RDV du Lab : "Faire classe dehors à Paris" #1

ma classe dehors

Les "rendez-vous du lab Bien-être" ont ouvert leur programmation 2020/2021 par l'inauguration d'un groupe d'échanges et de développement autour de la thématique : "Faire classe dehors... à Paris" le 15 décembre dernier. Enseignants du premier et second degré, conseillers pédagogiques, médiateurs auprès d'élèves en situation de décrochage, partenaires associatifs, ont partagé leurs pratiques et réflexions à partir du témoignage inspirant d'Alexandre Ribeaud, enseignant en maternelle (Paris 19e). Corinne Mazel, ancienne conseillère pédagogique EPS, nous en propose une synthèse.

Très répandue dans d'autres pays, la classe dehors se développe en France, notamment dans les Deux Sèvres, sous l'impulsion de Crystèle Ferjou, conseillère pédagogique. Les avantages de cette approche ne sont plus à démontrer pourtant les contraintes spécifiques aux grandes villes (sanitaires et sécuritaires), et en particulier à Paris, peuvent freiner les initiatives sur le terrain.
Des alternatives et des propositions existent. La naissance de ce groupe d'échanges et de développement professionnel en témoigne. 

Diversité et complémentarité des approches, de la maternelle au lycée

Alexandre Ribeaud, enseignant en petite et moyenne sections à l'école maternelle Bollaert (REP) dans le 19e, pratique la classe dehors depuis septembre 2019, à raison d'une demi-journée par semaine, dans un espace de "forêt", la moins domestiquée possible, au Parc de la Villette ou dans le square jouxtant l’école lorsque la situation sanitaire empêche de prendre les transports en commun.

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Alexandre Ribeaud et sa classe de petite et moyenne sections : classe en forêt au Parc de la villette tous les jeudi matins, par tous les temps... 

Emile Le Menn, enseignant en cycle 3 à l'école polyvalente Claude Bernard (REP) dans le 19e, privilégie des sortie à la journée tous les 15 jours permettant à ses élèves de vivre une expérience régulière auprès d'animaux d’un élevage urbain (troupeau de moutons) et de s'initier à l'agriculture urbaine avec l'association Clinamen dans le Parc Georges Valbon à La Courneuve.
Morgane Renard et Mathieu Hamant, médiateurs du dispositif ARPE, invitent les élèves poly-exclus de 4ème et de 3ème qu'ils accompagnent à investir l’espace extérieur urbain, dans le cadre d’une approche de médiation culturelle.
Thérèse de Paulis, enseignante en lettres-histoire en section professionnelle au lycée Truffaut-Weil (3e), propose régulièrement à ses élèves de préparer et réaliser des contrôles dans différents espaces extérieurs choisis ensemble (parc de la Villette, jardin du Luxembourg, ...).
Nadine Lahoud, fondatrice de l'association Veni verdi, présente son activité de création de jardins et de fermes pédagogiques en milieu urbain et notamment au sein d'écoles et de collèges parisiens (collèges Henri Matisse, Guy Flavien, Pierre Mendès France, Flora Tristan, Pailleron...).

Lors de cette première session, la plupart des participants ont évoqué les effets bénéfiques de la démarche en termes de réduction du stress et d’augmentation de confiance en soi des élèves et donc de l’augmentation du bien-être des élèves et… des enseignants !

Contact avec la nature, temporalité et régularité

Bien qu’il n’y ait pas de définition homologuée de la « classe dehors », cette pratique implique généralement d'emmener les élèves dans un « coin de nature » de façon régulière et pour une durée assez longue : au moins une demi-journée. Le jeu libre, la (re)connexion à la nature sont à la base des apprentissages.
La démarche d’Alexandre Ribeaud, qui se rend régulièrement dans un coin de nature, répond à cette ébauche de définition. Celle d’Emile Le Menn, s’appuyant sur la médiation animale, s’en approche également. Elles ont toutes deux à voir avec une reconnexion avec la nature. C’est aussi le cas des actions menées par l’association Veni Verdi.

