Langue et langage en sciences

Qu’apprend-on en matière de langue et de langage en faisant des sciences ? Viviane Bouysse fournit des repères pour l’école primaire.

L’enseignant apprend beaucoup des compétences linguistiques et langagières, naissantes ou confirmées de ses élèves, de leurs habiletés et de leurs difficultés, en les écoutant et en observant avec rigueur leurs productions écrites. Que peuvent apprendre les élèves en faisant des sciences ? Assurément, un ensemble complexe et riche fait de comportements adaptés dans la communication langagière, de la conduite d’actes de langage précis (questionner, débattre, justifier une position), de compétences de lecture et d’écriture de textes que l’on peut qualifier de scientifiques et/ou de documentaires (prise de notes, compte rendu d’expériences, synthèse de connaissances nouvelles, etc.), du lexique spécifique des sciences. 

C’est ici un résumé de ce que le texte développe de manière trop rapide car ce sujet mériterait des extensions nettement plus ambitieuses. En préalable, on voudrait rappeler trois bonnes raisons de s’intéresser à ce sujet, s’il est besoin d’en justifier le souci.

1 - Les usages du langage sont à la fois générateurs et reflets de différences importantes entre élèves. Les progrès dans la maîtrise de la langue, la réduction des difficultés scolaires ne passent pas, pour l’essentiel, par le développement en milieu scolaire de la communication ordinaire ; ce n’est pas en mobilisant davantage encore « le vécu » des élèves que l’on améliorera la situation et compensera les écarts entre eux. L’usage le plus important est bien dans le fait de parler / écrire pour apprendre, pour élaborer des connaissances. La source du problème semble bien se trouver dans les apprentissages eux-mêmes, dans la relation entre le langage et l’appropriation des savoirs disciplinaires. Il faut mieux penser ensemble les formes linguistiques, les usages du langage et les apprentissages disciplinaires.

2 – Les apprentissages étant naturellement linguistiques, langagiers et disciplinaires, le langage, vecteur des savoirs, est aussi « travaillé » par les savoirs : des normes existent, inhérentes à la matière. Ainsi, l’apprentissage des sciences expose à du lexique, à des formes syntaxiques spécifiques, à des actes de langage particuliers. Les exigences s’imposent donc de l’intérieur parce qu’il faut s’entendre sur ce que l’on fait, ce que l’on va faire, ce que l’on a appris. Elles ne sont pas le produit d’un arbitraire extérieur, mais la matière et la condition même de l’activité scientifique.

3 - Pratiquer ne suffit pas ; il faut expliciter les manières d’écrire et de lire, structurer des comportements et des acquisitions. Il faut de l’entraînement, voire de l’automatisation. Un « atelier de langue » est nécessaire au même titre que « l’atelier de sciences ». Expliquons-nous : l’atelier de langue, terme général utilisé ici pour englober l’atelier de lecture et l’activité d’observation réfléchie de la langue, est un moment de la classe de français ; c’est à la fois le lieu des savoirs sur la langue et le lieu du travail sur les textes, sur la base des expériences effectuées dans l’atelier de sciences. L’objectif est de faire construire des compétences raisonnées au-delà des compétences implicites, intuitives, construites dans l’action. Le terme « atelier » est dans les deux cas utilisé pour bien marquer la relation entre des activités de manipulation et l’élaboration d’un savoir.

Tel est le début d'une contribution de Viviane BOUYSSE, actuellement inspectrice générale, extraite d’un séminaire national sur l’enseignement des sciences. Voici la contribution complète : 

Fichier-pdf Qu’apprend-on en matière de langue et de langage en sciences, Viviane Bouysse 2005 (15p)