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Laurence Cyrulik mis à jour le 18/03/14
Travail à la maison à l’école élémentaire
Résumé

L'inspection académique du Nord a publié, en 2006, un dossier très intéressant intitulé « Les devoirs à la maison, 50 ans de travail au noir »

Chapeau

L'inspection académique du Nord a publié un dossier très intéressant intitulé « Les devoirs à la maison, 50 ans de travail au noir ». Vous pouvez accéder à l’ensemble de la brochure ci-dessous (2006)

Contenu

 Présentation

La brochure est ainsi structurée :

  • La législation sur les devoirs à la maison
  • 7 types d’arguments
  • Quel travail le soir à la maison ?
  • La démarche d’apprentissage des leçons
  • L’exemple d’une leçon d’histoire.

Extrait : la législation sur les devoirs à la maison

L’arrêté du 23 novembre 1956 aménage les horaires des écoles primaires et inscrit les devoirs pendant le temps scolaire. En application de l’arrêté, la circulaire du 23 novembre 1956 supprime sans équivoque les devoirs à la maison, retenant des arguments d’efficacité et de santé.

“Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu’apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux de l’enseignement du premier degré sont invités à veiller à son application stricte. Libérés des devoirs du soir, les enfants de 7 à 11 ans pourront consacrer plus aisément le temps nécessaire à l’étude des leçons.”

L’application de la circulaire n’est pas satisfaisante, plusieurs textes doivent rappeler l’interdiction : en 1962, 1964, 1971, 1986, 1990. La circulaire du 17 décembre 1964 ajoute même une précision et porte l’interdiction aux “écrits à exécuter hors de la classe”, puisque certains enseignants interprètent les textes en déclarant ne pas donner des devoirs mais des exercices écrits.

Les études dirigées sont installées par la circulaire du 6 septembre 1994 pendant le temps scolaire, pour apporter une aide personnalisée et méthodologique à chaque élève afin “de prévenir les risques d’échec et de réduire les difficultés provenant des inégalités des situations familiales”. L’interdiction des devoirs à la maison demeure : “Dans ces conditions, les élèves n’ont pas de devoirs écrits en dehors du temps scolaire. A la sortie de l’école, le travail donné par les maîtres aux élèves se limite à un travail oral ou à des leçons à apprendre.”

L’arrêté du 25 janvier 2002 promulgue les horaires et les nouveaux programmes. Les études dirigées n’apparaissent plus dans un horaire spécifique. Elles ne disparaissent pas pour autant, mais le choix de leur introduction est laissé aux maîtres “en fonction des besoins particuliers d’une classe tout au long de l’année ou pendant une période déterminée”. Aujourd’hui, les devoirs à la maison restent interdits ; le travail oral, les leçons sont autorisés. Il est à noter qu’aucun texte ne demande aux enseignants de prescrire un travail aux élèves après la journée de classe. »

Extrait : sept types d'arguments contre les devoirs à la maison

1. Argument légal

Il devrait être obligatoire qu’un fonctionnaire d’un service public ancré sur les principes républicains en suive les directives officielles. Un enseignant peut-il montrer à ses élèves qu’il ne respecte pas la loi ? Le Haut conseil de l’évaluation de l’école, dans sa publication de mai 2005, “considère qu’il ne faut pas tolérer plus longtemps des dérives qui entretiennent, voire creusent les inégalités”. 

