Bandeau

L’exposition internationale des Arts et Techniques dans la Vie moderne de Paris en 1937

Expo 1937-affiche Proposition d'activités conçues autour de l'exploitation pédagogique de l’exposition internationale des Arts et Techniques dans la Vie moderne de Paris comme point d’appui / corpus documentaire tout au long du chapitre. Les élèves effectuent des travaux personnels de relevé d’informations, d’analyse d’œuvres et de synthèse. Ces travaux personnels croisent histoire des arts, histoire culturelle, politique et géopolitique pour mettre en exergue les traits communs des régimes totalitaires et les spécificités de chacun. Ces régimes politiques d’un nouveau type, fondés sur des idéologies partagent un certain nombre de pratiques visant à embrigader et contrôler leurs sociétés.

Par Yann Simon, professeur au lycée Voltaire (XIe arrondissement) et professeur relais au musée de la Libération de Paris-Musée du général Leclerc-Musée Jean Moulin.

Objectifs

Place dans les programmes

Thème 1 – Fragilités des démocraties, totalitarismes et Seconde Guerre mondiale (1929-1945) (13-15 heures)

Chapitre 2. Les régimes totalitaires.

Objectifs de contenu

Mettre l’événement en perspective

Le texte du nouveau programme insiste sur « l’organisation chronologique » de celui-ci. L’étude proposée permet de faire le lien entre le chapitre 1 (l’exposition est organisée à la fin du premier gouvernement de Front Populaire dans un contexte politique tendu), le chapitre 2 consacré aux régimes totalitaires et le chapitre 3 sur la Seconde Guerre mondiale (l’exposition reflète le caractère belliciste de ces régimes qui conduisent le continent à un nouveau conflit). L’exposition doit donc être replacée à la fois dans le temps court de l’année 1937, et dans le temps moyen de l’entre-deux-guerres mondiales.

Développer la culture générale des élèves

L’exposition de 1937 a pour ambition de démontrer le caractère indispensable de l’union de l’art et de la technique. Son étude ouvre sur de nombreux champs de création (architecture, sculpture, peinture, graphisme, design…). Les élèves sont amenés à travailler sur un certain nombre d’œuvres en les replaçant dans leur contexte historique, politique, culturel. 

Identifier les principales caractéristiques des régimes totalitaires

L’étude des deux pavillons de l’Allemagne national-socialiste et de l’URSS se faisant face de part et d’autre du pont d’Iéna, ainsi que de celui de l’Italie fasciste situé de l’autre côté de la Seine, permet de mettre en évidence un certain nombre de caractéristiques des régimes totalitaires (idéologies, pratiques politiques).

  • Comprendre le projet totalitaire de créer un "Homme nouveau".
  • Comprendre l’usage de la propagande par les régimes totalitaires.
  • Identifier les conceptions de l’art développées par ces régimes (art officiel/néo-classicisme/art dégénéré / réalisme socialiste).

Comprendre les bouleversements de l’ordre européen à la fin des années 30

L’exposition de 1937, davantage que les précédentes, offre un éclairage sur les rapports de force entre pays européens, sur l’état des relations internationales et finalement sur la géopolitique du continent. Elle permet de mieux comprendre quelles sont les conséquences de l’avènement des régimes totalitaires sur l’ordre européen.

  • Montrer l'essor des régimes autoritaires en Europe durant les années 30
  • Comprendre l’antagonisme idéologique et géopolitique entre l’Allemagne national socialiste et l’URSS.
  • Montrer comment les régimes totalitaires interviennent dans la guerre civile espagnole (Point de passage et d’ouverture)
  • Comprendred le pacifisme des démocraties européennes et leur choix de la non intervention.

 

Objectifs de capacité et de méthode

S’approprier la démarche historique

Les élèves suivent les différentes étapes de la démarche historique : appréhender un corpus de sources/les décrire, prélever des informations, les analyser / les replacer dans un contexte historique pour exercer un regard critique/réaliser un travail de synthèse.

Procéder à l’analyse critique d’une œuvre d’art

Les élèves se confrontent à des œuvres d’art (sculptures, peintures, films documentaires et de fiction) et comprennent de quelles manières celles-ci sont mises au service d’un régime politique pour véhiculer son idéologie ou bien le justifier, voire le glorifier. Cet exercice les amène à développer leur esprit critique. Cela nécessite une étude rigoureuse des images fixes comme des images animées, avec l’emploi d’un vocabulaire propre à l’histoire des arts. Le travail sur le pavillon de la république espagnole invite à réfléchir à la manière dont une œuvre peut s’inscrire dans un engagement politique en alertant les consciences et les opinions.