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Association Clinamen : médiation animale

Le travail réalisé avec les élèves du secondaire, ouvre, lui, sur d’autres perspectives qui mettent davantage en jeu les interactions sociales et l’espace urbain. Mais ceux-ci ne sont pas absents des pratiques mises en œuvre en primaire, ne serait-ce que par le trajet nécessaire pour se rendre dans le coin nature du Parc de La Villette ou à La Courneuve. 

veni verdi Pierre Mendes FranceVeni Verdi : ferme urbaine au collège P. Mendès France

Les enseignants du primaire ont évoqué la temporalité des séances menées dehors, la nécessité d’une durée suffisante pour que les élèves, surtout les plus jeunes, s’approprient l’espace, et de la régularité : demi-journée hebdomadaire pour les élèves de maternelle, une journée tous les 15 jours pour ceux d’élémentaire.

Le respect du rythme de l’enfant, la possibilité de prendre le temps de les observer sont des aspects fondamentaux.

(Re)connection à la nature... mais pas seulement

La notion de plaisir du dehors a été également évoquée et l’originalité de la démarche de Thérèse de Paulis mérite ici d’être soulignée. On peut dire qu’elle fait se rejoindre deux extrêmes : ce plaisir du dehors et le déplaisir que génère l’épreuve des contrôles. Comme s’il s’agissait de rétablir un équilibre. Dans ce cas, la classe dehors fait baisser le stress et renforce la confiance en soi des élèves.

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Contrôle pour les élèves de T. de Paulis au Parc de la Villette 

D’autres compétences psychosociales sont aussi consolidées par les activités en extérieur : autonomie, coopération, gestion des émotions, créativité… La liberté laissée aux élèves lors de ces séance en augmente encore le plaisir. « Les enfants sont surpris de la liberté qu'on leur donne », témoigne Alexandre Ribeaud.
Morgane Renard et Mathieu Hamant, médiateurs du dispositif ARPE, ont insisté sur l'intérêt de ces sorties  urbaines et culturelles exploratoires hors des classes… pour mieux y retourner. L'importance des aller-retours dehors-dedans est aussi soulignée par les enseignants du primaire concernant les apprentissages abordés en classe, la construction de savoirs à partir de l’expérience vécue.                 

Les domaines concernés sont nombreux et les enseignants doivent faire des choix en fonction des programmes. Focus sur le langage et le jeu libre pour Alexandre Ribeaud ; langage aussi, sciences et géographie pour Emile Le Menn. Comme le dit Alexandre Ribeaud : « la classe dehors fait partie de la classe », ce que confirme Thérèse de Paulis en évaluant dehors des connaissances acquises dedans.
Ce sont aussi les programmes qui guident le choix des parcours décidés dans le cadre du dispositif ARPE. Morgane Renard et Mathieu Hamant ont mis l’accent sur l’horizontalité des rapports jeunes/adultes favorisées par les modalités des sorties.
Cette question de la posture de l’enseignant, de son changement, de sa construction, a été plusieurs fois évoquée. L’évolution, dehors, du comportement des élèves, de leur concentration, leur appétence pour les apprentissages, changent le regard porté sur l’élève par les adultes, enseignants, ASEM, médiateurs.
Bien d’autres points ont été évoqués, tels l’enrôlement des collègues dans la démarche, le fait d’apprendre en même temps que les élèves, de prendre le risque de se lancer, …
Et, omniprésents, comme en filigrane, le corps, l’expérience corporelle, le mouvement. Cela nous amène à nous questionner sur les liens qui existent entre corps et apprentissages à partir du moment où le corps n’est plus contraint à l’immobilité…

Il est donc clair que « Faire classe dehors à Paris » dépasse de loin la notion de bien-être. L’enseignement dehors demande aux enseignants une réflexion préalable pour transposer, adapter le temps et le travail scolaire mais aussi pour accueillir la part d’inconnu lié à la pratique en extérieur. Il implique une modification du lien social par l’intervention de possibles partenaires, par le regard porté par le social sur une école sans murs, et par celui, renouvelé, que porte l’enseignant sur ses élèves et son propre travail.

