Au collège Clémenceau, le conseil de classe de fin de semestre ne se tient plus seulement entre adultes autour d'une table. Avec le projet 6CIPO, accompagné par la CARDIE, l'élève et sa famille y prennent place pour faire le point, se fixer des objectifs et construire avec l'équipe la suite de l'année.
Un constat de départ
Le point de départ est un constat partagé par l'équipe : le conseil de classe traditionnel de fin de trimestre reste souvent descendant, peu propice au dialogue avec l'élève et sa famille, et le bilan arrive parfois trop tard pour permettre une vraie remédiation. Dans certaines disciplines, un trimestre offre aussi trop peu d'évaluations pour dresser un bilan solide. Entré dans le plan « Collège en progrès », l'établissement, sous la direction de Maxime Peaudeau, accueille 315 élèves en éducation prioritaire renforcée. Le collège a choisi d'en faire un levier pour faire évoluer ses pratiques. Le projet concerne cette année 150 élèves de 6e et de 3e et mobilise 41 enseignants.
Une conférence inaugurale avec Emeline Porthe pour lancer le projet
Le projet a été lancé par la CARDIE avec une animation d'Emeline Porthé, formatrice et chargée de mission de lutte contre le décrochage scolaire à la Dgesco. L’équipe a tout d’abord été invitée à interroger le conseil de classe traditionnel, trop souvent réduit à une « chambre d'enregistrement » selon les enseignants. L’équipe a ensuite analysé de vrais bulletins en se mettant à la place de l'élève : découragement, « mots-valises », conseils trop vagues. De ces échanges sont nés des principes communs (parler du travail et non de la personne, valoriser le positif, donner des conseils concrets) et l'idée d'entretiens-conseils réunissant l'élève, sa famille et un tuteur.
Une année en semestres, jalonnée de rendez-vous
Les niveaux 5e et 4e conservent le rythme trimestriel ; la 6e et la 3e s’organisent en semestres. Chaque semestre est ponctué d'un temps intermédiaire, pour que l'évaluation serve à progresser et non seulement à constater :
- Conseils de classe intermédiaires (CCI) : Organisés sur une heure de vie de classe, mi-novembre puis fin mars, en présence du professeur principal, du CPE et d'un enseignant. L'élève s'auto-évalue, rédige ses propres commentaires et fixe ses objectifs, généraux et par discipline. Le bulletin de mi-période est remis aux familles à la mi- novembre et à la mi-avril. Pour les 3èmes, le deuxième Conseil de Classe Intermédiaire est axé sur l’orientation.
- Conseil de classe participatif (CCP) : En fin de premier semestre, il constitue le cœur du dispositif.
- Conseil de classe ordinaire (CCO) : Il clôt l'année ; le bulletin final est envoyé par voie postale.
1 h 45 pour un conseil participatif
Le conseil de classe participatif se déroule en deux temps. Pendant 25 minutes, l'équipe pédagogique échange avec les représentants des élèves et des parents sur la classe et définit les appréciations générales. Viennent ensuite 1 h 20 d'entretiens individuels de 10 minutes, menés en parallèle par trois groupes composés du professeur principal, du CPE ou du chef d'établissement, auquel se joignent deux enseignants. Chaque élève est reçu avec ses responsables légaux, et le bulletin est remis en main propre. Selon les besoins, un psychologue de l'Éducation nationale, un AED, un tuteur ou un éducateur rejoint l'échange.
Des outils construits en équipe avec la CARDIE
Pour préparer ces entretiens, les enseignants, accompagnés par la CARDIE, ont travaillé en ateliers. Ils ont pu ainsi construire un répertoire de questions destinées à l'élève (ressenti, réussites, difficultés, méthodes de travail, besoins) et aux parents (regard depuis la maison, rythme de vie, besoins d'accompagnement, recours à un interprète ou à une traduction du bulletin). L’équipe a en outre conçu une trame d'auto-évaluation qui conduit l'élève à formuler deux ou trois engagements concrets. Par ailleurs, la réflexion s’est également portée sur une charte des appréciations : s'adresser à l'élève, porter son retour sur la tâche plutôt que sur la personne, éviter les formules vagues - « manque de rigueur » par exemple - et formuler deux points positifs auxquels s’ajoute un conseil applicable.
Premiers jalons, premiers défis
L'équipe s'est donné des critères de réussite exigeants : que l'élève parle autant que l'adulte, qu'il analyse lui-même son travail et reparte avec des objectifs précis, qu'un vrai dialogue s'installe entre parent et enfant, et que la parole du professeur « vienne ponctuer » l'entretien sans le dominer. Plus d'engagement des élèves, une meilleure compréhension de leurs évaluations et un sentiment d'injustice moins fort sont attendus. Le suivi reposera sur le taux de complétion des fiches d'auto-évaluation et sur l'évolution des résultats entre le CCI de novembre et le CCP. Côté enseignants, le projet mise sur le travail en équipe et la co-animation entre catégories de personnels. Les principales difficultés sont déjà connues : tenir les 10 minutes par famille et accompagner les élèves dans l'apprentissage de l'auto-évaluation.
Un indicateur, enfin, sera particulièrement signifiant : que les élèves et les parents qui auront connu les deux formats demandent, dans deux ans, à retrouver le conseil participatif.
Mise à jour : septembre 2026
