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Oui aux leçons régulières dans les écoles Zep !
Résumé

Dans Les Cahiers pédagogiques, un entretien d'Alain Bourgarel qui a enseigné dans une école primaire à Gennevilliers et qui a été à l’origine des Zep - Janvier 2009

Chapeau
Contenu

Alain Bourgarel a enseigné dans une école primaire à Gennevilliers et a été à l’origine des Zep. Lors de la publication de cet entretien, « Oui aux leçons régulières dans les écoles Zep ! » dans Les Cahiers pédagogiques, il est un des responsables de l’OZP (Observatoire des zones prioritaires). 

Cahiers pédagogiques : Les leçons, c’est essentiel en Zep, m’avez-vous dit. Pouvez vous nous expliquer pourquoi ?

Alain Bourgarel : Je suis convaincu que dans les écoles Zep, la question des leçons est vraiment décisive. A 6-10 ans, les enfants ont tous des potentialités de mémorisation considérables et il serait criminel de ne pas exploiter ces potentialités. C’est pourquoi j’ai toujours accordé de l’importance à l’apprentissage systématique des leçons par tous les élèves, même les plus démunis socialement. Il faut parvenir à faire prendre conscience aux élèves que les leçons font partie de leur « métier d’élève », de leurs habitudes quotidiennes. Cela demande énormément d’énergie de la part des maîtres, surtout en début d’année, pour installer ça, mais aussi tout au long de l’année. Il convient aussi d’utiliser dans le cadre des activités de la classe les acquis des leçons passées, que celles-ci soient un ensemble de connaissances utiles. Les leçons doivent être planifiées sur l’année entière avec des retours incessants pour qu’un ensemble solide s’installe, définitivement si possible. On doit tenir, c’est dur, mais quand le processus est en marche, élèves, parents et maître apprécient cet enrichissement continu. Et je parle bien des leçons, pas des devoirs.

Pouvez-vous nous parler de la pratique en la matière quand vous enseigniez dans des classes particulièrement « défavorisées » ?

A. B. : Mon objectif, en faisant apprendre régulièrement les leçons était de faire que les élèves s’approprient une quantité énorme de connaissances, une réserve extraordinaire à partir de laquelle on pourra travailler en classe ; qu’ils acquièrent à la fois la capacité d’apprendre leurs leçons par entraînement intensif et la conviction que les leçons sont une affaire sérieuse, utile et intéressante. Tous les élèves récitaient toutes leurs leçons (par oral, par écrit, en classe, dans la cour, dans l’escalier...). En trois mois de rigueur, on aboutit à une stabilité qui permet d’investir moins par la suite. Selon les classes, le contenu était différent, mais on retrouvait des constantes : la récitation, une table, un texte.
La récitation quotidienne permet d’aboutir en un an à la connaissance d’un corpus extraordinaire. Quand on travaille en équipe ou qu’on suit sa classe deux ans, le corpus s’enrichit et se conforte (on revient sans cesse sur ce qui est déjà appris). Je privilégiais des textes classiques, La Fontaine, etc. Et même parfois de petits textes d’auteurs liés à un lieu (Voltaire à cause d’un boulevard, etc.), dans un but culturel.
Faire apprendre les tables d’additions et de soustractions au CP, toutes les tables ensuite, avec chaque jour une table à réciter du CP au CM2, ça simplifie grandement les pratiques mathématiques.
Un texte : juste une ligne à apprendre en CP, textes de cinq à six lignes en CM. Ce peut être de l’histoire, de la géographie, des sciences ou n’importe quoi d’autre. Ces textes peuvent suivre l’actualité, participer aux travaux généraux menés en classe...
Pour la restitution, il est nécessaire en dehors de la restitution écrite collective, de pratiquer une pédagogie suffisamment individualisée et différenciée pour que les élèves récitent ce qu’ils savent au maître pendant que leurs camarades font autre chose.
Au bout de quelques mois, on peut proposer des « leçons facultatives ». Elles sont effectivement facultatives puisqu’on peut -ou non- les réciter après avoir récité les leçons obligatoires. Elles sont drôles, inattendues ou utiles pour approfondir un sujet que tel élève ou tel groupe d’élèves a investi. Elles peuvent apporter des connaissances à haute valeur culturelle ou pour épater les adultes... ça peut être une citation latine ou même la liste des rois Capétiens, avec un but ici plutôt ludique et jubilatoire. Il est toujours étonnant de constater que tous les élèves, même les plus réticents, annoncent un jour ou l’autre avoir appris la leçon facultative proposée (par le maître ou par les élèves). L’aspect volontaire est ici important !
Ce qui est intéressant aussi, c’est de faire de cette question un objet de travail collectif en classe. On avait, dans ma classe, établi un « bonhomme de la classe » à partir des tailles et poids de chaque élève, puis en ajoutant petit à petit les connaissances acquises, en transformant en défi collectif le fait que chacun apprenne. Évidemment, ce bonhomme, tout au long de l’année, grandissait, prenait du poids et devenait de plus en plus savant.

Certains reprochent aux pédagogues d’avoir délaissé la mémorisation et notamment le par cœur, que d’autres condamnent effectivement, dans un débat à forte valeur idéologique ajoutée. Qu’en pensez-vous ?

Je déplore que justement on fige les choses ou qu’on les oppose. La mémorisation est absolument nécessaire, surtout en Zep.
C’est aussi un moyen de donner confiance aux élèves, de rassurer les familles, d’être un tremplin vers d’autres travaux. Et le par cœur est bien évidemment à utiliser, avec peut-être aujourd’hui tous les apports de la psychologie cognitive (sur les manières d’apprendre, les techniques, le recours à la métacognition...). Il ne faut surtout pas opposer cela à d’autres activités, plus réflexives ou plus créatives. Je déplore que ce soit un terrain d’affrontement et de polémiques. Et sans cesse, il faut rappeler aux élèves le sens de l’apprentissage des leçons, l’utilité de celles-ci, etc.

Certains, y compris dans le présent numéro des Cahiers, s’opposent au travail à la maison et défendent l’idée que tout doit être fait dans le cadre scolaire. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas du tout d’accord. Il faut que les élèves parviennent à se prendre en charge et à trouver les moyens d’apprendre, y compris à la maison. On se heurte là à un discours un peu misérabiliste sur les Zep, où l’on sous-estime les capacités des élèves à parvenir à apprendre, chez eux, avec ou sans l’aide de leurs parents, des leçons si elles sont raisonnables, si on les aide à le faire au départ, etc.
J’ai parfois des différends avec des enseignants de Zep qui partent battus d’avance, qui renoncent et négligent cette question des consolidations régulières, des réactivations fréquentes des savoirs enseignés. J’aimerais convaincre mes collègues de tout ce qui doit être entrepris pour que les élèves accumulent des connaissances tout le long de leur parcours, en commençant très tôt par l’acquisition d’habitudes de travail. Je peux garantir que ça marche si on s’en donne les moyens.

(Un entretien avec Alain Bourgarel, propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk dans Les Cahiers pédagogiquesn° 468, décembre 2008)