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Formation académique - La guerre d’Algérie : mémoires, témoignages, enseignement (2019)

visuel histoire Les 7 et 8 février 2019, deux journées de formation ont été organisées sur le thème « La guerre d’Algérie : Mémoires, témoignages, enseignement », en partenariat avec le Musée national d’histoire de l’immigration et l’ONACVG (Office national des anciens combattants et victimes de guerre). Cette formation, à destination des professeurs de lettres et d’histoire-géographie des lycées professionnels et d’histoire-géographie des collèges et lycées, proposait des conférences, des pistes pédagogiques et des ressources pour aborder de manière globale les enjeux didactiques de l’enseignement de l’histoire et des mémoires de la guerre d’indépendance algérienne. L’article présente un compte-rendu des interventions et les ressources proposées.

Conférences 

  • État des lieux des connaissances, état des lieux historiographique : guerre d’indépendance, enjeux des mémoires, conférence de Sylvie Thénault, historienne, CNRS.

Cet état des lieux est l’occasion pour Sylvie Thénault d’affirmer qu’il est possible de faire une histoire partagée et critique de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Après avoir rappelé les causes de la guerre et la chronologie du conflit, elle revient sur les dénominations de cette guerre d’indépendance, soulignant les divergences au sein des camps adverses et les points de vue différents. Elle termine son intervention en soulignant comment cette guerre, à travers son bilan en France et en Algérie, a façonné l’État algérien indépendant et les enjeux de mémoires (voir diaporama, rubrique « En savoir plus »).

Sylvie Thénault, Algérie : des « événements » à la guerre. Idées reçues sur la guerre d’indépendance algérienne, Paris, Le Cavalier Bleu, 2012.

  • Les enjeux scolaires autour de l’enseignement de la guerre d’Algérie, conférence de Sébastien Ledoux, docteur en histoire, Paris I.

L’intervention de Sébastien Ledoux propose une réflexion autour de la « question vive » qu’est l’enseignement de la guerre d’indépendance de l’Algérie et de ses mémoires. A travers une rétrospective de l’enseignement de ce conflit dans les programmes scolaires des années 1970 à nos jours, il questionne la place des enjeux mémoriels de la guerre d’indépendance au regard des évolutions historiographiques (voir diaporama, rubrique « En savoir plus »).

Sébastien LedouxDevoir de mémoire. Une formule et son histoire, Paris, CNRS éd., 2016.

  • Redonner densité et complexité à l’histoire des harkis et autres supplétifs, conférence d’Abderahmen Moumen, historien, chargé de mission à l’ONACVG.

Abderahmen Moumen revient sur le terme générique « harkis », terme qui désigne une réalité complexe dans le cadre du processus de décolonisation de l’Algérie. Il propose une typologie de ce groupe d’individus composites, présente leurs parcours singuliers du début de la guerre à l’après-guerre, leurs liens avec le FLN et l’administration française et, pour beaucoup, leur installation en France en tant que réfugiés. Enfin, il mène une réflexion sur les enjeux scientifiques et politiques en France et en Algérie des mémoires des « harkis » de 1980 à nos jours (voir diaporama, rubrique « En savoir plus »).

Abderhamen Moumen et Fatima Besnaci-LancouLes Harkis, Paris, Le Cavalier Bleu, 2008.

  • 1962, une révolution ?conférence de Malika Rahal, historienne, chargée de recherche à l’Institut de l’histoire du temps présent (IHTP).

Malika Rahal questionne l’année 1962 en Algérie à travers trois jalons : les accords d’Évian (19 mars), la déclaration d’indépendance (3-5 juillet) et l’élection de l’Assemblée nationale constituante (20 septembre). Elle montre comment l’année 1962 est à la fois la fin du monde impérial, la construction d’un État indépendant, l’invention de la guerre comme passé et un moment de violence exacerbée et de transe festive et collective. Cette année 1962, complexe et riche, est fondatrice, unificatrice et constructrice de l’identité du nouvel État indépendant algérien (voir diaporama, rubrique « En savoir plus »).

Malika RahalL'UDMA et les Udmistes. Contribution à l'histoire du nationalisme algérien, Alger, Barzakh, 2017.

Ateliers et pistes pédagogiques : 

  • Entre Mémoire et Histoire : la BD, un outil de transmission de l’Histoire de la guerre d’Algérie, ateliers pédagogiques animés par Prune Hebert et Farida Gillot, professeures Lettres/Histoire-géographie.

Prune Hebert (LP Camille Jenatzy, Paris) propose un atelier dans le cadre de la situation « La Toussaint 1954 » dans le sujet d’étude de Terminale Bac Pro « La décolonisation et la construction de nouveaux États : Inde, Algérie ».  A travers l’étude de six planches de la bande-dessinée de Benjamin Stora et Sébastien Vassant, Histoire dessinée de la guerre d’Algérie (2016), accompagnées de vidéos d’archives (INA), les élèves travaillent sur la construction du récit historique, les origines du nationalisme algérien et ses principaux acteurs, ses particularités de la société coloniale algérienne et les différentes temporalités des causes de l’évènement.

