Assister à nos conférences

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Les conférences ont lieu dans le grand salon du site Jean Zay et sont diffusées par visio-conférence à Lourcine. Il vous est possible d’inviter vos camarades à ces conférences mais ils doivent se signaler à la loge.

Pour voir les vidéos des anciennes conférences, rendez-vous sur esidoc dans la rubrique "conférence".


Planning des conférences

Misère et splendeur de la science dans la philosophie de Bergson

Mardi 10 mars 2020 à 20h, Grand Salon su site Jean Zay

Par Lionel ASTESIANO agrégé et docteur en philosophie

 

Les premiers textes de Bergson, de L’Essai sur les données immédiates de la conscience de 1889 jusqu’à l’Introduction à la métaphysique de 1903, ont donné naissance à une réputation d’irrationalisme et d’anti-intellectualisme, particulièrement tenace bien que dénuée de fondement. Certains passages pouvaient assurément laisser croire que sa philosophie s’opposait à la science, c’est-à-dire à la connaissance du réel par l’intelligence, et que la métaphysique aurait désormais pour tâche de la remplacer par un savoir plus adéquat, celui-là même que confère l’intuition. Or Bergson n’aura de cesse de s’opposer à cette vision erronée. Son estime pour la science, le rôle essentiel qu’elle a dans ses travaux et le sérieux avec lequel il l’étudie s’attestent notamment par les notes de bas de page de ses grands ouvrages. Quel que soit le domaine sur lequel portent ses réflexions, Bergson se confronte d’abord et avant tout au savoir de son temps. Ce souci de rigueur et d’exactitude concernant les travaux des scientifiques vient du fait que ces derniers ne peuvent valoir justement comme argument d’autorité. Le rapport de la philosophie à l’activité scientifique doit se penser sur le mode de la confrontation et non de la soumission ni de la subordination d’une discipline à l’autre, encore moins d’une synthèse, aussi artificielle que superficielle, qui permettrait à la reine des sciences – selon la vision classique - de couronner l’ensemble de la connaissance humaine. Dans l’ordre du savoir, la science a une valeur éminente et partage le même statut – complexe que l’intelligence. La pensée bergsonienne du savoir scientifique est aux antipodes d’une vision manichéenne. Vis-à-vis de la recherche des scientifiques, le philosophe se doit d’assumer un rôle critique, au sens kantien du terme, puisqu’en réfléchissant sur la méthode et l’objet de cette recherche, il met en lumière l’étendue de son champ de compréhension en même temps qu’il en dégage les limites. Si la métaphysique de Bergson se veut positive et prend pour paradigme la précision qui prévaut en science, elle refuse le positivisme aussi bien que le scepticisme et le relativisme. Il s’agit donc de replacer l’activité du savant, à l’instar de ce qui a été fait pour l’intelligence, dans l’ordre qui est le sien : une connaissance, limitée mais effective, de l’absolu dont il convient toutefois de combattre les présupposés et/ou les conclusions illégitimes.

 

 

Les expériences imaginaires chez Descartes et Galilée

Mardi 4 février 2020 à 20h, Grand Salon su site Jean Zay

Par Delphine BELLIS, Maître de conférences en philosophie et histoire des sciences à l’Université Paul-Valéry de Montpellier

 

L’expérience joue un rôle crucial dans la pratique de la plupart des disciplines scientifiques. Pourtant, toutes les expériences scientifiques ne se déroulent pas dans un laboratoire ou dans la nature. Certaines expériences scientifiques célèbres se sont déroulées « dans la tête » des savants, dans leur imagination : c’est ce qu’on appelle des expériences imaginaires ou des expériences de pensée. Ainsi Galilée se demande-t-il, dans le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, à quoi ressemblerait le mouvement d’un corps lourd s’il pouvait traverser le globe terrestre perforé de part en part par un tunnel passant en son centre. Nous nous proposons d’analyser quelques expériences imaginaires à l’oeuvre dans la science et d’évaluer leur fonction et leur intérêt pour la science. L’expérience de pensée a-t-elle pour fonction de réaliser par la pensée une expérience non réalisable matériellement ? Permet-elle de critiquer une théorie rivale ? Nous nous demanderons ainsi ce qu’une expérience imaginaire peut nous apprendre sur la nature et s’il s’agit d'un mode de raisonnement acceptable en science.

