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Empire colonial français et décolonisation : Algérie et Afrique noire (2016)

visuel histoire L’article présente des exemples d’images et sons d’archives, de films documentaires ou d’ouvrages qui ont été présentés en 2015, lors des Rendez-vous de l’Histoire de Blois sur le thème « Les Empires ». Ces ressources, commentées, sont exploitables pour la mise en œuvre du sujet d’étude de Terminale Bac Pro La décolonisation et la construction de nouveaux États : Inde, Algérie.

Elles peuvent servir de supports pédagogiques et sont classés en trois thèmes :

Représentations coloniales 1940-1950

Logo vidéo petit Autour de Brazzaville (actualités françaises 1944 / 1947, 24 min 30, N&B, INA).

  http://www.ina.fr/video/AFE02000002   (deux premières minutes)

Ina AEF

 

 

 

 

Tourné juste après-guerre, dans l’euphorie de la victoire, ce sujet sur l’AEF met en avant l’atout que fut ce territoire pour la France Libre.

 Logo vidéo petit  L’Amitié noire (actualités françaises 1945 / 1947, 16 min, N&B, INA)
Tourné juste après-guerre, dans l’euphorie de la victoire, ce sujet sur l’AEF met en avant la fascination exercée par les traditions et les rituels noirs, propres à enflammer l’imaginaire d’un Jean Cocteau.

A Brazzaville qui est devenue la capitale de la France combattante, est créée le 18 juin 1943 Radio-Brazzaville qui établit le contact entre les Français de Brazzaville et des colonies et ceux de la métropole. Les postes de brousse aident à l'organisation de la résistance. Un administrateur, également médecin, va de village en village pour une inspection des territoires. En pirogue, il parcourt les fleuves, les forêts tropicales, la savane et les hauts plateaux. Dans un village, nous observons un sculpteur sur bois, la construction d'une case, des femmes qui filent, le pilage du mil, la confection de babouches et de sacs, le tissage et la teinte des étoffes. Dans un autre, c'est le forgeron et le potier qui s'activent. Les femmes exhibent leur beauté et leurs bijoux. Au marché les échanges sont très importants. La danse occupe une part importante dans la vie des villageois. Ils dansent seuls, en couple ou en groupe. Tous les moments de la vie sont rythmés par des danses, comme par exemple les cérémonies funéraires. Le sultan admire la parade de ses cavaliers. Tous les africains s'unissent pour défendre la France.

Logo vidéo petit  Algérie, mon beau pays de Philippe Este (actualités françaises, 1952, 15 min, couleur, INA)

  https://www.youtube.com/watch?v=ShTyzEB5HSM (en entier)

Les 7 premières minutes sont sans commentaires, les images se suffisant à elles-mêmes ; on y voit  les apports de la colonisation française : port, gros plan sur la statue équestre de Ferdinand Philippe Duc d'Orléans (artisan de la conquête de l'Algérie, fils aîné du roi Louis-Philippe, érigée le 28 octobre 1845 à Alger, sur la place du Gouvernement), bâtiments, fort militaire avec ses nombreux canons, viaduc, barrages, routes, champs cultivés grâce à des tracteurs, récolte des orangers, troupeaux, canal d’irrigation, tramways en ville, tourisme au bord de mer (bikinis) et ski en montagne, caravanes dans le désert (chameaux des bédouins // autobus des colons), vestiges de la civilisation romaine.

Commentaires autour de Klemcen et ses joyaux. Oasis sans modernité. Danses autochtones à Boussaada. En route ensuite vers les dunes du Sahara, référence au peintre E. Dinet. Extraits d’une fantasia. Visite de villes joyaux du désert. A Hoggar, référence au père De Foucauld, installé parmi les Touareg et assassiné en 1916.

Les dernières images juxtaposent un petit village, une église et l’appel du muezzin dans une « paix des cœurs » idyllique. L’Algérie y est présentée comme « la terre d’un vaste avenir ». 

