"Témoignage sur un génocide pendant la 2de Guerre mondiale"

Dans le cadre du programme d’histoire de 3e, le collège Gustave Flaubert recevra en ses murs un ancien déporté en compagnie de deux membres de l’association AMEJD du 5e arrondissement (Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés) afin de témoigner de son expérience dans le système concentrationnaire nazi. La rencontre se déroulera au CDI en deux temps :
-       Le vendredi 7 février de 15h05 à 17h15  avec les 3e1, 3e3 et 3e5
-       Le jeudi 13 février de 15h05 à 17h15 avec les 3e2 et les 3e4

Cette rencontre est coordonnée par Mme Dobin (Anglais) et M. Charon (HG) avec la participation de  Mme Le Masne (HG), M. Mignot (HG), Mme Gohlen (Français), M. Lafond (Français), et Mme Colin (Français).


Extrait vidéo, cliquer sur le lien suivant :

https://vimeo.com/95381907

Mot de passe : huysmans

 

M. Gossin a témoigné de son expérience de déporté dans notre collège auprès de l’ensemble des élèves de 3; il nous a fait part de ses souvenirs de plus de 20 mois d’enfermement dans les camps nazis, de septembre 1943 à juin 1945. En 1943, Il fut arrêté à Toulon et emprisonné à Marseille pour faits de résistance et aussi pour être Juif. A partir de Drancy, il a été  envoyé par le train en direction d’Auschwitz d’où personne ne revenait… Pourtant par une série de circonstances et de « coups de chance », il arriva à être transféré à Mauthausen au Kommando de Gusen II qui n’était pas non plus une sinécure. Il réussit à survivre, ne pesant plus qu’une quarantaine de kilos à son retour en France. Il retrouva les siens qui avaient échappé à la mort durant ces années d’horreur, cet épisode ne fut pas non plus très facile. Peu à peu, M. Georges Gossin s’est relevé de ce cauchemar non sans séquelle. Il nous a délivré un véritable message d’espoir et de ténacité face à la barbarie.

HG

 

De gauche à droite : M. Georges Gossin, 90 ans déporté à Auschwitz et à Mauthausen, Mme Georgette Lediraison, secrétaire générale de l’association du 5e pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés et M. Pierre Quillardet, président de l’AMEJD du 5e. Ce dernier nous a fait part de son témoignage pendant l’occupation allemande à Paris et nous a expliqué les raisons de son engagement citoyen dans cette association en tant que non-juif, après avoir été témoin des horreurs commises par les nazis dans la capitale.


 

Les élèves ont été très attentifs et respectueux tout au long du témoignage, posant à la fin des questions très pertinentes.

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Poème lu aux élèves par M. Gossin à la fin de son témoignage, en hommage à tous ceux qui ont souffert, comme lui, dans les camps de concentration et d’extermination.


Souviens-toi,
O mon camarade, O mon frère!
Souviens-toi,
De ce long, si long calvaire dont nous savions tous
Que le terme en était la mort.
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Souviens-toi,
O mon camarade, O mon frère !
Souviens-toi !
De ces interminable journées où seul nous soutenait
L’espoir du retour.
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Souviens-toi,
O mon camarade, O mon frère !
Souviens-toi !

De ces magnifiques amitiés nées d’un idéal commun
Et des souffrances partagées.
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Souviens-toi,
O mon camarade, O mon frère !

Souviens-toi !
De ce jour de la délivrance qui, du
Royaume des morts,
Nous ramena dans le monde des vivants.
---
Souviens-toi,
O mon camarade, O mon frère !
Souviens-toi !
De tous ceux que nous avons laissés
Là-bas, là-bas,
En cette terre étrangère, ou bien dont les cendres
Se sont envolées dans la fumée lourde des bûchers.
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Souviens-toi,
O mon camarade, O mon frère !
Oh ! Oui ! Souviens-toi,
Mais surtout, surtout, n’oublie pas [de pardonner].

 

Poème du Colonel Gaston De Bonneval*

 

- J’ai supprimé de ce poème les derniers mots de la dernière strophe qui sont : « de pardonner » car moi, je ne peux pas pardonner ! (M. Georges Gossin, 07/02/2014)

Il précise qu’il ne peut pardonner aux nazis, mais qu’il n’a pas le même sentiment pour les Allemands aujourd’hui.

L’AMEJD : pour ne pas oublier les enfants

Depuis des années, des bénévoles se sont mobilisés au sein des comités de quartiers afin de rendre hommage aux 11.400 enfants déportés de France, dont à peine 200 sont revenus. A Paris, 6100 enfants et adolescents ont étés déportés. C'est en hommage à ces enfants juifs arrachés à la vie que des plaques commémoratives ont été apposées dans les écoles, grâce aux AMEJD.

