Journal des apprentissages ? Intérêt pédagogique (2009)

 Dispositif

Le journal des apprentissages est tenu chaque jour :

  • chaque soir, les élèves récapitulent par écrit ce qu’ils ont appris au cours de leur journée
  • chaque matin, quelques-uns d’entre eux lisent leur journal à la classe qui en discute.
  • Le dispositif simple, austère même, a des effets notables, lorsque les enseignants ont la patience de l’inscrire dans un temps long.

Les débuts décevants de la mise en place, l’évolution

Pendant plusieurs jours, plusieurs semaines parfois, les textes obtenus déçoivent : des listes d’activités, des emplois du temps presque.

L’enjeu de ces premiers écrits est apparemment bien modeste : structurer le temps scolaire en égrenant les tâches et en les catégorisant au sein de disciplines scolaires.

L’enjeu paraît plus visible dans les discussions du matin auxquelles donnent lieu les écrits, car repérer de ce qui attache ensemble des activités, des savoirs, des discours, dans des logiques de disciplines, ne va pas de soi.

Est-ce aussi dû à la difficulté à reconnaître, sous les tâches scolaires, les apprentissages que celles-ci permettent ?

Au fur et à mesure que le temps passe, les écrits s’allongent, des savoirs sont évoqués ("j’ai appris", "j’ai compris"), et non plus seulement des tâches et des disciplines.

Un point de vue personnel prend la place de l’énumération des moments de la journée, des choix sont opérés parmi les activités scolaires évoquées.

Intérêt pédagogique du journal d’apprentissage

Les enseignants des classes soulignent les bénéfices que tirent les élèves (et les enseignants eux-mêmes) de ce dispositif :

  • récapituler de cette manière aide les élèves à mémoriser, non par une restitution systématique, mais en obligeant à organiser le savoir, à opérer des rapprochements avec ce qui a été étudié à d’autres moments, à comparer les contextes où un même savoir est apparu ; on trouve d’ailleurs, dans les journaux, nombre de considérations sur ce qui était nouveau et sur "ce que je savais déja "
  • pour l’enseignant, repérer ce que les élèves ne comprennent pas qui lui a échappé ; faire des mises au point, apporter des compléments, voire modifier sa programmation,
  • disposer de point de départ de débats, parfois approfondis, sur le sens de tâches et de savoirs appréhendés d’abord par certains élèves de manière isolée ou anecdotique,
  • articuler écriture et débat oral : chaque élève écrit et fait pour son propre compte un effort pour penser sa journée en termes d’apprentissages. Mais au cours des discussions qui suivent, les confrontations amènent chacun à évoluer. Il n’est pas rare que des élèves complètent ou reviennent ensuite sur ce qu’ils ont écrit, sans pourtant qu’ils en aient l’obligation.

Écrire pour apprendre

La pratique du journal des apprentissages est une des illustrations possibles de l’écriture pour apprendre : à côté des pratiques d’écriture littéraire, il y a place à l’école pour de nombreuses pratiques langagières écrites, disciplinaires ou transversales.

Traditionnellement, l’écrit conclut une leçon, par exemple par la mise au point d’un résumé que les élèves vont recopier, ou bien est utilisé à des fins de contrôle des connaissances.

Le journal des apprentissages s’inscrit plutôt parmi les écrits "intermédiaires" qui accompagnent la construction même des connaissances, en provoquant un travail de formulation qui est en même temps un travail d’appropriation et de structuration de ces connaissances.

Stratégies développées chez les élèves

C’est par la pratique même de l’écriture et de l’oral réflexifs que les élèves construisent, petit à petit, une représentation de l’activité d’écriture du journal, en même temps qu’une représentation de l’activité d’apprentissage et de formation dans laquelle ils sont engagés.

Cette activité au long cours les conduit à développer trois types de stratégies utiles pour apprendre :

  • le journal amène à mémoriser, en répétant, en reformulant, en établissant des liens entre des savoirs,
  • il favorise des stratégies de contrôle métacognitif en mettant au jour les manières de s’y prendre pour réussir ou en obligeant les élèves à toujours évaluer le point où ils en sont, ce qu’ils ont compris ou non,
  • il développe enfin les stratégies d’élaboration qui consistent à intégrer constamment les savoirs nouveaux à des ensembles plus vastes. Par là, c’est le sens même des tâches scolaires qui se trouve constamment questionné. Non pas, comme on le croit parfois, pour mettre en évidence l’utilité d’un savoir, mais pour le situer dans un paysage plus vaste et dans une cohérence qui peuvent seuls lui donner sens et intérêt.

D’après Jacques Crinon, dans « Ouverture vers une nouvelle fenêtre Le journal des apprentissages », Échec à l’échec, 160 (mars 2003).