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Election présidentielle dans les cours de récréation (le Monde du 10 avril 2012)

L’élection présidentielle s’invite dans les cours de récréation

" Dis maman, pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? ", un article de Martine Laronche, publié dans Le Monde du 10 avril 2012

" Dès l’école maternelle, les enfants s’y intéressent mais à la manière d’un match de boxe. Il va y avoir un vainqueur et un vaincu, et c’est ce qui les interpelle ", commente Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste.

Le fils de Sabine (qui préfère rester anonyme), 7 ans et demi, s’est accroché avec un ami à propos de leurs candidats respectifs. " Mon fils soutenait Eva Joly, "celle qui défend la planète", et son ami, Nicolas Sarkozy. Apparemment, la conversation était assez houleuse, raconte-t-elle. Cela nous a permis de parler de la tolérance et du respect des idées de chacun. "

Mis à part l’intérêt qu’ils portent à l’issue finale, les enfants ne se passionneraient pas outre mesure pour la politique. Rédacteur en chef du Petit Quotidien (pour les 6-10 ans) et de Mon quotidien (10-13 ans), François Dufour remarque que les " unes " sur les élections font régulièrement un flop.

L’appel lancé aux lecteurs du Petit Quotidien sur les questions qu’ils se posent au sujet de la future élection n’a pas été un franc succès. Quelque cinquante réponses sont parvenues, maigre score comparé aux cinq cents réponses à la question " Imagine un projet fou pour la tour Eiffel ".

Parmi les questions que se posent les petits de 6 à 10 ans figurent : c’est quoi la gauche et la droite ? Combien gagne un président ? Le président a-t-il le droit de tuer sans raison ?

Denis Langlois, ex-avocat et auteur de La Politique expliquée aux enfants (Ed. de l’Atelier, 2002, épuisé), constate que l’éveil politique dépend principalement de l’environnement des enfants. " Certains ne s’intéresseront jamais à cette question tandis que d’autres, dont les parents sont intéressés par la chose politique, y seront plus sensibles ", constate-t-il. Confrontés aux interrogations politiques de leurs enfants, deux attitudes extrêmes sont néfastes, considère-t-il : " La remarque du style "ça n’est pas de ton âge", ou le cours d’instruction politique militante forcé. "

Les enfants sont très curieux de savoir pour qui votent leurs parents. Les considérant comme des modèles, ils épousent leurs convictions. " Les parents n’ont pas à craindre de dire ce qu’ils pensent, car leurs enfants se feront d’autant plus leurs opinions que leurs parents leur auront expliqué les leurs ", remarque Serge Hefez.

L’injustice les révolte

Comment éveiller leur conscience de citoyen ? " Les élections sont une bonne occasion de leur faire comprendre que le monde n’est pas divisé en vainqueurs et en vaincus. Tous les avis sont valables, mais il y a des règles et c’est la majorité qui l’emporte ", poursuit Serge Hefez.

" Si l’on considère que la politique, c’est comment on organise notre vie tous ensemble dans notre société, on peut s’y intéresser très tôt ", ajoute Sophie Lamoureux, auteur de Comment parler de politique aux enfants (Le Baron perché, 2010). On peut prendre des exemples qui les concernent directement comme l’école, la santé et voir avec eux ce que les candidats à l’élection proposent dans leur programme.

" Entre 5 et 8 ans, l’injustice révolte les enfants ", remarque Sophie Lamoureux. Des questions, comme " pourquoi des personnes dorment-elles dans la rue ? ", " pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? " sont l’occasion de leur expliquer le chômage et les inégalités contre lesquelles on peut lutter. " Les enfants possèdent également un sens très fort de la propriété. A partir de là, on peut leur expliquer que la politique fixe des règles pour déterminer "ce qui est à toi, ce qui est à moi" ", explique-t-elle.

Vers 8-10 ans, les enfants commencent à s’intéresser à l’engagement. Ils aiment les situations où les héros auxquels ils s’identifient font preuve d’un grand courage. " C’est le moment propice pour leur parler des idéaux ", complète Sophie Lamoureux. L’histoire, dont ils sont friands, peut être aussi une porte d’entrée sur les différentes organisations politiques et leur évolution. C’est le bon âge pour les amener dans un musée.

Enfin, de l’avis de l’auteur, ce qui retient notamment l’attention des préadolescents de 11 à 13 ans, ce sont les héros qui ont su défendre leurs convictions jusqu’à la mort, l’histoire des personnalités politiques, et tout ce qui a été vu à la télé... " C’est l’occasion d’aborder les questions d’idéalisme, de résistance, mais aussi de fanatisme ", complète Sophie Lamoureux.

Les préados aiment également découvrir " pour de vrai " ce qu’ils ont vu dans les livres. La reconstitution du site du siège d’Alésia, les musées de la Résistance sont l’occasion de satisfaire leur curiosité. Ce peut être aussi l’occasion d’aborder la démocratie sous l’angle des droits mais aussi des devoirs. Les uns n’allant pas sans les autres.

Martine Laronche

© Le Monde