix de la télé !» lance un élève, hyper impressionné. Puis fin de visite en apothéose avec la découverte d’un vrai plateau de télévision. «C’est le plus beau jour de ma vie», glisse une élève qui n’a qu’une hâte : raconter tout ça à ses parents.

Cécile Bourgneuf et Solen Sugier

 

 

Le P'tit Libé

«La retraite, c’est quand on est trop vieux pour travailler !»

Par Julie Vayssière  17 janvier 2020 à 17:26

 
 
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Lors de la visite des élèves de CM2 de l'école Claude Vellefaux, dans le Xe arrondissement à la rédaction de «Libération». Photo Denis Allard pour Libération

Ils s’appellent Fatoumata, Janna, Pierre ou Ethan. Ils sont en CM2. Avec l’équipe du «P’tit Libé», qui explique l’actu aux 8-13 ans, ils vont réaliser un «Libé» des enfants à l’occasion de la semaine de la presse à l’école, en mars. Une collaboration à suivre au fil des mois.

L’équipe du P’tit Libé attend sagement devant la porte entrouverte de la salle de classe d’où s’échappent quelques règles de maths. Après les multiplications, un intermède plus léger s’impose. Les Ztringz, cordelettes colorées qu’on manipule pour faire des figures, émergent des poches et des cartables à notre demande. On veut juste savoir comment fonctionne ce jeu simplissime qui cartonne depuis plusieurs mois dans les cours de récré. «Regarde, il faut passer un doigt, puis deux, puis trois, explique Wendy en s’affairant sur sa ficelle qui prend la forme d’un parachute puis et d’une tour Eiffel. Je sais aussi faire le trampoline, l’échelle, et même le caniche !» ajoute Wendy qui a tout appris sur YouTube. Ce jeu a le mérite de tenir les enfants très concentrés puisqu’on les entend à peine. Allez, on range tout ça, on est venues pour parler actu.

«La retraite, c’est quand on a mal au dos»

Ismaël a entendu parler du Brexit mais ce que les enfants retiennent en ce moment, c’est surtout «la grève à la RATP et à la SNCF. Et parfois aussi les maîtresses», explique Myriam en rejetant en arrière sa longue tresse brune. Mais c’est quoi une grève ? «La grève, c’est quand on n’a pas école !» s’écrie Lassana, très pragmatique, du fond de la classe. «C’est quand on veut que ça change», reprend Myriam, plus idéaliste. On leur explique que, lors d’une grève, on arrête de travailler et qu’on peut aussi manifester. «Mais oui, à République [la place de la République à Paris ndlr] !» s’exclame une élève.

 

Pourquoi y a-t-il un mouvement de grève en ce moment ? «Il n’y a plus de transports, donc les gens ne sont pas contents et ils font grève», avance Lassana. «Mais non, c’est pour les retraites !» corrige Ahlem, petite brune assise près de la porte. A 10 ans, la retraite, ça n’a rien de concret. Pourtant, les commentaires perspicaces fusent : «La retraite, c’est quand on est trop vieux pour travailler !» lance l’un d’eux. «Quand on a mal au dos», renchérit l’autre. «Et avec quel argent vit-on pendant la retraite ? demande l’une des journalistes. «Pour vivre quand on est à la retraite, on a mis avant de l’argent sur un compte, à la banque», tente Mariama, hésitante. Le reste de la classe sèche. C’est l’heure de la récré.

 

Après cette parenthèse-défouloir, quelques mots-clés ont été notés sur le tableau blanc pour les aider à reprendre le fil. Cotisations sociales, pénibilité du travail, régimes spéciaux, on démêle ce charabia avec des termes plus simples. «Ah oui, les régimes spéciaux, Macron veut changer ça, et certaines personnes trouvent ça injuste donc elles font grève», résume Myriam. Il est temps de passer à l’écrit. L’occasion pour eux d’aborder l’actualité par le prisme de leur quotidien pendant la grève. «Mon père travaille à la Poste à Saint-Denis. Il met une heure pour aller au travail en camion», écrit Doukoutou. «Ma mère est animatrice dans les crèches. Elle travaille très loin et, des fois, elle part en bus si elle a de la chance, et si elle n’a pas de chance, elle doit partir à pied», raconte Janna.