Deux nouvelles rencontres sont programmées en 2021 pour poursuivre les échanges :  le 11 mars à 17h30 où nous aurons le plaisir d'accueillir Crystèle Ferjou et Moïna Fauchier-Delavigne (en distanciel), et le 18 mai où nous accueillerons Aurélie Zwang (en extérieur, nous l'espérons, pour cette dernière rencontre).

 

Retrouver ci-dessous les liens et ressources partagés :

Apprenons dehors. Propositions du groupe départemental Classe dehors 79
Il était un jardin
, film documentaire suivant la pratique de la classe dehors par Crystèle Ferjou dans la petite section maternelle de Pompaire (79), réalisé par Pierre-Yves Le Du (IFFCAM, 2013)
L’école du dehors, un film d’Erik Fretel (démarche expérimentale « Eduquer et enseigner dehors »)
Réseau Ecole et nature : collectif à l’initiative d’une démarche de recherche-action participative nationale « Grandir avec la nature »    
Textes officiels BO 29/08/2019 : Transition écologique – nouvelle phase de généralisation de l’éducation au développement durable EDD 2030 : AXE 1 : Faire de chaque école et établissement un lieu ouvert à des activités liées à la biodiversité.
Archiclasse, Enseigner dehors
Archiclasse, Manuel de l’école du dehors
Du côté de Strasbourg : Guide "Grandir dehors"
Inspiration du coté de Poitiers : http://blogs16.ac-poitiers.fr/sciences/category/classe-dehors/
Cinq bonnes raisons pour favoriser un enseignement à l’extérieur
Apprendre dans et par la nature - aussi à l'ère du confinement
Enseigner dehors – Outdoor learning, atelier Canopé
L’AGEEM (Association Générale des Enseignants des Ecoles Maternelles publiques) : congrès national octobre 2020 :  « Imagin’air d’école…L’imaginaire décolle !
ICEM, A l’origine, la « classe-promenade »
ICEM, Histoire d’une pratique éducative : la classe-promenade
Reverdy Catherine (2020). Écouter les élèves dans les différents espaces scolairesDossier de veille de l'IFÉ, n° 136, décembre. Lyon : ENS de Lyon.
Fauchier-Delavigne Moïna, Ferjou Crystèle (2020), Emmenez les enfants dehors ! Comment la nature est essentielle au développement de l'enfant, Robert Laffont.
Fauchier-Delavigne Moïna, Chéreau Matthieu (2019), L'enfant dans la nature, Fayard.
Tedeschi Monique (2018), La pédagogie Steiner Waldorf à la maison, La Plage.
Wauquiez Sarah  (2018), L’école à ciel ouvert, Editions de la Salamandre.
Beiger François (2016), L’enfant et la médiation animale, Dunod.
Knight Sara (2013), Forest school and the outdoor learning in the early years, Sage Editions.
Formation à l'école forestière inspirée
Dossier de presse : "Les quartiers fertiles", 7 décembre 2020
L'enfant dans la nature, ressources
"Les bienfaits de la nature sur nos cerveaux", France Inter, La tête au carré, 24/04/19
"Nous, les Européens". Sortez les enfants, reportage France 3, 22/11/2020 (transmis par Christelle Hugron, professeur des écoles).
L'ecole dehors c'est aussi dans le supérieur!
Clinamen, association paysanne : expérimentation de gestion des prairies avec le troupeau en pâturage en parcours, potager vivrier et conservatoire de graines.
Veni Verdi : reportage France 24 : À Paris, mon collège est un potager

Photos : DR

Retrouvez ci-dessous les échanges de ce premier RDV du  Lab Bien-être "Faire classe dehors à Paris" en vidéo