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une organisation apprenante

Temps de classe et TED*

logo outils Partage d’expérience de Karine KUCHARSKI, professeure des écoles à la maternelle Jouffroy d’Abbans, à destination des enfants atteints de TED (Troubles envahissants du Développement)

Présentation générale

Karine KUCHARSKI, en charge d’une classe de PS/MS, de 28 élèves en 2017-2018, dont deux en inclusion présente l’outil qu’elle a développé, en étroite collaboration avec Sylvie SANSAULT, maîtresse ressources, afin d’aider l’un de ses élèves atteint de TED, c’est à dire de troubles liés au spectre autistique. Cet outil permet à l’élève de mieux appréhender le déroulement de la journée de classe, afin de la structurer selon une suite logique, suivant le temps pédagogique d’une part et celui des autres temps passés au sein de l’école d’autre part. Cela sécurise l’enfant et l’encourage à s’impliquer davantage dans les activités de la classe.

Cet outil nécessite outre un sens réel de la conceptualisation, une réalisation matérielle, dont les frais sont couverts par la coopérative de classe, ou d’école.

Réalisation matérielle

Il faut se procurer une chemise à élastique cartonnée de format A3, des bandes de velcro, imprimer des vignettes couleur les plastifier, apposer une bande de velcro sur le rabat du devant et une autre au dos de la pochette, ainsi que des carrés de velcro à la fois sur chaque étiquette et à l’intérieur de la dite pochette. De cette manière, les étiquettes qui ne servent pas restent bien accrochées en attente.

TED intérieure pochette

Fonctionnement

Face avant de la pochette : emploi du temps

TED couverture pochette avant

Cet espace sert à construire l’emploi du temps de la matinée -jusqu’au moment du déjeuner- puis  celui de l’après-midi.

L’emploi du temps est construit en présence de l’élève par l’enseignant ou l’AVS, puis par l’élève au fur et à mesure que celui-ci s’empare du déroulement de la journée, pour en arriver à ce qu’il élabore tout seul l’emploi du temps, en trouvant lui-même les étiquettes, les unes après les autres. L’encadrement de l’adulte (enseignant ou AVS) est nécessaire, afin de verbaliser chaque action.

Il est en effet essentiel d’oraliser et de faire oraliser chaque étiquette. Cela suppose d’abord de nommer, puis de construire des phrases simples, et enfin complexes. Par exemple, lors de l’installation de la pochette, il est important de donner un nom aux étiquettes : correspondant à toutes les activités pédagogiques de la journée : ateliers, bibliothèque, graphisme, math, puzzles, perles, découpage, collage, dessin, ordinateur, motricité...sans négliger les activités humaines et vitales : cantine, toilettes

Une fois cette reconnaissance acquise la phrase simple peut-être introduite, tout en prenant l’étiquette, l’enseignante ou l’AVS peut dire : « Maintenant, c’est le moment des ateliers. »

Plus tard, il est possible de parler de l’étiquette en disant par exemple : « maintenant, nous prenons l’étiquette bibliothèque, parce que nous allons lire une histoire ».

Parce que est une conjonction de subordination, qui introduit l’idée de cause et donne du sens à l’action.

 Bibliothèque, puzzles… correspondent aux étiquettes qui sont posées sur la pochette au fur et mesure. Petit à petit l’élève sera encouragé à formuler lui-même les phrases correspondantes aux étiquettes du type : « on lit des histoires » jusqu’à ajouter des connecteurs logiques (« parce que », « pour ») afin de structurer au mieux sa pensée. (L’adulte prend en charge ces formulations, tant que l’élève n’est pas encore prêt à le faire lui-même.)

À chaque moment de la journée, une fois l’activité passée, l’adulte retire l’étiquette correspondante et la range dans la pochette. Ainsi, l’élève se repère-t-il par rapport au déroulement chronologique de la journée. Le nombre d’étiquettes diminue, si bien qu’à la fin de chaque demi-journée, l’élève appréhende plus facilement le temps qui passe et cela diminue au moins partiellement son angoisse.

Face arrière de la pochette : les activités

TED couverture pochette arrière

Toutes les activités importantes prévues dans la journée doivent être accrochées à l’arrière de la pochette : ateliers, bibliothèque, graphisme, math, puzzles, perles, découpage, collage, dessin, ordinateur, motricité

Il faut montrer à l’élève l’activité qui va être menée, avant le commencement de celle-ci, puis l’enlever et la fixer à l’intérieur de la pochette A3. Si l’élève s’est particulièrement impliqué dans l’activité, il est recommandé de prévoir une récompense. L’enfant atteint de TED a souvent un album favori, une activité préférée (ordinateur), un jeu de prédilection. Il ne faut pas hésiter, -quitte à sacrifier l’activité suivante- à le laisser prendre son album préféré (qui peut être acheté en double par la coopérative), à passer du temps à l’ordinateur ou avec son jeu (durant le temps de l’activité suivante.) Cette activité peut-être choisie parmi celles qui sont fixées à l’arrière de la pochette (ordinateur, bibliothèque, jeu…)

Il convient de fabriquer au moins une pochette par classe sur le modèle, qui vient d’être présenté. Toutefois, des améliorations, des approfondissements ont déjà été envisagés et sont suggérés ci-dessous.

Prolongement, explicitations et exemples d’améliorations à envisager

 L’enseignant présente à l’AVS –s’il y en a un ou une-  l’approche à prévoir, cependant, une fois que celle-ci est bien comprise, l’élève pourra être pris en charge par l’assistant de vie scolaire, durant l’intégralité de l’activité. Toutefois, à l’issue de celle-ci, l’AVS doit revenir vers le professeur pour obtenir validation. L’enseignant ne se décharge pas intégralement sur l’assistant.