2. Argument démocratique

Laisser les élèves et leurs familles seuls face aux devoirs et leçons est source d’inéquité”, constate le Haut conseil de l’évaluation de l’école. En 1985, l’INRP publie un rapport de recherches (E. Tedesco, D. Manesse et S. Vari), qui montre comment le travail scolaire constitue un facteur de sélection sociale, les parents des classes défavorisées ne pouvant apporter l’aide qu’apportent les parents instruits. Les conditions matérielles sont aussi inégales (bureau ou table de la cuisine…) et les outils de documentation nécessaires sont parfois inexistants (dictionnaires, encyclopédies). Une autre recherche de l’INRP, en 1992 (F. Guiguet, L. Jaillardon sous la direction de Ph. Meirieu), confirme que le renvoi du travail personnel à la maison pénalise massivement les élèves des catégories socio-professionnelles défavorisées, alors que ces mêmes élèves obtiennent des résultats proches de ceux de leurs camarades quand le travail est fait en classe. Philippe Meirieu, même s’il constate que certaines familles modestes apportent une aide efficace à leur enfant, souligne, dans l’introduction de son livre Les devoirs à la maison  : “On n’insistera jamais assez sur le fait que tout renvoi systématique du travail scolaire à la maison est, en réalité, un renvoi aux inégalités”. 

3. Argument sanitaire

Les élèves de l’école primaire sont jeunes, certains n’ont même que 6 ans au cours préparatoire. “Le développement normal physiologique et intellectuel d’un enfant de moins de onze ans s’accommode mal d’une journée de travail trop longue”, disait la circulaire du 29 décembre 1956. Certains élèves ont une journée plus longue que celle d’un adulte salarié (garderie, cantine, étude). Il faut noter également que les bons élèves réalisent leurs devoirs plus rapidement que les élèves en difficulté. 

4. Argument social

La réalisation des devoirs diminue le temps de loisirs, le temps de repos, pèse sur les vacances, ce qui est particulièrement dommageable quand les devoirs sont mal choisis ou inefficaces.
Les devoirs sont assez souvent l’objet d’une préoccupation de la famille, alors qu’ils restent secondaires pour l’école. Quand un élève est absent, les parents viennent en général chercher les devoirs à l’école et s’inquiètent beaucoup moins des séquences manquées pendant la ou les journées de classe. 

5. Argument psychologique

L’élève est souvent, à la maison, pris dans un chantage affectif autour de la question des devoirs (il travaille, il mérite l’amour des siens). Pour peu que le travail autonome lui soit difficile, il manque d’ardeur, il est rendu responsable par ses parents, par le maître, qui peut aussi accuser la famille : “Il ne fait pas ses devoirs, il n’est pas suivi à la maison”. L’explication simpliste de la difficulté scolaire qui décharge le maître est retenue. 

6. Argument moral

Le Haut conseil de l’évaluation de l’école remarque que le fait de donner des leçons et devoirs peut aussi être “guidé par des considérations d’image aux yeux des parents, voire des collègues”. Plutôt que d’expliquer les pratiques d’enseignement et la collaboration attendue avec les familles, certains enseignants prennent l’image commode du bon enseignant qui fait travailler les élèves, qui donne donc des devoirs ; dans des cas certes plus rares, on observe des enseignants en harmonie avec les représentations passéistes des parents, qui écrasent l’enfant de devoirs… 

7. Argument pédagogique

La pratique des devoirs met davantage en avant des modèles naïfs de la réussite (l’effort, le travail), sans s’arrêter sur les conditions et les processus d’acquisition des connaissances. Les devoirs donnés sont au mieux des applications des leçons faites en classe, mais ils peuvent être aussi disparates, mal centrés sur les notions importantes. Certains exercices sont mal expliqués, ont des consignes ambiguës ; certaines recherches documentaires dépassent les capacités d’un élève de l’école primaire. Le plus souvent, l’élève a besoin de la relance d’un adulte avisé. Outre les inégalités des aides, on constate des interventions trop appuyées (c’est l’adulte qui fait l’essentiel du devoir, lequel perd alors tout intérêt) ou des oppositions de méthode entre les parents et les enseignants (les opérations, la lecture au CP…).
La correction des devoirs en classe pose aussi des problèmes. Elle peut prendre du temps en début de journée, ou être faite trop rapidement, ou pas du tout. Le suivi individuel apparaît rare et ne conduit pas l’élève à produire un travail appliqué.

 
(extrait du dossier publié dans le Bulletin départemental n° 95, janvier-février 2006).