 Logo vidéo petit  Algérie pastorale d’André Zwobada (actualités françaises, 1955, 16min, couleur, INA) : http://www.ina.fr/video/AFE00004047 (en entier)

Ce film met en scène « Brahim », un berger des steppes semi-désertiques, ayant perdu son troupeau après une année de sécheresse et de famine. Une voix off commente le parcours de ce berger qui va recevoir une formation dans une station d'élevage ovin à Tadmit. Sont mis en avant les apports de la Société Agricole de Prévoyance : Brahim apprend à être prévoyant, à s'organiser, à soigner, protéger, et nourrir son troupeau. En compagnie des autres stagiaires, on lui enseigne comment marquer les bêtes, les protéger contre les parasites externes, les maladies, les vers intestinaux. Ainsi soignés, les moutons pourront offrir la laine la plus belle et les brebis donneront de beaux agneaux. La tonte traditionnelle se fait en Algérie à la faucille, Brahim apprend la tonte mécanique, plus rapide et efficace. Il apprend également à faire pousser de la luzerne, assurance d'avoir du fourrage en cas de sécheresse. La Société Agricole de Prévoyance a installé de nombreux points d'eau sur les terres traversées par les nomades. Un train routier sillonne ces territoires, apportant eau et fourrage aux troupeaux en migration. Les moutons doivent également être abrités du froid et des chacals. Brahim apprend comment construire un enclos à l'aide de branchages, un enclos grillagé démontable, et même un enclos en pierre. Une fois tous ces enseignements acquis, la Société Agricole de Prévoyance prête au berger un troupeau de moutons qu'il devra rembourser en cinq ans. La Commission Pastorale visite les régions d'élevage et récompense les bergers méritants. Un an plus tard, après la mise en pratique de sa nouvelle science, Brahim reçoit un diplôme et une médaille.
Ce film de 1955 est une ode aux apports de la colonisation en Algérie. Un seul exemple : « les Algériens n’ont jamais cherché à améliorer le matériel de tonte ancestral ». Les Européens leur fournissent la tondeuse mécanique dont « Brahim se sert comme d’un jouet ». Le commentaire condescendant interpelle, tout au long des images, ce jeune berger « Brahim, mon ami » ou « Notre ami Brahim ».

 Logo vidéo petit  Afrique 50 de René Vautier, 1950, 17min, N&B
https://www.youtube.com/watch?v=b9wIrK20Rjc (en entier)

 Premier film anticolonialiste français.
À l'origine, il s'agit d'une commande de la Ligue française de l'enseignement destinée à montrer aux élèves la mission éducative menée dans les colonies françaises d'Afrique de l'Ouest. Mais, sur place, le réalisateur, âgé de 21 ans seulement, décide de témoigner de la réalité : le manque de professeurs et de médecins (seulement 4% de la population autochtone va à l’école afin de fournir du personnel pour l’administration locale), les crimes commis par l'armée française au nom du peuple français contre les villages qui ne paient pas une sorte de dîme (Vautier compare ce village de Côte d’Ivoire à Ouradour), l'instrumentalisation des populations colonisées... Tout cela sur une musique «autochtone». Le film fut interdit pendant plus de 40 ans et valut à René Vautier plusieurs mois d'emprisonnement.

(Pour en savoir davantage : Note d’Isabelle Le Gonidec sur RFI "«Afrique 50»: René Vautier, le «petit Breton à la caméra rouge» " http://www.rfi.fr/afrique/20130919-af...)

 Logo vidéo petit  Elisabethville, tourné par les autorités belges au Congo en 1954, couleur

On y montre l’industrie de la métallurgie du cuivre (4ème production mondiale), la cité modèle, les villas magnifiques pour les « Blancs », la piscine du Lido, la « cité indigène ». Tout cela sur une musique « occidentale ».

 Le coffret « Patrimoine filmé de l’Afrique Centrale, Congo, Rwanda, Burundi, 1912-1960 », 2010 peut être commandé à l’adresse suivante :

  http://www.africamuseum.be/resarch/general/research-picture/filmheritage?set_language=fr&cl=fr.

 (Ces deux derniers films, Afrique 50 et Elisabethville, tiennent un discours opposé sur la colonisation à la veille de la décolonisation et montre, pour le deuxième, le décalage entre la prise de conscience et la réalité.)

Guerre d'Algérie

Logo vidéo petit  Documentaire de Rémi Lainé et Raphaëlle Branche, « Prisonniers français des maquis algériens », 60’, Diffusion sur France 3 en mars 2016

Raphaëlle Branche est spécialiste des violences en situation coloniales, professeure d'histoire contemporaine à l'université de Rouen depuis la rentrée 2014, membre du Conseil supérieur des archives et rédactrice en chef de la revue Vingtième Siècle : Revue d'histoire.

Dernière publication : Prisonniers du FLN, Payot, 2014. Elle présente son ouvrage dans cette vidéo : https://www.youtube.com/embed/GTaPmUsYx04. On retrouve des images de cette vidéo dans le documentaire de Rémi Lainé.