  • Articulation de la démarche

 expo 1937-demarche

Description

Ressources utilisées

Le film utilisé en introduction pour le lancement du chapitre et repris ensuite comme fil conducteur est accessible sur internet grâce à Ciné-Archives, association qui gère le fonds audiovisuel du « Parti communiste français et du mouvement ouvrier et démocratique ». Elle gère aujourd’hui près de 1200 titres. Une fiche technique, un résumé, ainsi qu’une description détaillée des séquences facilitent le travail d’exploitation pédagogique.

Le site internet du Bureau International des Expositions offre les informations essentielles sur l’expo 1937 ainsi qu’un texte d’accompagnement et une brève histoire des expositions universelles.

Le corpus documentaire est essentiellement constitué de documents iconographiques produits dans le cadre de l’événement (affiches, cartes postales, extraits du livre d’or, photographies officielles ou bien prises par des visiteurs), ainsi que d’extraits d’œuvres cinématographiques projetées dans les différents pavillons.

Description détaillée de la démarche

L’exposition internationale des Arts et Techniques de 1937 constitue le fil conducteur ou point d’appui de l’ensemble du chapitre consacré aux régimes totalitaires. La démarche se décompose en quatre moments :

  • L’introduction du chapitre
  • L’étude des sculptures ornant les pavillons des régimes totalitaires pour comprendre leur projet commun de créer un Homme nouveau (idéologie).
  • L’étude d’œuvres présentées à l’intérieur des trois pavillons (peinture, film de fiction, film documentaire) pour comprendre leur usage de la propagande (pratiques politiques).
  • L’étude de l’exposition comme reflet des bouleversements de l’ordre européen (nouvelle géopolitique des totalitarismes).

Les trois études peuvent être intégrées à un plan en trois grandes parties.

Etude des sculptures ornant les pavillons des régimes totalitaires : expressions du projet totalitaire de créer un Homme nouveau.

Première partie consacrée aux fondements idéologiques de ces régimes.

Etude d’œuvres présentées à l’intérieur des trois pavillons pour comprendre leur usage de la propagande.

Deuxième partie consacrée aux pratiques communes de ces régimes.

Etude de l’exposition comme reflet des bouleversements de l’ordre européen.

Troisième partie consacrée aux conséquences de leurs politiques sur l’ordre européen.

La fiche ci-dessous présente l’exposition parisienne de 1937 ainsi que les pavillons allemand et soviétique qui ont particulièrement retenu l’attention des visiteurs et commentateurs de l’époque. Le pavillon italien, moins documenté et moins exploitable pédagogiquement, n’est pas présenté de manière spécifique.

1er moment : Lancement du chapitre à partir d’un film documentaire consacré à l’exposition des Arts et Techniques de 1937

Expo 1937-urss

Ce documentaire, accessible sur internet, est issu du fonds audiovisuel du parti communiste français, géré par l’association Ciné-archives. Comme indiqué dans le texte qui l’accompagne, le film se veut-être une présentation « touristique et idéologique » de l’exposition parisienne de 1937.

Le professeur présente le film en insistant sur cette dimension idéologique et propagandiste (il s’agit d’appuyer le discours constitué par le pavillon soviétique). Les élèves le visionnent jusqu’à la 9e minute (il y a à 8’35 un plan sur la peinture d’Alexandre Deïneka étudiée au cours du chapitre. Il est conseillé de couper à ce moment). Son exploitation se fait sous la forme d’un cours dialogué. Un tableau, téléchargeable ci-dessous dans une version complétée, peut être distribué afin de guider la prise de notes. Il s’agit de relever rapidement les informations principales et non pas de mener une analyse approfondie du film. Celui-ci sera réutilisé au cours du chapitre.

Quelques points doivent être relevés à l’issue de ce lancement 

  • Les pavillons présentés lors de l’exposition parisienne de 1937 conduisent à distinguer les régimes de l’Allemagne national-socialiste, de l’Italie fasciste et de l’URSS communiste des nombreux autres régimes autoritaires mentionnés dans le film.
  • (Le terme de totalitaire n’est évidemment pas employé dans le documentaire. Son objet est d’opposer les régimes soviétique et national socialiste et non de les rassembler dans une même catégorie. De plus, si le pouvoir fasciste en Italie a déjà employé l’expression, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que le terme s’impose progressivement, dans un contexte de Guerre froide).
  • Ces pavillons possèdent une dimension idéologique forte (particulièrement prégnante dans le film à propos du régime soviétique).
  • Ces régimes, l’Allemagne national-socialiste et l’URSS communiste en particulier, sont antagonistes.
  • La stabilité et la paix sur le continent européen apparaissent menacées : guerre civile en Espagne, revendications territoriales allemandes.

