Circonscription 18A_La Chapelle

La pédagogie de projet

            Il n’est pas dans mon intention d’imposer un modèle de pratique de classe. Par contre, je souhaite inscrire ma réflexion dans un débat sur les démarches mises en œuvre à l’Ecole maternelle. La comparaison de deux tâches est éclairante pour choisir la démarche la mieux adaptée aux élèves majoritairement issus des milieux populaires.

La première tâche est la suivante : elle s’inscrit dans l’étude du thème du petit chaperon rouge. Elle consiste à faire entourer dans une liste de mots des mots « cibles » : chaperon, loup, forêt, panier. Cette tâche a des fondements théoriques. La lecture est une reconnaissance de formes. Les élèves en comparant des formes prélèvent des indices dits pertinents discriminant ainsi les formes semblables au modèle et les formes dissemblables. L’exercice développe la capacité des élèves à comparer des formes écrites : il prépare à la lecture.

Il convient d’interroger le sens qu’a cette tâche pour l’enfant. Les élèves font l’exercice pour répondre à la demande du maître. Corrigé, il sera gardé en « archive », identifié par le prénom de l’enfant.

La tâche proposée est une tâche à consigne. L’enfant met en œuvre des procédures cognitives de comparaison terme à terme de formes écrites pour répondre positivement à une consigne de travail. Il attend du maître une validation de ses choix. L’élève, bien évidemment, ne connaît quelles procédures intellectuelles sont en œuvre. Il sait cependant que l’objectif pédagogique est une compétence de lecture. L’exercice est fin en-soi. Le « travail » est sa propre finalité. C’est une tâche individuelle qui n’est pas intégrée dans un projet global finalisé. En fait, la relation avec le thème est faible : les mots cibles renvoient au lexique du conte « Le petit chaperon rouge ».
Considérons une autre tâche, toujours en lien avec le conte étudié en classe. Un groupe de 5 élèves de grande section est chargé par le maître d’illustrer les 4 versions différentes du Petit Chaperon rouge, illustrations qui seront reproduites pour illustrer un livre rédigé pour les parents des élèves, titré « Quatre histoires du petit chaperon rouge ».

Dans cette situation, l’élève comprend que sa production servira à la réalisation du livre. Il accorde de la valeur à son « travail » qui sera vu par toutes les familles, de tous les élèves. La socialisation de la tâche valorise la tâche. La production finale présentée par le maître aux élèves peut pour lancer un projet comparable servir de modèle aux élèves, facilitant ainsi la compréhension par les élèves des attentes du maître. L’élève a une claire conscience des enjeux du travail scolaire. Il sait « à quoi sert » son travail même s’il ignore quelles habiletés cognitives sont mises en œuvre (pas de « clarté cognitive »). Il donne un sens aux tâches scolaires et développe une forte motivation personnelle, motivation nécessaire pour l’aider à construire ses apprentissages.

          Mes observations me montrent que l’enfant doit se sentir responsable de ce qu’il fait, encore faut-il pour être responsable comprendre la signification des tâches proposées par le maître. L’exercice a sa place s’il est décroché, c’est-à-dire, si son exécution permet de revenir sur le projet de classe, pour faire ce qu’on a à faire, le faire mieux. Le projet de classe est au cœur des activités pour leur donner sens, pour les légitimer. Le concept de légitimation est fécond pour comprendre comment l’enfant passe de l’intérêt à la motivation et comment il mobilise ses moyens, aidé par le maître et par ses pairs, pour faire. L’action, l’activité permet la construction de nouveaux savoirs à la condition que cette action ait un sens pour l’enfant. 

Bien cordialement.

Richard Tassart.

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