Une petite histoire du cinéma grec

Stella

Des "films en fustanelle" des années 1910 à Xenia (2014) de Pános H. Koútras, en passant par le Nouveau Cinéma Grec, retrouvez  la conférence passionnante qu'a faite en ligne , pendant presque deux heures, Stratis Vouyoucas, dans le cadre de la SAFHAC, devant plus de 150 spectatrices et spectateurs connectés.

Une petite histoire du cinéma grec, d’hier à aujourd’hui

par Stratis VOUYOUCAS

Vendredi 20 novembre 2020, de 18h à 19h30 et plus, en visioconférence

Annonce initiale 

Listes des films évoqués et/ou convoqués

 

On peut considérer que le premier film est celui que firent en 1906 les frères Manakias, venant des Balkans, qui filment leur grand-mère en train de filer (Les Fileuses). Beaucoup de films furent détruits pendant la seconde mondiale, pour faire des peignes et éviter une épidémie de typhus.

Le premier long-métrage grec est Golfo (1914) de Kostas Bahatoris adapté d’une pièce de théâtre populaire. Ce film lance une longue tradition de ce que l’on a appelé des « films en fustanelle », la fustanelle étant la jupe plissée traditionnelle de certaines régions des Balkans et portée notamment par les evzones (soldats de l’armée grecque et actuellement membres de la garde présidentielle). Ce sont des sortes de westerns grecs, de piètre qualité.

Le premier film de cette période conservé dans son intégralité est un film burlesque, qui se passe à Athènes, Les Aventures de Vilar (1926) de Joseph Hepp.

Le cinéma grec est souvent très urbain et il faudra des cinéastes étrangers pour aller capter la puissance des paysages grecs.

Les années 30 correspondent à une période politiquement très troublée. Deux films sont à retenir.
Daphnis et Chloé (1931) d’Orestis Laskos, premier film européen dans lequel on voit des corps nus. C’est l’adaptation d’une oeuvre littéraire antique, genre qui va traverser tout le cinéma grec.
Le second est Corruption sociale (1932) de Stélios Tatassópoulos, considéré comme le premier film grec engagé politiquement (un étudiant dans la misère abandonne sers études, devient comédien, puis employer dans une manufacture de tabac, crée un syndicat, etc.)


A 18h20 : 155 spectatrices et spectateurs connectés

De la fin de ces années 30 (précisément 1939) jusqu’à la fin des années 70, un producteur l’emporte : Filopímin Finos et sa société de production cinématographique Finos Film, avec beaucoup de films populaires et un cinéma globalement commercial, exemple assez rare en Europe. Pour donner un ordre d’idées : en 1967, 117 films sont tournés et font 137 millions
d’entrée, ce qui équivaut à peu près à 15 billets vendus par habitant.

Deux genres émergent très largement : la comédie et le mélodrame, avec des motifs récurrents en commun.
Dans le tout-venant du cinéma grec des années 50, est à relever un aspect important et fondateur dans la culture grecque qui est la façon dont est filmée la réalité et en particulier la réalité sociale de la ville d’Athènes de cette époque. On pourrait parler d’une sorte de néoréalisme et de qualité documentaire avec lesquelles on filme ce qui aura disparu dans la décennie suivante et dont les Grecs sont assez nostalgiques.

Vont émerger trois auteurs principaux.
Giorgos Tzavellas,
qui a toujours souhaité être un cinéaste populaire, avec un réel souci de la qualité et le sens de la mise en scène. Ses films remarquables : L’Agnès du port (1952), L’Ivrogne (1950) et surtout La fausse livre d’or (1955), films à sketchs, qui présentée la société grecque diverse et complexe.
Nikos Koundouros,
cinéaste très politique qui aborde des problématiques sociales et l’où l’on perçoit nettement l’influence du néoréalisme italien et du film noir. Il travaille sur la lumière et les jeux de contraste noir et blanc. L’on peut citer L’Ogre d’Athènes (1956), dont le protagoniste est un petit employé de banque insignifiant, sosie d’un criminel et pris pour un des leurs par des gangsters, etc.
Stella dernière séquence Michael Cacoyannis, avec Stella (1955)
et cette façon de faire du néoréalisme à la grecque, en montrant le quotidien d’une femme libre, en mêlant réalisme documentaire et mélodrame (mais traité à la manière de la tragédie). Le personnage est incarné par Melina Mercouri, qui sera l’image de la Grèce à l’étranger. L’autre élément fondamental du film est le recours à la musique populaire de Manos Hadjidakis, qui est le premier à réhabiliter le rebetiko avec les instruments emblématiques que sont le bouzouki et le baglama. C’est une musique alors très mal vue, car liée aux bas-fonds de la société, comparable au blues américain associé à la prison, la drogue et à l’amour malheureux. A partir de là, presque pas de film grec sans une scène de cabaret, de taverne où l’on n’entende une chanson et l’on pourrait aller jusqu’à dire que certains films sont des prétextes à la musique.


A 18h50 : 159 spectatrices et spectateurs connectés


Stella montre très bien comment les personnages appartiennent à l’environnement, avec beaucoup de plans larges qui les intègrent dans l’espace. Cacoyannis filme las quartiers paupérisés d’Athènes.

