Il aurait pu ressembler à autre chose, le changement de route professionnelle qu’il s’est offert à quarante ans.
Après chef de marché, chef de secteur, responsable commercial senior, la quatrième ligne de son CV aurait pu mentionner « directeur des ventes ». Pourtant Ellyess Bellil a préféré quitter l’autoroute, pour emprunter une sortie aussi incertaine qu’enthousiasmante : l’enseignement professionnel. « Sans aucune expérience du terrain », précise-t-il. Certes, il n’a jamais été professeur contractuel, mais il a derrière lui des années de bénévolat dans une association où il accompagnait des élèves de la sixième à la terminale, en économie, gestion, commerce, vente, voire en français ou en langues. Dans cette association, il a aidé des élèves solides à viser plus haut, et d’autres, plus fragiles, à refaire surface en leur donnant des méthodes d’apprentissage : « Les devoirs étaient toujours un prétexte pour se mettre au travail ».
Son parcours d’étudiant, Ellyess l’entame par un BTS. En 2008, il obtient un master 2 en gestion des organisations, parcours commerce international. Il effectue son stage de fin d’études chez Danone Eaux France. Il passe ensuite deux années chez Mars Petcare & Food France. Enfin, il travaille pendant quinze ans dans une grande entreprise internationale du tabac, entre innovation, recrutement, formation et coaching de la force de vente. Bref, une première carrière solide. Mais vient un moment où l’on refuse de passer sa vie en pilote automatique. Du reste, il a toujours gardé « dans un coin de la tête » ce désir d’enseigner à plein temps. Un besoin de nouveaux défis, quitte à perdre ses avantages sociaux et financiers.
C’est seul qu’il se lance dans la préparation du concours externe de PLP. Le programme de BTS, les annales, les rapports de jury : un océan de connaissances à absorber. « C’était challengeant », résume-t-il. Deux épreuves écrites de cinq heures ne lui ont pas fait peur : devant sa copie, il s’est simplement senti redevenir étudiant. Admissible, et tout juste père pour la troisième fois, il réserve un hôtel à Libourne, où il prend des nouvelles de sa famille entre deux échanges avec d’autres candidats (certains chaleureux, d’autres moins, mais tous mus par la même envie de réussir). En signant la liste d’émargement, Ellyess envisage l’échec sans dramatiser : il repassera le concours, quitte à se forger une expérience de contractuel pendant un an. Finalement, c’est la réussite qui s’invite.
Inspectrice attentive, intervenants disponibles, tutrice accessible, établissement accueillant, ambiance soudée : Ellyess Bellil souligne un excellent accueil institutionnel. Entouré d’une vingtaine de stagiaires de sa discipline, entre l’Inspé de Créteil et l’EAFC de Paris, il dit se sentir « bien préparé ». La semaine de pré-rentrée a laissé des traces lumineuses, et même une petite fierté : déambuler dans les couloirs du lycée Henri IV ou de la Sorbonne ne laisse personne indifférent. Et grâce aux mises en situation des stages de pré-rentrée, il ne s’est pas senti perdu lors de son premier jour de classe dans son lycée du 12ème arrondissement.
Cette année, il enseigne à une 2nde Bac Pro « Métiers de la relation clients » et 2nde Bac Pro « Métiers de la beauté et du bien-être ».
Son principal étonnement ? La masse de travail « invisible » : préparation de cours, évaluations, suivi individualisé... Il le savait, bien sûr. Toutefois, entre le savoir et le vivre, il y a un gouffre. Un stage à l’Inspé qui l’oblige à se lever à 6h30, une remise de bulletins qui s’étire jusqu’à 19h30, un apprentissage délicat du dialecte administratif (celui des plateformes iProf et Colibri, des documents à déposer et des champs à remplir)… Malgré tout, il s’épanouit. Le lycée professionnel lui offre cette diversité d’élèves, motivés ou non, lumineux ou cabossés, qu’il espérait. « Des jeunes qu’il faut réconcilier avec l’école et avec eux-mêmes. »
La quatrième ligne de son CV aurait pu mentionner « directeur des ventes ». Elle dit autre chose, désormais : professeur. Et cela lui va très bien.
Mise à jour : février 2026