 Le documentaire montre peu d’images du maquis (photos, films, actualités) car elles sont rares.  Le film présente des témoignages d’anciens prisonniers de guerre du FLN : leur arrestation, leurs conditions de vie, leur libération, leur retour en France. Ces hommes sont des « oubliés de l’Histoire », encore aujourd’hui considérés comme disparus et non comme prisonniers de guerre.

A peu près 430 militaires (peu de gradés : un capitaine, 3 lieutenants) et 550 civils ont été faits prisonniers par le FLN. Beaucoup d’entre-eux ne sont pas revenus : morts au maquis lors des attaques et à cause des conditions de vie difficiles (les prisonniers passent de maquis en maquis (des trous dans la terre), dans la neige et avec peu de nourriture).

 Le documentaire insiste sur l’instrumentalisation de ces prisonniers par le FLN qui veut une légitimité et montrer qu’il peut faire des prisonniers de guerre comme n’importe quelle armée au monde. Le FLN se sert des prisonniers comme monnaie d’échange avec la France (trois prisonniers, dont un qui témoigne).

Etudier le conflit uniquement comme un conflit franco-algérien est une erreur. Le conflit se joue sur le terrain des négociations internationales. Défendre une Algérie française au début des années 60 est un anachronisme. Dès 1955, Kennedy s’intéresse à l’Algérie. On voit les images du président algérien reçu à l’ONU par Kennedy à la fin de la guerre.

 Le documentaire est organisé chronologiquement, étayé de cartes claires qui permettent de comprendre les opérations militaires.

Logo vidéo petit  Jean-Pierre Bertin-Maghit, Lettres filmées d’Algérie (1955-1962). Des soldats à la caméra, édition Nouveau Monde, 2015 (livre broché + DVD-Vidéo), 35 euros.                                                               

Jean-Pierre Bertin-Maghit est historien, docteur d’Etat, professeur d’études cinématographiques à Paris III Sorbonne nouvelle.

MicrohistoireQuatrième de couverture : « Pendant la guerre d'Algérie, des soldats se sont transformés en cinéastes amateurs : quand la majorité des militaires avaient en poche leur appareil de photo, eux ont choisi la caméra. Jean-Pierre Bertin-Maghit a retrouvé 38 d'entre eux. Il les a placés face à leurs propres images - au total 72 films. Un dispositif vivant de microhistoire qui confronte, au présent de l'entretien, mémoire des hommes et mémoire des images. Que désiraient saisir ces soldats-cinéastes amateurs et qu’ont-ils souhaité garder en souvenir ? Comment leurs histoires font elles effraction dans l’histoire, comment ces hommes, maintenant dans leur grand âge, restituent-ils aujourd’hui leurs expériences de jeunes gens pris dans la guerre ? »

 Le DVD classe les films amateurs :

« Les gaîtés du régiment » : les temps de repos et de loisirs ; des spectacles organisés pour se distraire ; la plage ; un appelé a même construit un film d’animation « figurines animées » à partir de dessins se rapportant aux événements de Suez (novembre 1956) ...

 « Les regards vers l’autre » : des paysages magnifiques ; marché ; marché aux animaux ; rue d’Oran ; rencontre avec des paysans ; les conditions de vie des enfants dans les villages et les camps de regroupement ; scènes de liesse le jour des Accords d’Evian ... 

 « Le corps des soldats et l’entour des corps » : départs vers l’Algérie en 1956, vues des camps ; du matériel ; de cadavres de fellaghas, de prisonniers FLN ; patrouilles dans le djebel ...

livre Deux livres-enquêtes de Pierre Daum, journaliste et essayiste :
Ni valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, Actes Sud, 2012
Le Dernier tabou, les "harkis" restés en Algérie après 1962, Actes Sud, 2015

 Qu’est-il advenu aux harkis et pieds-noirs en 1962 ?