Oumou décrit son trajet pour aller à son cours d’arabe le week-end : «Je pars de chez moi à pied et je mets trois heures pour arriver à mon cours. D’habitude, avec le métro, je mets une heure. Après je suis fatiguée, j’ai mal aux pieds.» Avant de partir, nous leur laissons les consignes pour un exercice d’interview : interroger leurs grands-parents sur leur retraite, et la profession qu’ils ont exercée par le passé. On a hâte de les lire.

Julie Vayssière

 
 
 

Le P'tit Libé

«Pourquoi il y a un incendie en Australie alors que c’est l’hiver ?»

Par  Marie Joan 31 janvier 2020 à 06:34
 
La classe de CM2 du P'tit Libé à l'école Vellefaux (Xe arrondissement), le 31 janvier 2020. Photo Denis Allard pour Libération Denis Allard pour Libération

Ils s’appellent Fatoumata, Janna, Pierre ou Ethan. Ils sont en CM2. Avec l’équipe du «P’tit Libé», le site de «Libération» qui explique l’actu aux 8-13 ans, ils vont réaliser, ensemble, un «Libé» des enfants à l’occasion de la semaine de la presse et des médias dans l’école, en mars. Une collaboration à suivre au fil des mois.

Feux, pompiers, koalas, changement climatique, chaleur et danger. Voilà les mots-clés qui figurent sur le grand tableau de l’école primaire Vellefaux dans le Xarrondissement de Paris. Le vocabulaire parle de lui-même, la séance du jour est consacrée aux incendies en Australie. Les élèves connaissent le sujet, ils l’ont au préalable étudié avec leur maîtresse et le numéro du P’tit Libé qui y est consacré. Et les enfants ont beaucoup de questions. «Pourquoi les koalas ne peuvent pas fuir ?» «Le vent, ça n’éteint pas les flammes ?» «Pourquoi il y a un incendie alors que c’est l’hiver ?» Lorsqu’ils apprennent qu’un milliard d’animaux sont morts ou en train de mourir depuis le début des incendies, les yeux s’écarquillent.

C’est le moment de passer à l’écrit. Les élèves doivent retranscrire ce qu’ils ont compris et ce qu’ils en pensent. L’idée est de les amener à exprimer une opinion sur un sujet d’actualité. Ils n’ont pas encore l’habitude et l’exercice est loin d’être évident pour tout le monde. «J’ai vu un koala à la télé se faire couper la patte parce qu’elle était toute brûlée», explique Wendy à l’un de ses copains de classe horrifié. Plusieurs élèves proposent ensuite de lire à voix haute leurs écrits. «J’ai été très triste et choqué des images que j’ai vues à la télévision», dit Lassana. Chamina ajoute, déterminée : «J’aimerais que l’Australie arrête de polluer avec le charbon parce que ce n’est pas bien. En plus c’est triste de voir ces animaux mourir.»

 

 

Le Libé des enfants

Le P'tit Libé chez des CM2 : «J'ai peur que le Coronavirus m'attrape»

Par Cécile BOURGNEUF 8 février 2020 à 18:33
 

«De quoi avez-vous entendu parler dans l’actualité ?» C’est notre petit rituel. A chaque intervention dans la classe, une fois par semaine depuis janvier, on démarre par cette question pour savoir quelles infos retiennent l’attention des enfants. Ce vendredi-là, plusieurs mains se lèvent en même temps. Wendy a entendu parler de la patineuse Sarah Abitbol qui accuse son ancien entraîneur de l’avoir violée quand elle avait 15 ans. Elle ne sait pas bien ce que ça veut dire mais a compris que «c’est mal». La manif des pompiers du 28 janvier à Paris a aussi marqué les esprits parce que «les pompiers se sont battus», croit savoir Ammar. Ismaël raconte de son côté avoir pleuré en apprenant la mort du grand basketteur américain Kobe Bryant parce qu’il est «fan de basket et que Kobe a joué avec les plus grandes stars de la NBA».