A la fin du film un choeur à façon du choeur antique encercle les héros et le réalisateur va ensuite adapter des tragédies : Electre (1962), Les Troyennes (1971), Iphigénie (1977).
Au début des années 60, l’évolution est évidente. La capitale est en train de changer et entre dans une modernisation effrénée. Beaucoup de films se tournent alors en studio pour les intérieurs et intègrent que la Grèce est un pays touristique.
Fleurit la comédie musicale grecque avec une grande star, Aliki Vouyoukláki, une (fausse) blonde, qui aura aussi une grande carrière au théâtre.
Autre vedette de l’époque, Thanássis Véngos, grand acteur comique, Bourvil grec, toujours gentil et, toujours en train de courir, ce qui est l’incarnation du peuple grec !
A la fin des années 60 et dans les années 70, le cinéma populaire va disparaître, la production baisse beaucoup aussi, car grande rupture en 1967, avec le coup d’Etat militaire, la dictature des colonels et l’exil pour beaucoup d’artistes. C’est aussi l’entrée de la télévision dans tous les foyers, car on peut la contrôler. Planque et camouflage de Nikos Perakis (1984) raconte cela.
Paradoxalement va naître l’un des courants les plus importants, le Nouveau Cinéma Grec, sorte de nouvelle vague, cinéma d’auteurs donc. La plupart de ces derniers ont étudié à l’étranger.


A 19h10 : 156 spectatrices et spectateurs connectés


C’est une période d’intense créativité avec des films contestataires et subversifs, qui vont aller se tourner en province, en autoproduction ou grâce au mécénat. Les trois auteurs représentatifs de ce « nouveau cinéma » :
Alexis Damianos
Il ne tourne que trois films, dont Jusqu’au bateau (1966) et surtout son chef-d’oeuvre Evdokia (1971), du prénom de son héroïne, avec des acteurs non professionnels, qui incarne l’émotion, la fulgurance du coup de foudre et dont le style est à la fois primitif et très sophistiqué (cf. la séquence de la balançoire au-dessus du vide).
Théo Angelopoulos
A l’étranger, il a éclipsé les autres, malheureusement pourrait-on dire, même s’il n’en demeure pas moins un très grand cinéaste, un cinéaste épique, connu pour son usage du plan/séquence.
Un de ses films emblématiques est Le Voyage des comédiens (1975), qui narre, sur la durée (quatre heures), d’une façon non chronologique, entre 1936 et 1952 (dictature de Metaxas, Guerre puis Guerre Civile), le cheminement de cette troupe qui est comme la traversée de la tragédie de l’Histoire. La famille de ces comédiens n’est en effet pas sans rappeler celle des Atrides et finit aussi par s’entretuer.
Nikos Panayotopoulos
Le cinéaste le plus cinéphile et autoréflexif de cette vague, qui interroge le réel et semble conclure que la réalité n’existe pas.
Dans Les Fainéants de la vallée fertile (1978), adapté du roman éponyme de l’Egyptien Albert Cossery, il met en scène un père de famille, veuf qui garde ses enfants enfermés pour une vie censée être une libération mais est en fait terrifiante.


A 19h35 : 151 spectatrices et spectateurs connectés


Les années 80/90 constituent une période de reflux, ponctuée de quelques bons films :
- Tendre gang (1983) (Sweet Bunch) de Nikos Nikolaïdis,
dont le titre fait écho à La Horde sauvage de Sam Peckinpah, reprend le thème de l’enfermement, avec un sens développé de la scénographie avec un groupe de héros à la fois amoraux et sentimentaux.
- Ceux d’en face (1981) de Giorgos Panousopoulos
- Rebetiko (1983) de Costas Férris

Avec l’arrivée du numérique et la vidéo, l’on assiste à un renouveau dans les années 2000 et l’on peut notamment citer :
Garçons d’Athènes (1998) de Constantinos Giannaris, L’Attaque de la moussaka géante (2000) et Xenia de Panos H. Koutras, Polaroid (2000) d’Angelos Frantzis (dans lequel joue Stratis Vouyoucas).
Avec la crise des années 2008, de nouveau on trouve des cinéastes qui ont étudié et vécu à l’étranger. Le plus connu d’entre eux est Yorgos Lanthimos et son film Canine (2009), primé à Cannes, cinéaste qui fait appel à l’allégorie et reprend aussi le motif de l’enfermement.
En 2010, Athina Rachel Tsangari, dans Attenberg, primé à la Mostra de Venise, aborde la mort d’un père de façon très stylisée, froide mais qui produit une émotion intense. Panos H. Koutras reprend en charge la tradition mélodramatique du cinéma grec en la modernisant, notamment avec Strella (2009) dont le titre (mot valise entre Stella et tréla qui veut dire folie) est une allusion explicite au film de Cacoyannis.


A 19h52, fin de la conférence : 141 spectatrices et spectateurs connectés
et beaucoup de vifs remerciements écrits et oraux.

« J’ai beaucoup apprécié la rétrospective du cinéma grec que je viens d’entendre et je félicite l’intervenant pour la clarté et la richesse de son propos. »

« J’ai beaucoup apprécié cette conférence sur le cinéma grec que j’ai pu suivre sans problème technique (conférence et extraits de films). J’espère que nous aurons encore l’occasion d’une telle  expérience. »

« Je veux vous remercier, ainsi que les autres organisateurs, pour cette belle conférence de Stratis Vouyoucas. Il a donné beaucoup de points de vue personnels nouveaux sur ce thème. C'est vraiment généreux de votre part d'avoir largement partagé cette programmation. »