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Développer le langage chez les moins de trois ans, c’est d’abord créer des conditions de communication

langage moins de 3 ans #5.jpg.png Beaucoup d’enfants qui entrent à l’école en toute petite section n’utilisent pas le langage et ne différencient pas ce qui est de l’ordre d’une question, d’un ordre, d’une explication ou d’une consigne. Durant l’année 2014-2105, l’enseignante de la classe des « tout-petits » de l’école Bréchet et la conseillère pédagogique se sont penchées sur le développement du langage à partir de l’observation des élèves. Des constats et des démarches expérimentales ont débouché sur quelques réponses qui sont exposées dans cet article.

(publié par Michèle Vaillant enseignante à l’école maternelle Bréchet, Isabelle Siméoni conseillère pédagogique – circonscription 17b Paris en novembre 2015)

Le passage du milieu familial à l’école ne va pas de soi

Pour la plupart de ces enfants âgés deux ans, la maîtrise de la communication s’est d’abord développée dans le cadre d’interactions mère /enfant.  L’acquisition du langage se construit par le biais de cette relation où « le petit »  s’approprie  les mots proposés par sa mère.

Au début de l’année scolaire, au moment de l’adaptation, Il n’est pas rare de rencontrer des mères qui entretiennent avec leur enfant, une forme de communication plus ou moins verbale ou seuls l’enfant et la mère se comprennent.

Ainsi, le « tout-petit » compris par sa mère se retrouve beaucoup moins « compris » par le monde de l’école.

De plus, la plupart des jeunes enfants, en début d’année, utilisent le langage corporel par des mimiques, des rires et des pleurs mêlés à des prémices de verbalisation.

La maîtresse va devoir créer une relation de confiance entre l’enfant et sa famille pour apprendre à se connaître et à se faire confiance. Elle va construire un sentiment de sécurité. Ainsi des liens se tissent et l’enfant acceptera que la maitresse prenne le relai.

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Pour créer cette passerelle, les parents peuvent rentrer à certains moments dans la classe. Par exemple, les parents qui ont le temps sont invités à participer à une activité avant de quitter leur enfant. La séparation est explicite et ritualisée, donc mieux acceptée.

Créer les conditions de la communication

L’objectif premier de la maitresse est de mettre en place les conditions de communication pour donner envie de parler aux enfants et de créer par là même un réel besoin de communiquer.

A l’école, la maîtresse reconnait le tout petit comme un interlocuteur à part entière et cherche à comprendre ses expressions non verbales.

Pour communiquer avec l’enfant, l’enseignante part de l’action de l’enfant, et plus précisément de ce qu’il aime faire, aime dire et progressivement,  l’amène à s’exprimer.

Elle va créer des situations informelles. Elle est là pour parler avec eux

Au fur et à mesure du temps, l’enfant va  apprendre à mettre en mots ce pré-langage grâce aux interventions du binôme   ASEM / enseignant.

Pour l’aider, ces deux professionnelles vont :

  • créer des situations où l’enfant va réagir avec des mots.
  • s’efforcer de  traduire en parole ce qui se passe autour de l’enfant
  • mettre des paroles sur ce  qu’il fait, sur ce qu’il éprouve.
  • prendre le temps de solliciter des réponses de la part de l’enfant
  • encourager ses propos

L’adulte est ainsi là pour guider les enfants dans l’appropriation de la langue.

Mais à partir de quelles situations ?

Des situations de la vie quotidienne :

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Les premiers mots apparaissent suivant la fréquence des situations essentiellement fonctionnelles à partir des actions des enfants (se laver les mains, s’habiller, se moucher, prendre la collation, ranger …).  Le fait d’entendre souvent les mêmes mots permet à l’enfant de comprendre le vocabulaire en jeu et pour certains de le répéter et même de l’employer.  Ces mots sont à nouveau sollicités et réinvestis à partir des interactions entre pairs.

De situations informelles :

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Au début de l’année, les enfants se déplacent librement dans les espaces sans contrainte de temps. Ils jouent mais ils observent aussi ce que font les adultes. L’adulte prend le temps de jouer avec eux, met en mots les actions, le lexique. Il met en valeur les actions de l’enfant quand elles se produisent.

Les interactions sont très individualisées. L’établissement d’un lien entre le langage et les actions de l’enfant fournit un contexte motivant lui permettant de comprendre la langue parlée et de communiquer en contexte.

Des situations d’écoute :

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Ecouter, n’est pas chose facile quand on a deux ans. La maîtresse ritualise ces temps d’écoute en installant les enfants dans un espace spécifique sur des moments de courte durée.

ils sont souvent introduits par des rituels qui développent les codes de la communication comme «  se dire bonjour ».

Les enfants apprennent à écouter l’enseignant, la mascotte, une chanson, une comptine.

Les enfants écoutent des sons, des rythmes, des histoires. Ils imitent des gestes.

Pour garder l’attention des enfants et multiplier les moyens de compréhension, l’enseignante associe souvent sa voix avec des gestes autour d’un support imagé, et utilise des marionnettes pour rendre une lecture d’album vivante.

L’ASEM aide l’enfant à se recentrer sur la situation proposée.

Des situations où l’on apprend  des mots :

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Au fur et à mesure de l’année, la maîtresse va continuer à jouer un rôle fondamental dans le développement individuel langagier de l’enfant en créant des situations qui lui permettent de communiquer sur des réalités moins immédiates et moins partagées. Sur le plan linguistique, la maîtresse veille à la qualité de l’articulation, au débit de la parole ainsi qu’à la précision du lexique employé. Elle accentue les composantes sonores de la langue. Sur le plan du sens elle fait le lien entre la fonction (ex : jouer) et le nom de l’objet désigné (ex : ballon) en adressant une phrase de type « sujet-verbe-complément » (ex : le garçon joue au ballon). La maîtresse passe d’une activité centrée sur le lexique à une situation où les mots sont combinés pour former des phrases.

Les énoncés de l’enfant évoluent ainsi d’une forme rudimentaire (le mot) vers la formation d’un langage construit.

Ces activités aident l’enfant à augmenter son lexique ainsi que ses capacités de verbalisation et le distancie de la réalité immédiate pour aller vers un monde représentatif.

Pour conclure

La construction du langage dans une classe  « de moins de trois ans » ne résulte pas seulement d’un processus de répétition ou d’imitation des messages que les adultes adressent à ces très jeunes enfants.

La priorité est de développer la production langagière de chacun.

C’est dans la variété des situations de communication créées à partir du contexte scolaire que chaque enfant va s’exprimer par des essais langagiers et de ce fait, faire sa place parmi les autres. Les productions de chacun évolueront en prenant appui sur les messages des interlocuteurs qui parlent avec lui, c’est-à-dire  l’enseignant, l’ASEM mais aussi le groupe d’enfants.

 Publié par Michèle Vaillant enseignante à l’école maternelle Bréchet, Isabelle Siméoni conseillère pédagogique – circonscription 17b Paris