«Je ne m’intéresse pas à l’Angleterre, c’est un truc de grand.»

«Et le Brexit, ça vous dit quelque chose ?» La réponse est oui mais tout est confus. «C’est Merkel et Johnson qui ont décidé de partir de l’Europe, explique Lassana. Merkel c’est une dame en Angleterre. Euh, non à Londres pardon.» Janna se demande «pourquoi le Brexit est énervé contre le Royaume-Uni» et Myriam s’interroge sur ce qui se passera si le Royaume-Uni veut revenir un jour dans l’UE. Pour Mariama, tout ça n’a pas d’importance : «Je ne m’intéresse pas à l’Angleterre, c’est un truc de grand.» A l’inverse, Ahlem pense que «ça peut finir mal ou encore pire, en guerre avec l’Union européenne.» Lassana, qui aime bien attirer l’attention, enchaîne sans transition : «C’est quoi la différence entre la droite et la gauche ?» Ok, on se retrousse les manches pour parler des différents partis politiques en France. La République en marche, le Parti socialiste, La France insoumise ou encore «Les Ré-pu…» «Les Répulsifs ?» tente Inaé.

 

Après cette jolie sortie de route, on revient sur l’actu. Le coronavirus ne leur a pas échappé et les interrogations fusent. «Est-ce que ça se soigne ?» «Est-ce que c’est vrai qu’il y a trois personnes d’une même famille qui l’ont attrapé ?» «Est-ce qu’il y a beaucoup de morts ?» «Est-ce qu’il y a des malades à Paris ?» On leur explique ce qu’est un virus, pourquoi celui-ci inquiète et, malheur à nous, on finit par lâcher que la grippe saisonnière tue 10 000 personnes en moyenne chaque année en France. «Quoi ???» répondent-ils encore plus flippés.

Pour les entraîner à donner leur avis sur un sujet et mieux distribuer la parole ensuite, on passe à chaque fois de l’oral à l’écrit. «Je pense que le coronavirus se propage de plus en plus et j’ai peur que ça m’attrape», note Fatoumata. «On l’a attrapé à cause des animaux qui se roulent par terre», affirme Paly. «Je sais que dans la vie tout le monde va mourir, remarque Pierre avec beaucoup de pragmatisme. Mais j’ai un peu peur du coronavirus parce que je n’ai pas envie de voir ma famille mourir.» Mariama n’est pas plus rassurée parce «c’est hyper dangereux. J’ai peur pour les contagieux et si on l’avait ce serait l’épidémie du siècle». Xavier affirme ne pas être inquiet mais il aimerait «qu’on trouve l’antidote pour que je puisse partir en Chine pendant les grandes vacances avec ma famille.»

«Est-ce que vous gagnez de l’argent ?»

A la fin de la séance, c’est le moment de l’interview. Ils ont de la chance, Denis Allard, photographe pour Libé est venu les prendre en photo dans leur environnement. Le cobaye est tout trouvé. Les enfants doivent lui poser des questions sur son métier. «Vous avez commencé quand ?» «Combien de temps ça prend de faire des photos ?» «Est-ce que vous gagnez de l’argent ?» Et là, sans aucune consigne de notre part, quelques élèves prennent leurs stylos et notent consciencieusement les réponses du photographe. Thanina est la première à lire son petit article sur Denis. Elle a compris l’essentiel. Le déclic qu’on attendait est là. Le Libé des enfants qui sortira le 25 mars est bien sur les rails.

Cécile BOURGNEUF

 

Le libé des enfants

Le P’tit Libé chez des CM2 : «Un robot construira d'autres robots, qui construiront l'école»

Par Elsa MAUDET 29 février 2020 à 18:13
 
 

Deux semaines de vacances sont passées depuis notre dernière visite, mais l’actu bégaye : nous voilà reparties à parler du coronavirus avec les élèves de CM2 de l’école Vellefaux (Xarrondissement de Paris) que l’on suit depuis plusieurs mois. Ils sont surmotivés, leurs bras levés prêts à repousser le plafond tant ils ont à dire. Wendy lâche même «j’ai vu dans Libération que…». En septembre, la presse leur semblait aussi familière que le Minitel. On ose se dire que nos rencontres leur apportent quelque chose.