 

 

La puissance des images dans la compréhension des sciences

Mercredi 22 janvier 2020 à 20h, Grand Salon su site Jean Zay

Par Didier ROUX, membre de l’Académie des Sciences

 

Nous illustrerons comment les images peuvent faire appréhender simplement des notions scientifiques considérées comme complexes. Nous verrons à travers trois exemples emblématiques de la physique qu’une présentation appropriée de films et d’images peut permettre d’illustrer des notions fondamentales relatives à la gravitation, à la dualité ondes/corpuscule en mécanique quantique et à la notion de réversibilité du temps en physique statistique.

 

 

L’Arctique, nouvel espace géopolitique

Mardi 14 janvier 2020 à 20h, Grand Salon su site Jean Zay

Par Thierry GARCIN, chercheur, enseignant et producteur à France-Culture

 

À cause du réchauffement climatique et de la fonte progressive de la banquise estivale, l’Arctique est récemment devenu une région du monde mieux connue du grand public. Il y a une quinzaine d’années, cet océan glacial était même dépeint comme un futur eldorado. Or, si l’Arctique est en train de changer et devient un nouveau théâtre des relations internationales, l’avenir est moins assuré, qu’il s’agisse de l’exploitation en mer du gaz ou du trafic maritime marchand. Il n’en reste pas moins que c’est un bassin passionnant, car les enjeux y sont nouveaux, multiples, pluridisciplinaires, interactifs et évolutifs. De surcroît, l’Arctique joue le rôle d’un véritable laboratoire dans quantité de domaines essentiels pour les prochaines décennies : climat, environnement, économie, droit international, défense.

 
 
 
Faut-il chasser l’imagination de la Cité scientifique ? Le paradoxe de la créativité scientifique chez Bachelard
Mardi 26 novembre à 20h Grand Salon su site Jean Zay
Par Julien LAMY, agrégé et docteur en philosophie
 
 
Gaston Bachelard accorde une place centrale, dans l'ensemble de son œuvre, à la question de la créativité de l'esprit, ainsi qu'au rôle déterminant de l'imagination dans la vie humaine. Soucieux de rendre compte du pouvoir créateur de l'esprit humain, qui selon lui se manifeste autant dans les progrès spectaculaires de la physique que dans les expérimentations littéraires des poètes, Bachelard nous invite à faire de la créativité une dimension essentielle de la pensée scientifique, au même titre que l'esprit critique et le travail de la preuve. Or on bute ici sur un paradoxe: au lieu d'attribuer une fonction positive à l'imagination dans le progrès des connaissances, ne serait-ce que pour expliquer l'étonnante capacité des scientifiques à produire des idées nouvelles, à penser autrement, Bachelard exige de chasser l'imagination de la cité scientifique, afin de circonscrire l'action légitime de l'imagination au domaine de la poésie et des arts. Cette décision théorique, qui nous autorise à parler de "génie" scientifique, mais sans convoquer pour autant l'imagination, a de quoi surprendre, notamment parce que les descriptions bachelardiennes de la créativité en science aurait dû le conduire à donner sa juste place à l'imagination scientifique, en lien avec le travail théorique de la raison et la tâche expérimentale de la technique. Je proposerai, dans le cadre de cette conférence, d'expliquer pour quelles raisons Bachelard souscrit au dogme de l'imagination-obstacle, alors que lui-même a pu affirmer par ailleurs que "jamais l’imagination scientifique n’a été plus riche, plus mobile, plus subtile que dans les recherches contemporaines". Cette enquête nous permettra d'examiner de près les relations complexes et problématiques qui se tissent chez Bachelard entre la raison et l'imagination, et plus globalement entre la science et l'imaginaire