Formulation de la problématique. Quelles sont les caractéristiques des régimes totalitaires et leur influence sur l’ordre politique européen.

2e moment : Etude des sculptures ornant les trois pavillons : expressions du projet totalitaire de créer un Homme nouveau.

La fiche et le diaporama ci-dessous sont une aide à l’analyse de trois sculptures ornant chacun des trois pavillons :

  • Camaraderie et Famille, deux groupes sculptés de Joseph Thorak. Pavillon allemand.
  • L’Ouvrier et la Kolkhozienne, sculpture de Véra Mounikha. Pavillon soviétique.
  • Le génie du fascisme de Giorgio Gori. Pavillon italien.

 

Le diaporama est déposé sur l’espace numérique de travail de la classe. Les élèves ont effectué à la maison un travail préparatoire de description des œuvres et de recherche d’informations. Les trois premières lignes du tableau (voir fiche élève ci-dessous) sont complétées en amont de la séance. La dernière ligne consacrée aux idées ou sentiments que ces œuvres cherchent à transmettre est complétée en classe lors d’une phase dialoguée.

L’analyse vise à montrer que ces sculptures ont en commun d’exprimer le projet totalitaire de créer un Homme nouveau. Mais si ces régimes partagent un même projet de transformation, la nature de cet Homme nouveau diffère nettement. L’Homme national socialiste se définit pas des critères raciaux, l’Homme soviétique par son appartenance à un prolétariat en révolution, l’Homme fasciste enfin, par sa capacité à renouer avec la grandeur et l’énergie de la Rome antique.

Point de passage et d’ouverture. La dimension "raciale" du projet de transformation nazi permet d’aborder la question de son antisémitisme et d’ouvrir sur le point de passage et d’ouverture consacré au « 9-10 novembre 1938 : la nuit de Cristal ».

L’exercice de synthèse proposé au bas de la fiche élève peut être effectué en classe en autonomie ou bien à la maison. Il peut être intégré à la trace écrite du chapitre.

3e moment : Etude d’œuvres présentées à l’intérieur des trois pavillons pour comprendre leur usage de la propagande.

La fiche et le diaporama ci-dessous sont une aide à l’analyse de trois œuvres de natures différentes présentées dans les trois pavillons des régimes totalitaires :

Les Stakhanovistes. Peinture d’Alexandre Deïneka, 1937. Pavillon soviétique.

Scipion l’Africain. Film de fiction de Carmine Gallone, 1937. Pavillon italien.

Le Triomphe de la volonté. Film documentaire de Léni Riefenstahl, 1935. Pavillon allemand.

La peinture d’Alexandre Deïneka était exposée dans le pavillon soviétique, les films de Gallone et Riefenstahl étaient projetés dans des salles de cinéma attenantes aux pavillons italien et allemand. Si toutes les nations présentes à l’exposition de 1937 cherchent à mettre en avant leur maîtrise technologique, les réalisations de leur industrie ou la richesse de leur patrimoine, les régimes totalitaires vont au-delà. Certaines des œuvres exposées ressortent de la propagande, une pratique commune à ces régimes. L’étude de ces trois œuvres vise à en comprendre à la fois les mécanismes et les finalités. Elle demande aux élèves d’exercer un regard critique dans un exercice d’analyse d’images, qu’elles soient fixes ou animées.

Les Stakhanovistes d’Alexandre Deïneka est analysé en classe lors d’une phase dialoguée. Concernant les deux films, la fiche-élèves ci-dessous propose deux exercices d’analyse d’images. Relativement chronophages, il est préférable qu’ils soient effectués au CDI ou bien à la maison en amont de la séance. La fiche est transmise aux élèves sous la forme d’un document numérique. Le professeur peut choisir de donner chaque exercice à une moitié de classe. Le premier, sur Scipion l’Africain, consiste à mettre en relation trois scènes avec des textes de théorie fasciste, des articles de presse. Il amène les élèves à comprendre que le film est à la fois une exposition de la philosophie fasciste du pouvoir et de la guerre, une justification de la politique impérialiste du pays et une mise en image de la pratique mussolinienne du pouvoir (Scipion s’adresse à ses troupes de la même manière que Mussolini harangue les foules place de Venise à Rome). Le second exercice, consacré au Triomphe de la volonté, consiste en une analyse des six premières minutes du film. Quatre idées ou intentions quant à ce que le documentaire souhaite faire passer sont données aux élèves. Ils doivent choisir une image qui participe à véhiculer chacune d’entre-elles et justifier leur choix