Cette fois, les enfants ne montrent pas d’inquiétude quant à l’épidémie, ils sont concentrés sur une chose : les infos. Le nombre de morts, les villes italiennes bouclées, les mises en quarantaine, l’arrêt des voyages scolaires… Ils sont calés.

 

Sushis municipaux

Les municipales, c’est moins leur truc. «C’est des élections pour élire le Président», tente Ismaël. Alors que l’on essaye de leur faire parler des conseillers municipaux, on en perd en route.

- «Les gens de la liste, s’ils sont élus ils deviennent quoi ?»

- «Des sous-chefs.»

- «Des sushis», lâche discrètement Inaê.

- «C’est bon, les sushis…», constata Janna, un brin rêveuse.

Au moment de lister les noms des candidats à la mairie de Paris, l’enseignante frémit. Si l’affaire Griveaux surgit, on devra gérer… L’accident de parcours est évité, ils préfèrent s’intéresser à la candidature d’Edouard Philippe au Havre.

Robots, jacuzzis et dictature 

Habituellement, les rencontres avec les CM2, c’est donnant-donnant. Ils nous en apprennent plus sur eux, sur leurs codes, leurs habitudes, leurs passions, et nous on leur explique comment faire une interview, la fiabilité des sources… Mais là, le temps presse : le Libé des enfants qu’on va préparer ensemble sort dans un mois (le 25 mars) et rien n’est prêt ; on absorbe autant d’infos que possible.

 

On les relance sur leur vision de l’école du futur, dont ils nous ont déjà pas mal parlé et qui fera l’objet d’une double page. Quelles règles s’appliqueraient dans l’établissement ? «Pas de règles !» lâche Doukoutou sans ambages. On remet un peu en question son projet, il conclut qu’il y aurait des règles pour tous les autres, pas pour lui. L’occasion d’expliquer ce qu’est une dictature.

Réseaux sociaux

Robots, robots, robots : il y a consensus sur l’envie de déléguer un paquet de choses à des engins. Mais les stratégies divergent : Thanina veut trois robots chacun, un autre élève soulève le problème d’encombrement que ça risque d’engendrer. Une troisième propose que chaque robot ait plein de bras. Question logistique en tout cas, on peut s’en remettre à Inaê : «Un robot construira d’autres robots, qui construiront l’école.» Ecole allègrement équipée en jacuzzis (leur passion pour les bains à remous nous laisse perplexe) et gratuite, cela va sans dire. Mais comment vont-ils payer les cabanes, le téléporteur et le parc d’attractions qu’ils ont prévu d’installer ? «Après l’école, on a un petit métier», suggère Wendy. On ne les embête pas avec de basses considérations de droit du travail.

Pour finir, on se lance dans un sondage «écrans». Plus de la moitié a un smartphone, presque autant un compte personnel sur au moins un réseau social. Ils ont 10 ans, trois de moins que l’âge légal. Une élève nous parle des lives qu’elle fait sur l’appli Omlet Arcade et des gens qu’elle rencontre à ces occasions. On tâche de cacher notre inquiétude et de lui faire comprendre l’air de rien qu’un adulte peut tout à fait se faire passer pour un enfant et discuter avec elle. L’enseignante n’en perd pas une miette et reviendra sur cette épineuse question sans nous, ultérieurement.

Au moment de quitter les élèves, Myriam et Nour nous tendent des cœurs en papier, qu’elles ont confectionnés. Dans l’un d’eux, un petit mot est glissé : «Merci de venir nous voir chaque semaine.» On a hâte de les retrouver.