  • Les pieds-noirs ne sont pas tous partis en 1962, 200000 sont encore présents en 1963. Le drame d’Oran, où des centaines d’Européens sont enlevés et assassinés, ne représente pas un désir collectif de tuer tous les pieds-noirs. D’ailleurs en 1963, il y a encore 20% des pieds-noirs à Oran. Quand H. Boumédienne s’installe en 1965 après le renversement de A. Ben Bella, une grande vague de départs a lieu. Autres causes des départs : le code de nationalité mis en place par les Accords d’Evian et les conditions matérielles difficiles. Quinze témoignages de pieds-noirs étayent la recherche de Pierre Daum. Certains témoins vivent encore en Algérie.
  • Tous les harkis ne sont pas partis ou n’ont pas été assassinés.  Pierre Daum ne nie pas, ni ne minimise pas les milliers d’assassinats individuels et collectifs. Pour les harkis restés en Algérie, les situations sont diverses ; après une vague de violences physiques (coups, tortures, emprisonnements) jusqu’en 1963, se met en place une relégation sociale : ils sont admis au village mais insultés (le terme Harki reste une insulte) et mis à l’écart de l’Etatisation. Le livre rassemble 60 témoignages d’anciens harkis.

Autres indépendances

Logo vidéo petit  Documentaire de Claude Bossion et Agnes O’Martins, «Amateurs d’indépendance», 52’,2010, 18 euros.
En vente à l’adresse suivante : http://court.org/spip.php?article584.
Certains extraits sont disponibles sur : http://www.cinememoire.net/index.php/amateurs-d-independances-extrait

Ce documentaire réunit une collection inédite de films amateurs, issus du fond de la cinémathèque Cinémémoire http://www.cinememoire.net/. Ces documents rares relatent l’accession à l’indépendance de 17 colonies françaises, après des années de colonisation. Le film retrace la décennie qui a vu naître ces pays.

Entre film de famille et reportage non professionnel, les cinéastes amateurs français présents en Afrique entre 1955 et 1965 ont enregistré avec leurs petites caméras le tournant historique des indépendances africaines, ils ont filmé de nouveaux états en construction.

Le film est en deux parties : «1955-60 : En route vers l’indépendance» et «1960-65 : Le temps du changement». Les images sont commentées par le réalisateur :

  • Première partie : défilés pour le Référendum de 1958 ; De Gaulle à Tananarive ; défilés pour fêter l’indépendance en 1960 du Cameroun, de Madagascar, du Congo, du Tchad, du Sénégal ; Malraux au Congo.
  • Deuxième partie : la République Centrafrique fête en 1961 les 1 an de l’indépendance (problèmes d’infrastructures à peine ébauchées, pas d’indépendance économique, coup d’Etat qui arrive bientôt) ; Cameroun ; République de Dahomey en 1962 (deux ans après l’indépendance, on voit les changements : nouveau port autonome à Cotonou, palais résidentiel et hôpital viennent d’être construits. La ville est en effervescence) ; Dakar au Sénégal en 1963 (Sanghor vient d’échapper à un coup d’Etat et il est en désaccord avec son premier ministre. La Constitution est changée pour renforcer le pouvoir du changement. Des Français entraînent des soldats. L’armistice de 1918 est fêté par un défilé) ; Cameroun en 1964 (le parti unique est décrété pour favoriser la consolidation du pays) ; Mauritanie (mine exploitée par des capitaux européens) ; Togo en 1964 (le président a été assassiné en 1963 par un complot militaire) ; Côte d’Ivoire en 1965 avec sa métropole.

Le fonds d’archives de films Cinémémoire est axé notamment sur la mémoire des anciennes colonies françaises. Il compte 1600 heures de films amateurs. Actuellement, 900 heures de films sont numérisées et consultables par tous sous forme de notices et/ou de fichiers.

 

Tchad

 Madagascar témoignagesBénin

 

Dictadroid, enregistrement audio  Différents témoignages oraux à mettre en parallèle :

  • Chanson «Dis moi oui, dis moi non, dis moi oui ou non», écrite sur une musique américaine au moment du référendum de 1958, par les services du ministère de la France d’outre-mer et destinée à inciter les électeurs africains à voter « Oui » lors du référendum sur la Communauté franco-africaine.
  • Discours de Sékou Touré faisant un appel au «Non» : «On préfère la liberté à l’esclavage, la pauvreté dans l’indépendance que l’opulence dans la dépendance.»
  • Discours de Lumumba au Congo en 1960 sur les conditions difficiles des indigènes au Congo.
  • Chanson «Indépendance cha cha», écrite au moment de l’indépendance du Congo.
    https://www.youtube.com/watch?v=vlZGklbks9E

Coffret RFI/INA, Afrique, une histoire sonore, 1960-2000, 7 CD, Label Fremeaux et associés, 59,99 euros.
On peut voir l’ensemble des morceaux sonores du coffret à l’adresse du site : http://www.fremeaux.com/index.php?page=shop.product_details&category_id=17&flypage=shop.flypage&product_id=458&option=com_virtuemart