La reprise se fait lors d’une phase dialoguée. La synthèse du travail effectué sur les trois œuvres est conduite par le professeur lors d’une phase magistrale. Elle est intégrée à la trace écrite consacrée aux pratiques politiques communes des régimes totalitaires.

4e moment : Étude de l’exposition comme reflet des bouleversements de l’ordre européen

Expo 1937-Pavillons soviétiques et allemands de l'exposition de 1937 © Getty  ullstein bild

Ce dernier moment consiste en une analyse de photographies, affiches et dessins de presse, ainsi que du film documentaire déjà utilisé en introduction de chapitre.

L’analyse de ce corpus documentaire se fait sous la forme d’un cours dialogué avec prise de notes des élèves. Il s’agit de comprendre de quelle manière l’exposition de 1937 reflète les principaux bouleversements géopolitiques en cours sur le continent européen.

Affrontement entre régimes totalitaires.

Relatif effacement des démocraties : effacement numérique (les pavillons représentant des régimes démocratiques européens sont peu nombreux), symbolique (ces pavillons sont nettement moins démonstratifs).

Point de passage et d’ouverture. Le pavillon de la république espagnol permet d’aborder le PPO consacré aux « interventions étrangères dans la guerre civile espagnole : géopolitique des totalitarismes ». C’est un pavillon de combat, conçu pour alerter l’opinion publique des démocraties et faire bouger leurs gouvernements sur la question de l’intervention. Les œuvres présentées, à commencer par le Guernica de Picasso, participent de ce combat qui se heurte au pacifisme et au positionnement non interventionniste des démocraties, lisible dans la tour de la Paix française ainsi que dans les affiches et cartes éditées pour l’événement.

Un exercice de synthèse en réponse à la question suivante est demandé aux élèves : « En quoi l’exposition des Arts et Techniques de 1937 est-elle le reflet du bouleversement de l’ordre européen ? ». Cette synthèse, qu’elle soit rédigée en classe en autonomie, ou bien à la maison, est intégrée à la trace écrite de la leçon.

Evaluation possible : L’étude de l’exposition parisienne de 1937 peut nourrir la rédaction d’une réponse à une question problématisée ou bien donner lieu à une analyse de document.

Pour l’exercice de question problématisée, les élèves peuvent avoir pour consigne de mobiliser des exemples liés à l’exposition. L’objectif est qu’ils comprennent combien leur travail peut être valorisé en s’appuyant sur des exemples originaux, des analyses approfondies, ressortant de l’histoire des arts.

Sitographie-bibliographie

Site internet

  • Un site dédié aux expositions universelles ou internationales organisées en France. Un dossier sur l’exposition 1937, avec un approfondissement sur l’Ouvrier et la Kolkhozienne de Véra Mounikha.
  • L’émission La Marche de l’Histoire du lundi 22 mai 2017 à réécouter : « L’exposition universelle de 1937, une exposition électrique ». 27 minutes.
  • Enregistrement d’une rencontre pédagogique organisée dans le cadre des Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2019 sur le thème suivant : le cinéma italien, un miroir du fascisme : entre propagande et dénonciation. D’après les films Scipion l’Africain et Une journée particulière.

Ouvrages

  • Jean-Pierre Azéma, François Bédarida, 1938-1948. Les années de tourmente, de Munich à Prague, Flammarion, 1995.
  • Bernard Bruneteau, Les totalitarismes, éditions Armand Colin, collection U, 2014.
  • Johann Chapoutot, Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945), éditions Presses Universitaires de France, col. Quadrige, 2013.
  • Christiane Demeulenaere-Douyère, Liliane Hilaire-Pérez. Ouvrage collectif. Les expositions universelles. Les identités au défi de la modernité. Presses Universitaires de Rennes.

Pour aller plus loin :

Enregistrement d’une rencontre pédagogique organisée dans le cadre des Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2019 sur le thème suivant : le cinéma italien, un miroir du fascisme : entre propagande et dénonciation. D’après les films Scipion l’Africain et Une journée particulière.