Farida Gillot (Chargée pédagogique au Service historique de la Défense) propose une activité de construction d’une chronologie à partir de diverses planches de bandes dessinées racontant la guerre d’indépendance de l’Algérie. En observant et en questionnant chacune des planches, en identifiant les acteurs et les évènements présentés, les élèves construisent des repères et des connaissances sur le déroulement de la guerre de 1954 à 1962.

  • Enseigner les mémoires de la guerre d’Algérie par Valérie Esclangon-Morin (professeure relais au MNHI)

L’enseignement des mémoires de la guerre d’Algérie est au programme des terminales séries générales depuis 2012. L’atelier présente les outils possibles pour enseigner cette histoire complexe aux élèves en associant différents médias : presse, sites internet d’associations, documentaires, ouvrages historiques de référence mais aussi littérature ou témoignages. Certains outils sont peu ou mal connus des enseignants non spécialistes de la question. Il s’agit aussi de montrer que ces mémoires ne font absolument pas consensus et qu’elles sont encore très douloureuses et polémiques. 

  • Guerre d’Algérie et littérature : 

Alexis Jenni présente son ouvrage L'Art Français de la Guerre (Paris, Gallimard, 2011- Prix Goncourt 2011) ainsi que son projet d’écriture et échange avec les enseignants sur son approche de la guerre d’Algérie et l’utilisation des œuvres romanesques dans l’enseignement de l’histoire.

Un même travail pourrait être conduit avec :

- Jérome Ferrari, Où j'ai laissé mon âme, Actes Sud 2010

- Alice Zeniter, L'art de perdre, Paris, Flammarion, 2017 (Prix Goncourt des Lycéens 2017)

- Laurent Mauvignier, Des hommes, Paris, Éditions de minuit, 2009. 

Exposition de l’ONACVG 

L'ONACVG propose une exposition "La guerre d'Algérie, histoire commune, mémoires partagées ?" que les enseignants ont pu voir dans une salle du MNHI.

L'exposition se compose de trois parties : la première présentant la colonisation de l'Algérie et les particularités de la "colonie Algérie", la seconde portant sur les événements de la "guerre d'Algérie" à proprement parler, la troisième étudiant les mémoires de la guerre depuis 1962.

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Elle s'inscrit donc parfaitement dans le sujet d'étude du programme de Terminale Bac Pro "La décolonisation et la construction des nouveaux états". Dans le cadre de cette exposition, un focus peut être fait sur la situation "La Toussaint rouge".

Cette exposition itinérante a pu ainsi être vue par les élèves et personnels du lycée Camille Jenatzy, et étudiée plus particulièrement par les cinq classes de Terminale Bac Pro Mécanique et Logistique de l'établissement (photo).

L’exposition et des ressources sont accessibles en ligne sur le site de la DAMHEC (Délégation académique à la mémoire, à l'histoire et à la citoyenneté).

Si vous souhaitez faire venir l'exposition dans votre lycée, vous pouvez contacter l'ONACVG à l'adresse suivante : contact.hmga@onacvg.fr.

 

Témoignages d’acteurs de la guerre d’Algérie.

L’ONACVG propose, à la demande des enseignants, une séance de témoignages à plusieurs voix dans une classe, dans le cadre du projet « Guerre d’Algérie. Histoire commune, mémoires partagées ? ». Un travail préalable sur le sujet avec la classe en amont est recommandé. La durée du dispositif est de 2h. Il comprend un point historique puis 15 minutes de paroles par acteur sans interruption et enfin, un temps d’échange avec la classe. Pour faire venir les témoins dans votre classe, contactez l'ONACVG à l'adresse suivante : contact.hmga@onacvg.fr.

Dans le cadre du stage, plusieurs témoins sont intervenus et ont échangé avec les enseignants autour des événements de la guerre d'Algérie, de la construction de l'État algérien après l'indépendance, de la question des mémoires conflictuelles, de la nécessité du dialogue, seul moyen de parvenir à une réconciliation, et à une mémoire commune apaisée.

- un "pied-noir" (terme par lequel le témoin se désigne), européen d'Algérie (d'origine espagnole), ancien instituteur et membre du parti communiste. D'abord opposé puis favorable à l'indépendance, il souhaitait rester en Algérie indépendante mais a finalement été contraint à l’exil ;

- un Algérien musulman qui comme appelé du contingent a participé aux opérations militaires de l'Armée française en Algérie. Libéré de ses obligations militaires, il part étudier à Grenoble, adhère au FLN avant de rejoindre l’ALN en Algérie (maquis). Après l’indépendance, il s’oppose au pouvoir algérien et doit s’exiler en France dans les années 70 ;

- un Français de métropole, ancien appelé du contingent et sans réelle conscience du conflit avant son incorporation. Il sera par la suite profondément marqué psychologiquement par la violence du conflit ;

- une femme de la communauté juive de Constantine ; enfant pendant la guerre d'Algérie, elle ne garde qu'une mémoire lacuniare et traumatique de la vie en Algérie et du conflit. Elle est aujourd'hui documentariste, primée pour ses films sur le passé de ce pays.