Si l’élève atteint de TED rencontre des problèmes particuliers de propreté, concernant ce point, il conviendrait de mettre une image de WC sur velcro dans la classe, en plus de celle de la pochette, afin  que l’enfant puisse facilement la saisir à tout moment, pour la montrer au PE et/ou à l’AVS, quand il veut se rendre aux toilettes. Il faut bien lui expliquer son fonctionnement, s’il ne verbalise pas le besoin d’aller aux toilettes, en lui disant par exemple : « Quand tu veux aller aux toilettes, tu vas chercher l’étiquette ».

En attendant que l’enfant ait le réflexe d’aller chercher l’étiquette, l’obliger régulièrement à se rendre aux WC, en lui disant « On va aux toilettes » et y aller (ne pas demander dans ce cas si l’enfant veut y aller). Cela finit par entrer dans les rituels, qui rassurent l’enfant. Comme pour toute autre activité, la verbalisation est indispensable : « je prends du papier, je baisse bien mon pantalon, je fais pipi…je m’essuie, je tire la chasse d’eau, je remonte mon pantalon, je prends du savon, je pousse sur le robinet, je frotte bien mes mains, je prends un essuie-main, je m’essuie les mains ». Récompenser par des paroles réconfortantes l’enfant qui s’est rendu à temps aux toilettes. Des progrès notables ont été enregistrés en suivant cette méthode. Sans cette aide, l’enfant risque de régresser et de rencontrer à nouveau des problèmes parfois sévères avec la propreté. En cas d’absence d’AVS, il faut former l’ASEM de la classe à ce procédé, qui évite de changer l’enfant trop souvent.

Pour chaque activité pédagogique, l’usage d’un sablier ou mieux, d’un minuteur du type time timer  qui affiche le temps restant en rouge permet de donner à l’enfant une idée du temps de travail déjà passé et ce qu’il en reste, grâce à un visuel suffisamment fort.

Lorsqu’une tâche a été effectuée, ne pas oublier de « récompenser » l’enfant comme cela a été souligné plus haut, toujours en se référant aux étiquettes de la « quatrième de couverture » de la pochette A3. En revanche, si le travail n’est pas fait, il ne faut pas céder à la récompense.

Féliciter autant que possible, en soulignant chaque fois tous les progrès, même les plus infimes.

Si l’enfant se montre violent, en cas de frustration, rester très ferme, afin que cela ne se reproduise pas. Montrer les images des règles de vie.

Bien penser à inclure l’enfant dans les ateliers et au moment des regroupements. Il faut éviter  au maximum qu’il soit mis à part dans la classe, à l’écart des autres élèves (même quand il ne fait pas les mêmes activités).

Quand l’enfant est réticent, parce qu’il n’a pas très envie de se mettre au travail, lui parler avec des phrases simples, courtes voire injonctives. (Il faut éviter de tenir des discours !)

Exiger que l’enfant range son travail (au besoin, consacrer le début de récréation à cela, en présence de son AVS ou à défaut de l’ASEM).

La pochette A3 doit rester en permanence à disposition de l’élève, car elle figure un outil de communication privilégié.

Cette pochette A3 peut être déclinée sous la forme d’un classeur de grand format, qui offrirait un corpus d’images plus important encore, des possibilités de classement intéressantes, grâce à des intercalaires rigides. Les images pourraient un peu plus grandes. Celles-ci peuvent être imprimées à partir du document partagé par Sylvie SANSAULT, mais on pourrait imaginer des photographies correspondant aux différents lieux de la classe et de l’école. Pourquoi ne pas photographier la cour de récréation, les ateliers, la bibliothèque, l’ordinateur, les toilettes etc., pour donner plus de véracité aux activités, aux lieux et aux objets ?

 Conclusion

Pour conclure, si la démarche exposée par Karine KUCHARSKI a porté ses fruits tout au long de l’année scolaire, il ne faut pas perdre de vue qu’elle s’accompagne d’une grande patience et d’une qualité d’écoute importante à l’endroit de progrès qui ne sont pas toujours linéaires, ni fulgurants. De surcroît, sans l’accompagnement de l’AVS, de la maîtresse-ressources et du soutien de l’ensemble de l’équipe les difficultés rencontrées auraient pu sembler parfois insurmontables. La réflexion et l’observation constituent  les principaux moteurs de cette démarche, qui ne relèvent en rien de la magie, et dont il ne faut -par conséquent- pas tout attendre. En revanche, il s’agit d’un outil qui permettra à tout enseignant de voir progresser ses élèves atteints de TED, en matière de perception du temps et de sens donné à la journée passée à l’école.  Cet article n’a été possible qu’avec la collaboration d’une équipe convaincue que l’on peut améliorer sensiblement les compétences des élèves atteints de TED. L’outil présenté est aujourd’hui mutualisé au sein de l’école et a vocation à être diffusé bien au-delà de la maternelle Jouffroy d’Abbans.

Karine KUCHARSKI : PE qui a mutualisé la démarche qu’elle a mise en place
Sylvie SANSAULT : Maître-ressources qui a partagé ses compétences dans le domaine des élèves atteints de TED
Sandrine SELLOS : PE qui a pris les notes et les photos au cours du Conseil des Maîtresses du 11/X/2018
Catherine JOSEPH : Directrice de l’école, qui a rédigé l’article