Elsa MAUDET
 
Le Libé des enfants

Le P'tit Libé chez les CM2 : «Les microbes, c’est un peu le truc des garçons»

Par Cécile BOURGNEUF 9 mars 2020 à 14:41

 

La nouvelle a fait bondir les enfants de leurs chaises. Solen, leur maîtresse, vient de leur annoncer qu’ils partiraient à Naples en voyage scolaire, en juin prochain. «En Italie ? Pour de vrai ? Trop bien !» hurlent-ils. Oui et ce sera même cinq jours, sans les parents, dans des familles italiennes. Hum, tout de suite, c’est un peu plus stressant pour des petits. «Mais on ira tous dans la même famille ?» «J’ai jamais pris l’avion moi», «Est-ce que je pourrai appeler ma maman ?»

Cahiers, crayons et gel hydroalcoolique

De notre côté, sans vouloir être rabat-joie, on pense plutôt au coronavirus. L’Italie est le pays européen le plus touché par l’épidémie mais «c’est que dans le Nord, ça va», remarque Myriam, très optimiste. Paly se dresse fièrement sur sa chaise pour déclarer : «Moi j’ai pas peur du conoravirus.» Son erreur fait rire toute la classe qui le corrige. Plusieurs élèves en profitent pour sortir de leur cartable leur petit gel hydroalcoolique, devenu tout aussi indispensable que leurs crayons et cahiers. «C’est surtout les filles qui en mettent sur les mains, glisse Ahlem. Les microbes c’est un peu le truc des garçons.» Pourtant, leur traditionnel «check» a une autre allure en ses temps d’épidémie : ils se saluent désormais en se tapant les pieds en deux mouvements de jambes.

 

Les élèves ont compris qu’il ne fallait pas paniquer et qu’on en parlait beaucoup pour une simple et bonne raison : c’est un nouveau virus. Mais alors, «pourquoi plein de gens achètent des masques alors que ça sert à rien ?» Et tous s’intéressent beaucoup aux écoles qui ferment, espérant voir venir leur tour. Le visage de Fatoumata s’assombrit : «Si on peut plus y aller, on va être bête après.» Lassana n’écoute plus depuis un moment. Quand il a une idée en tête et n’obtient pas la parole, il s’affale sur son bureau et prend un air abattu. Il est au premier rang, on finit toujours par craquer. Son tour enfin venu, il passe à tout autre chose : la Côte d’Ivoire. «Le président Ouattara a dit qu’il voulait pas se représenter et ma mère a un peu pleuré parce qu’elle l’aime beaucoup.» «Pourquoi Macron il fait pas la même chose ?» réagit Ben-Charly. «Mais c’est les élections municipales là», rétorque Ismaïl alors que sonne l’heure de la récré.

Dans la cour, les garçons occupent tout l’espace

Comme à chaque fois, les enfants descendent les escaliers en rang puis les garçons foncent dans la cour et courent dans tous les sens. Ce matin-là, ils jouent à l’épervier. Ils doivent traverser le terrain sans se faire attraper par celui qui endosse le rôle du rapace. La tension est maximale, chacun joue sa peau. Sonia les observe avec envie : «Ils veulent pas qu’on joue avec eux. Quand je demande, c’est toujours super compliqué. Inaê me dit de demander à Ammar qui me dit de demander à Inaê… Mais bon, on parle entre filles, c’est bien aussi.» On leur soumet l’idée d’y jouer de leur côté, sans se préoccuper d’eux. «Ben ils prennent toute la place», montre Myriam pile au moment où un CE1 est percuté par l’un des joueurs, emporté par sa vitesse pour échapper au terrible épervier. Le sifflet sonne, fin de partie et remontrances de la maîtresse en rejoignant la classe. «Vous partagez la cour avec les petits. Vous savez très bien que vous ne pouvez courir que dans un sens. Voilà ce qui arrive après.»

Il est temps pour nous de faire un point sur le Libé des enfants qui sort le 25 mars et dont ils sont les rédacteurs en chef. On a encore du pain sur la planche avec une semaine très chargée en rencontres et interviews. «On aura notre photo dedans aussi ?»

Cécile BOURGNEUF
 
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