Une histoire, un lieu ...

De la "Maison de l'Ermitage" au lycée Sophie Germain

 

 

fourcy2sm"La Maison de l'Ermitage" qu'occupe actuellement le lycée appartenait au XVème siècle à la famille Bourgeoise des GENCIEN qui s'illustra dans la magistrature municipale. Au XVIème siècle elle devint propriété d'Olivier de LEUVILLE de MANCY puis en 1601 celle de Jehan de FOURCY dont le fils Henri, Comte de CHESSY, fut président de la Chambre des Comptes de Paris, Conseiller du Roy en ses conseils, surintendant des bâtiments de sa Majesté. La Maison de l'Ermitage est devenue "l'Hôtel de FOURCY", elle le reste jusqu'en 1798 où la famille divisée le vend à un négociant en vins : monsieur GUESNIER. En 1827 l'hôtel est loué à l'Institution PETIT, en 1858 à la pension HARENT ; toutes deux servent d'Internat à certains élèves du lycée Charlemagne. En 1880, au conseil municipal, une forte majorité se prononce en faveur de la création d'un Établissement Primaire Supérieur Féminin. La ville reprend en 1882 le bail de Monsieur HARENT et achète l'immeuble quatre ans plus tard.


ecolesmallLe 1er mars 1882, la première École Primaire Supérieure de Jeunes Filles s'ouvre avec 65 élèves. En 1900, elle en compte 425, dans les années 1970 environ 1600 et aujourd'hui 1000 (après la perte du premier cycle, en 1979). Au fil du temps, on aménage et on agrandit les locaux. En 1989. un bâtiment remplace les préfabriqués implantés dans les années 50 et les vieux bâtiments sont progressivement rénovés. En 1991, un vaste plan de restauration et d'aménagement est entrepris par le Conseil Régional.
 A la fin de l'année scolaire 1999-2000, beaucoup de travaux de modernisation ont démarré, pour le confort et la sécurité de tous : élèves, professeurs, agents...
 Jusqu'en 1888, l'école est désignée sous le nom "d'École de la Rue de Jouy" puis on choisit comme patronne SOPHIE GERMAIN, mathématicienne et philosophe qui eut le mérite de s'instruire seule à une époque (1776 - 1831) où la condition féminine était un handicap pour qui voulait étudier.

 

sophiemédaillonMarie-Sophie Germain est née le avril 1776 à Paris, rue Saint-Denis,   dans une famille bourgeoise cultivée.

 Elle a deux sœurs aînées. De sa mère, on ne sait rien. Son père, marchand de soie en bottes à l'enseigne du « Cabas d'or », grand lecteur de l'Encyclopédie, siégea parmi les députés du Tiers-État à la Constituante. En 1789, alors que la Bastille retentit des clameurs de la Révolution, Sophie, âgée de treize ans, se réfugie dans la bibliothèque paternelle. Elle y découvre « L'Histoire des Mathématiques » de Montucla ; la vie d'Archimède la passionne entre toutes...

Malgré l'opposition de ses parents, qui, la nuit, lui suppriment habits, couvertures et chauffage, Sophie Germain atteint un niveau remarquable en mathématiques. Ne pouvant avouer publiquement sa passion pour les sciences (domaine réservé au sexe masculin), elle use de moyens détournés, pour approfondir ses connaissances. Elle se procure les ouvrages de ses contemporains et, à partir de1794, se fait transmette les cours de Lagrange, par un élève de l'Ecole Polytechnique, Le Blanc.

 Après la mort de Le Blanc, elle utilise ce nom comme pseudonyme pour écrire à Lagrange. Le grand mathématicien est stupéfait par la pertinence des observations qu'elle lui adresse et cherche à connaître son mystérieux correspondant. Elle utilise encore ce stratagème pour correspondre avec Gauss, ses lettres ont d'ailleurs été publiées après sa mort. Dans l'une d'elle, en février 1807, elle dévoile son identité et se justifie du subterfuge jusqu'alors employé. « Craignant le ridicule attaché au nom de femme savante j'ai autrefois emprunté le nom de Monsieur Le Blanc pour vous écrire ».

 A la même époque, elle tient chez elle, 29 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, un salon de haut niveau scientifique. En 1809, Napoléon 1er lance un concours à l'Institut : « Donner la théorie mathématique des vibrations des surfaces élastiques et la comparer à l'expérience ». Sophie Germain vivement intéressée, se met à l'ouvre et persévère, même quand les plus grands savants décrètent la mise en équation du phénomène impossible. Elle propose trois mémoires successifs. Le premier en 1811, refusé parce qu'incomplet, pour le second : « bien dans l'ensemble, mais le théorème de base n'est pas démontré ». En bonne voie, pourrait-on dire. Enfin en 1815, c'est parfait, le problème est résolu.

 Imaginez la stupéfaction des savants de l'Institut lorsqu'ils découvrirent que le grand génie est une femme ! Sophie Germain, ne vient même pas chercher son prix, à la séance publique du 8 janvier 1816, elle est déjà plongée dans de nouveaux travaux.

Atteinte d'un cancer, elle meurt le 27 juin 1831, à l'âge de cinquante-cinq ans. L'employé de l'Etat Civil, inscrit « rentière » sur son acte de décès. Une rentière qui a pourtant laissé une oeuvrer importante en mathématiques : elle s'est intéressée à la théorie des nombres et à précisé le grand théorème de Fermat:

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« L'équation Xn + Yn = Zn n'admet aucune solution entière positive si n n'est pas supérieur ou égalée à 3». Fermat n'avait démontré ce résultat que pour n = 4. Ses travaux, les plus importants, qui lui ont valu le prix de l'Institut, sont consacrés à la mise en équation du phénomène de vibration des lames élastiques. Cette scientifique s'est également intéressée à la philosophie.

 

Disciple de Diderot et de d'Alembert, elle veut appliquer la méthode scientifique à tous les domaines de réflexion, ce qu'elle expose dans son ouvrage posthume « Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres ».

Le rédacteur du « Journal des débats » écrit le 8 janvier 1816 à propos du prix remporté par Sophie Germain : « La palme que son sexe n'avait pas pu cueillir en France... ». Enfin la voie est ouverte aux filles qui ont désormais accès à un domaine réservé par essence aux hommes. Sans ses travaux, nous n'aurions ni la Tour Eiffel, ni les sous-marins... Qu'aurait dit la modeste Sophie Germain si elle avait lu l'éloge que faisait d'elle Auguste Comte en 1842, ou le livre que l'Américain Bocciarelli lui a consacré, ou encore si elle avait connu la décision de donner son nom à l'école de la rue de Jouy en 1888 ?

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