 

Dans les salons de l'Hôtel de Ville, le jeudi 27 mai 2010, de nombreux militants de la Mémoire, dont les membres de la Commission du souvenir du CRIF, se sont rassemblés pour saluer le travail de quatre anciens Présidents des AMEJD (Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés) : Ady Fuchs, Maurice Kirzenbaum, Pierre Quillardet, Léon Zyguel. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë leur a remis la Médaille Vermeil de la Ville de Paris. Parmi les personnalités étaient présents, en leurs fonctions et qualités : Catherine Vieu-Charrier, Jacques Bravo, Lyne Cohen-Solal, Liliane Capelle, Roger Fichtenberg ainsi que des représentants d'associations d'anciens combattants et d'anciens déportés. Dans son discours, Bertrand Delanoë, a souligné que le travail n'est pas encore achevé car d'autres plaques évoquant la déportation de France d'enfants juifs seront apposées sur les façades des écoles de Paris. Il a rendu hommage au travail des militants des AMEJD. Noël Veg, a, en sa qualité de Président du COMEJD qui est (le comité de coordination des AMEJD), rendu hommage au travail d'historien de Serge Klarsfeld. Il a évoqué le souhait de voir une plaque dans le jardin de la Place des Vosges. La Commission du Souvenir du CRIF félicite les anciens Présidents distingués en ce jour et souhaite aux AMEJD de continuer leur travail de Mémoire.

Article du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), 28/05/2010

 

*Le colonel Gaston de Bonneval a été maire de Thaumiers et Conseiller général de Charenton. Mais auparavant, il a été pendant vingt ans l'un des aides de camp du Général de Gaulle. Lire l'article complet de L'Echo du Berry du jeudi 17 novembre.

 

« Au commandant de Bonneval, mon compagnon lointain des premières heures, mon collaborateur discret d'aujourd'hui, mon ami jusqu'à la fin ». C'est avec ces mots que le 19 octobre 1954, le Général de Gaulle écrivait à son aide de camp de l'époque, le comte Gaston de Bonneval. Originaire de Thaumiers, dans le canton de Charenton-du-Cher, Gaston de Bonneval est pourtant né à Paris en novembre 1911. Mais, comme il aimait à le rappeler régulièrement, « le premier Bonneval est venu à Thaumiers en 1797 où il avait épousé Mlle de Doulle, la propriétaire du château. » Il effectue sa scolarité à l'école primaire Sainte-Croix de Neuilly avant d'être envoyé pensionnaire, dès la 6e, à Evreux. Il intègre ensuite l'école Sainte-Geneviève, connue sous le nom de Ginette, à Versailles, avant de rejoindre Saint-Cyr de 1933 à 1935. Il en sort sous-lieutenant, choisit la légion étrangère et se retrouve à la tête d'un régiment en Syrie. En 1938 dans le Gers, il épouse Yvonne de Saunhac, avec qui il aura huit enfants dont cinq entre 1939 et 1943 et les trois derniers en 1946, 1951 et 1958. Nombreux sont d'ailleurs ceux à vivre encore en Berry aujourd'hui.

 

