Parfois, les études relèvent d’une sorte de tradition familiale.
Avec une mère directrice des services juridiques d’une grande banque et un grand-père avocat, autant dire que personne n’imaginait que Sandy Rinaldo finirait en école hôtelière ou vétérinaire. Deux professeures de langues, au lycée, avaient pourtant semé une petite graine dans son esprit ; l’enseignement l’intriguait déjà. Mais certaines graines prennent leur temps pour germer.
Direction Toulouse, donc, pour deux années de droit. Mais ces deux années sont trop théoriques pour Sandy Rinaldo, alors elle dit stop. Elle rentre en Guadeloupe bien décidée à devenir rapidement indépendante. Décroche un BTS administration et gestion PME-PMI. La petite entreprise de son alternance lui propose un CDI mais l’aventure tourne court : la société est liquidée, et elle se retrouve au chômage.
Un premier virage est pris grâce à une conseillère France Travail (encore ANPE, à l’époque), qui lui glisse qu’elle ferait une excellente conseillère en insertion professionnelle. Sandy Rinaldo la prend au mot et passe le concours. Affectée sur l’île de Saint-Martin, territoire multiculturel où l’on parle surtout anglais et espagnol, elle y anime des ateliers CV et entretien, très cadrés sur le papier, beaucoup moins dans la pratique (Sandy les remodèle pour les rendre vivants, accessibles, loin de cette ambiance « retour sur les bancs de l’école » dont ses publics ne sont pas friands). L’enseignement réapparaît ainsi dans son champ de vision, discrètement, puis un peu moins quand elle devient conseillère référente et chargée du dispositif de mobilité et de l’accompagnement de ses collègues.
Mais les perspectives que lui offrent cet emploi sont floues ; alors elle quitte tout, débarque à Paris et s’inscrit en DU de formatrice d’adultes à Paris 8, où elle se réconcilie avec les études. Elle enchaîne avec un Master de recherche au CNAM. Les expériences s’enchaînent : stage à la fondation Le Pacte de la Performance auprès de sportifs de haut niveau en reconversion ; mission au ministère des Sports sur la reconversion professionnelle des athlètes ; responsabilité administrative et financière d’un centre de formation continue pour kinésithérapeutes ; mission de coordination au GRETA de Nanterre. Toujours instructif. Pas pleinement satisfaisant.
Un soir, tandis qu’elle scrolle sur le site « Rejoignez les métiers de l’Éducation nationale », la flamme se rallume. Enseignante en économie-gestion, valence AGOrA (Assistance à la Gestion des Organisations et de leurs Activités) : pourquoi pas ? L’offre d’emploi semble même écrite pour elle. Elle sent qu’elle peut apporter quelque chose à l’institution. Sa lettre de motivation s’écrit d’un trait, comme une évidence. Nous sommes le 16 juin 2024 ; Sandy Rinaldo ignore encore qu’à la rentrée, elle aura six classes au lycée professionnelle Maria-Deraismes. Elle ignore aussi que, malgré le stress, les doutes, elle aura l’impression d’avoir trouvé sa place.
Le travail est intense, les débuts denses.
« Mais à partir du moment où un poste a du sens, on ne se focalise pas sur ce qui ne va pas : on regarde ce qu’on peut faire pour que ça aille. »
Cela se densifie encore lorsqu’elle décide, encouragée par son inspectrice, de passer le concours dès sa première année de contrat. Elle prépare ses élèves au bac tout en se préparant elle-même, difficile exercice d’équilibriste que seule sa famille, « ses piliers », répète-t-elle, permet de réussir. L’épanouissement professionnel fait le reste : « Le sens donne une seconde jeunesse ! »
Le concours, elle l’obtient, avec un classement qui la surprend (6ème sur 25). Après quelques difficultés administratives qui manquent l’envoyer dans l’académie d’Orléans-Tours, la voici de retour au lycée Maria Deraismes, cette fois comme fonctionnaire stagiaire. Et il y a l’Inspé, vécu comme un cadeau : se former, revisiter les attendus, reconstruire des séquences, replonger dans les référentiels, réfléchir à sa pratique entourée d’autres débutants, tout cela lui permet de parfaire sa pratique professionnelle.
Depuis la rentrée, même si elle n’échappe pas aux doutes et aux remises en questions, elle reconnaît se sentir de plus en plus à l’aise dans ses nouveaux habits d’enseignante. « C’est comme si un fil rouge était apparu ! » Il sera sans doute plus rouge encore le jour de sa titularisation.
Mise à jour : février 2026


