9h31.
Mélanie Pauletig ouvre la porte de son bureau. Ce n’est pas le début de sa journée, loin de là. Elle revient d’un tour d’établissement, son rituel. Saluer, prendre des nouvelles, capter l’atmosphère, s’informer des secousses des jours passés, l’inquiétude d’un CPE, un conseil de discipline en préparation… Une façon de se « mettre à niveau », comme elle le souligne, de prendre le pouls d’un lycée où elle intervient un jour par semaine, avant d’attaquer les rendez-vous.
Pour comprendre la densité de son emploi du temps, il faut lire la signature de ses mails : « Collège Berlioz – site 2 – SEGPA : lundi matin ; Collège Berlioz – site 1 : lundi après-midi, jeudi, vendredi ; Lycée Hôtelier Belliard : mardi. » Un Tetris permanent, un planning dispersé qui réclame évidemment de l’organisation.
Pour Mélanie, assistante de service social n’a rien d’une « vocation » (ce mot, d’ailleurs, elle ne l’aime guère). C’est plutôt une ligne qui s’est tracée au fil du temps. D’abord six années comme assistante d’éducation, un choix pratique devenu un vrai plaisir. Puis des études de psychologie, arrêtées avant la fin de la troisième année. Ensuite l’école d’assistant de service social de Toulon, parfois déroutante tant l’écart entre théorie et pratique est grand, mais éclairée par des stages décisifs et des tutrices inspirantes avec qui elle est toujours en contact (de belles rencontres, qui la confortent dans ses choix).
Diplôme en poche en 2013, c’est un premier poste en établissement, un remplacement d’un an. Puis cap sur Paris. En deux mois, les planètes s’alignent : un appartement, un CDI et une carrière lancée dans une structure expérimentale du 18ᵉ arrondissement. Piloté par la mairie de Paris, ce lieu hybride destiné aux 14-25 ans mêle travail social et animation socio-culturelle ; la prévention et le projet collectif sont au centre des préoccupations. Mélanie Pauletig s’y épanouit, tisse un réseau solide. Mais une question la taraude : unique assistante sociale au sein du collectif, ne risque-t-elle pas de s’isoler professionnellement ? Et puis ces jeunes qui décrochent à 16 ans pour ne se poser de vraies questions professionnelles qu’à 20, elle veut les saisir avant la chute, au moment où l’école peut encore être un tremplin. Alors, en 2017, pleine de doutes mais décidée, elle tente le concours externe d’assistante sociale dans l’académie de Paris. Classée première sur liste principale à l’issue de la phase d’admission, elle peut choisir son affectation : elle restera fidèle au 18ᵉ.
Depuis, elle partage son temps entre un collège REP et un lycée hôtelier. Deux publics différents, deux façons d’entrer en relation avec l’autre. Si, dans les deux cas, les élèves peuvent la solliciter librement, sans autorisation parentale, c’est plutôt au collège que les familles et l’équipe éducative prennent directement contact avec elle.
Les journées de Mélanie sont faites de priorités mouvantes et d’urgences à hiérarchiser tant bien que mal : rupture d’hébergement, absentéisme inquiétant, signalement à la protection de l’enfance… Le soir, elle a souvent l’impression de n’avoir biffé qu’un quart de sa to-do list. Constat frustrant, qui nourrit aussi son engagement.
Dix ans plus tard, le constat est sans appel : la demande explose, les moyens diminuent. Alors il faut tenir malgré les foyers saturés, malgré une lassitude qui s’immisce parfois dans les longues journées. « Ce qui me fait continuer ? Les enfants. Parce que si on baisse les bras, eux aussi. » Dans son bureau, pas de jugement : un cadre bienveillant, propice à l’écoute, pour aider chacun à trouver sa place et, in fine, à gagner en autonomie.
De par son statut, elle n’a aucun lien hiérarchique avec les chefs des établissements où elle intervient. Mais elle n’est pas seule pour autant. D’une part, les assistants de services sociaux fonctionnent en bassins, un réseau où l’on partage, où l’on échange sur les cas difficiles entre collègues et avec la conseillère technique, qui relit tous les écrits sensibles liés à la protection de l’enfance, accompagne des plans d’action, accompagne les équipes sur un plan émotionnel... D’autre part, au Rectorat, une conseillère technique académique de service social coordonne la politique d’action sociale en faveur des élèves et représente la Rectrice auprès des partenaires. Cet accompagnement à la fois de terrain et institutionnel est un garde-fou essentiel.
« Il faut savoir pourquoi on est là. »
Définir son métier en deux mots ? Mélanie appuie sur « énergie », et surtout sur « engagement ». De l’énergie, elle en a à revendre, et elle la transmet aux stagiaires de première année qu’elle accueille depuis peu. L’engagement, elle en fait son credo : « Les écoles d’A.S. forment de bons techniciens, capables de remplir un dossier d’aide, au point sur la réglementation... Mais ce métier, c’est avant tout créer du lien, écouter, se remettre en question, s’engager. Il faut savoir pourquoi on est là. »
Force est de constater que Mélanie Pauletig, faite de doutes et de convictions mêlés, a trouvé sa juste place.
Mise à jour : décembre 2025