Matricule 64 104

En 1940, il entre en Résistance sous le nom de guerre « Gauthier »” et rejoint un réseau à Toulouse. Suite à une dénonciation, Gaston de Bonneval est arrêté en gare de Perpignan en octobre 1943 et incarcéré pendant plusieurs mois en prison, avant d'être envoyé en février 1944, au camp Royal-Lieu à Compiègne. Là, sa route croisera celle du Père Jacques, héros du film de Louis Malle 'Au revoir les enfants”. Dans un livret intitulé « Témoignages »”, écrit en 1977, plus de trente années après les événements, Gaston de Bonneval, matricule 64 104, raconte lui-même la suite de son triste périple. « En mars 1944, des bruits se mirent à courir. Un petit convoi était en préparation. Un matin comme tous les autres, nous étions rassemblés sur la place d'appel. Soixante-trois d'entre nous furent appelés, rassemblés deux par deux et entassés dans des camions. Le hasard des noms fit que le Père Jacques et moi-même, appelés l'un après l'autre, fûmes attachés ensemble et le restâmes durant tout le trajet de Compiègne au Camp de Neue-Brem en passant par les gares de l'Est et de Sarrebrück. (...) Nous sommes restés vingt-huit jours dans cet enfer. Nous en sommes repartis un matin, enchaînés comme à l'arrivée, mais épuisés et nous demandant si ce que nous allions connaître pourrait être pire. Et ce fut pire. » Gaston de Bonneval passera plus d'un an au camp de Mauthausen, dans des conditions de survie dramatiques. En mai 1945, le camp est libéré par la 3e Armée américaine. Deux infirmières françaises, attachées à cette Armée, le font sortir, ainsi que le Père Jacques, de cet enfer. Grâce à un pont aérien mis en place par les Américains, Gaston de Bonneval est rapatrié à Orléans. « Le Père Jacques a refusé tout net de profiter de ce qu'il considérait comme un « passe-droit »”. J'ai accepté. (...) Le soir-même, j'étais en France. Huit jours plus tard, le Père Jacques mourait en terre étrangère. » Le comte Gaston de Bonneval rejoint alors le château familial de Thaumiers où l'attendent sa mère, sa femme et ses cinq enfants. Il pèse alors 33 kg pour 1,82 m et commence à se reconstruire peu à peu, au milieu des siens. Mais pas pour longtemps... Car, à l'époque, le Général de Gaulle cherchait des aides de camp dont l'un d'entre eux devait être, bien sûr, officier de l'armée française, mais aussi résistant et déporté. Gaston de Bonneval, nommé Commandant cette même année, est alors présenté au Général et, à la fin de l'année 1945, devient l'un de ses aides de camp. Il restera pendant vingt ans aux côtés de de Gaulle, jusqu'en 1965, vingt années à le suivre pas à pas. Le rôle d'un aide de camp est très vaste et Gaston de Bonneval fut l'un des plus proches collaborateurs du Général durant cette période. Comme le raconte le magazine l'Express en 1964, « il était le confident devant qui Charles de Gaulle livrait ses pensées, l'hôte silencieux qui assistait aux entretiens, le secrétaire qui veillait sur le téléphone, l'intendant qui réglait les détails de la vie quotidienne, le serviteur qui tirait les rideaux, l'infirmier qui s'alarmait aux signes de fatigue, le gorille qui osait prendre à bras-le-corps, dans la foule, son patron. » Gaston de Bonneval a suivi le général pendant sa traversée du désert entre 1946 et 1958, l'accompagnant dans ses nombreux voyages en province et notamment dans le Cher en 1951. Appelé à la tête du gouvernement en 1958, avant d'être président, de Gaulle conservera auprès de lui son fidèle aide de camp, compagnon des bons et mauvais jours, jusqu'en 1964. Et pourtant, jamais, Gaston de Bonneval, devenu colonel en 1958, ne tirera profit de cette longue amitié. « Cet homme qui a tout vu, tout su, tout entendu, s'en va sans avoir tiré de sa longue fidélité le moindre avantage matériel. Il n'aura même pas été nommé général : le Président ne veut pas qu'on puisse dire qu'il favorise ses familiers » écrira encore le journal L'Express, lors du départ à la retraite du colonel. Le 22 octobre de cette même année à Strasbourg, pourtant, le général de Gaulle lui remettra en personne la cravate de commandeur de la Légion d'honneur. Une décoration parmi d'autres puisqu'il a reçu la Croix de guerre 39-45, la Médaille de la Résistance et la Médaille des Déportés. Et le 10 septembre 1972, à Thaumiers, Michel Debré, à l'époque Ministre d'État chargé de la Défense nationale, viendra en personne le faire Grand Officier de la Légion d'honneur.

 

Une retraite à Thaumiers

En 1964, Gaston de Bonneval décide donc de se retirer de la vie militaire et de rejoindre Thaumiers, où il reprend l'exploitation agricole familiale, un rêve d'enfant. En 1965, il succède à sa mère à la tête de la commune jusqu'en 1989. Il sera également élu conseiller général du canton de Charenton de 1969 à 1985. À cette époque, le colonel de Bonneval organise régulièrement des Veillées de la Déportation à Bourges et en l'église de Thaumiers. De nombreux textes sont issus de ces veillées, des textes qui seront ensuite rassemblés en un recueil poignant de prières, pensées et réflexions baptisé tout simplement 'Déportation” et publié en 1993. Une manière pour lui de raconter, enfin, la plus terrible partie de sa vie, celle où son nom était réduit à un matricule, le 64 104. Tout au long de sa vie, le colonel de Bonneval a croisé la route des plus grands de l'Histoire de France : Michel Debré, Edmond Michelet, André Malraux, le Père Jacques et bien sûr Charles de Gaulle... Et c'est dans les pas de ce dernier que sa vie a trouvé tout son sens. à la mort du général le 9 novembre 1970, il écrira : « Pour moi, le général de Gaulle, c'était la France. Pendant vingt ans, à ses côtés, j'ai parcouru la France et le monde. J'ai vécu dans son intimité comme peu d'hommes ont eu la chance de le faire. Il nous a quittés comme il l'a toujours souhaité, d'un seul coup sans connaître le déclin. (...) On a toujours dit que le général de Gaulle était un homme orgueilleux, moi, je n'ai jamais connu qu'un homme fier, fier de s'appeler Charles de Gaulle et fier d'être la France. » Vingt-huit ans plus tard, Gaston de Bonneval rejoignait son « mentor »”, son ami... dans la plus grande discrétion, à l'image de sa vie toute entière.

    Marie Desages, article paru en 2011 dans l’écho du Berry.