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Jouer pour apprendre – apprendre en jouant

Les projets de programme 2014

Le jeu dans les projets de programme

Le jeu occupe une place de manière tout à fait officielle dans les projets de programmes 2014, au paragraphe 3.1. qui s’intitule Apprendre en jouant . Dans le texte, des arguments en faveur du jeu sont développés : il favorise la richesse des expériences vécues des enfants et  alimente tous les domaines d’apprentissages. Il permet l’exercice de l’autonomie, l’action sur le réel, l’élaboration de fictions, le développement de l’imaginaire, la communication avec les autres. Il permet aux enfants de se construire au sein d’une communauté et d’y tisser des liens. Diverses formes de jeux sont citées : les jeux symboliques, les jeux d’exploration, les jeux de construction et de manipulation, les jeux collectifs et les jeux de société, les jeux fabriqués et inventé ...

Le texte précise que le rôle de l’enseignant est de donner du temps suffisant pour que s’installent des activités de jeu. Il peut observer les enfants dans leur jeu libre et autonome pour mieux les connaitre, participer à un jeu initié par des enfants pour l’encourager, le complexifier par ses interventions verbales. L’enseignant doit être capable de s’ouvrir à l’imprévu qu’introduit la situation de jeu.

jouer c'est apprendre

Dans le chapitre Développer le langage dans toutes ses dimensions, le jeu du faire-semblant est cité  comme un des moyens privilégiés pour que chaque enfant bénéficie d’un espace de parole. Ces jeux font qu’un enfant devient « autre » pour quelques instants, mime une personne qu’il connait et agit comme elle, par exemple «Je suis vendeur de fruits au marché »dans le coin marchande. Les enfants font agir et parler des personnages (jeux avec des marionnettes, des figurines, etc.). Ils peuvent s’attribuer et attribuer aux autres des statuts de personnages (jeux de rôle).

Les énoncés peuvent être tâtonnants, expérimentaux dans l’interactivité, mais extrêmement complexes. Ce sont des situations de fiction qui engagent les enfants dans du langage performatif, qui aide à faire avancer une action, une histoire. L’évocation orale de faits se déroulant dans un monde de fiction induit de nouvelles manières de se comporter et de parler. L’enseignant peut rejoindre ces jeux et y intervenir, en relançant les dialogues, en faisant évoluer les problèmes rencontrés par les personnages…..Ses interventions soutiennent les jeux et enrichissent les manières de dire.

Jouer c’est apprendre

En jouant les enfants apprennent, ils s’approprient des comportements sociaux et construisent  la relation à l’autre ; ils développent des habilités fonctionnelles en manipulant. Ils s’exercent à des  posturesanalysées selon le contexte, ilsimitent et jouent à  « faire semblant ». Les habiletés langagières, les prises de parole, le lexique, les énoncés et leur syntaxe s’appuient sur le plaisir de mettre en scène, de s’ajuster à l’autre, de résister plus facilement à la frustration d’avoir à attendre pour intervenir, et de gagner en confiance en soi.

Dans les coins de jeux les représentations propres à chacun se jouent et se rejouent, dans la confrontation des codes mis en scène par les enfants. Un travail constructif de « reliaison » du symbolique, de l'abstraction, du concret, de l'affectif est réalisé.  Ce travail silencieux, invisible et cependant indispensable  se fait à travers des activités considérées comme des forces qui poussent à agir, poussent à l'acte avec le sens aussi de la confrontation à l’autre. Ceci induit des transformations et fait de l’école maternelle un véritable creuset de citoyenneté par la connaissance concrète de l’autre dans l’expérience.  L'activité n'est plus alors une mise au travail mais une mise en travail. Chercher ce qui est bon pour soi-même et pour l'autre représente un travail nécessaire à l'ouverture aux autres et aux savoirs, comme Gaston Bache­lard en a fait la démonstration.

Le jeu : un outil pédagogique

Pour que l’activité prenne du sens, l’enfant va faire l’effort de surmonter les obstacles, les difficultés, pour trouver dans le jeu la satisfaction du dépassement de soi et le plaisir, la fierté qui peuvent en résulter. Dans le jeu avec les autres, il est confronté à d'autres sa­voirs que le sien, il va apprendre à faire avec, mais il faut que l’enseignant laisse du temps, le temps de mettre en jeu, d’imaginer, de penser, le temps du cheminement intérieur de la pensée et de la construction du lien à l’autre.

Le jeu est donc un outil pédagogique à multiples facettes : il est support de développement de l'enfant, un outil d’organisation du monde à sa hauteur qui permet l’ajustement progressif des conduites et la prise de contrôle ; il est un support vivant de langage et de prise de parole. C’est un objet transitionnel pour expérimenter, un outil de socialisation et de communication avec les autres et un outil d'apprentissage en répétant, en imitant, en s'exerçant et en assimilant le contenu des situations.

Les coins de jeux

Les coins  de jeux font partie de l’environnement éducatif de la classe de maternelle, de la PS à la GS. Ils sont présents jusqu’à la fin de l’école maternelle, mais de façon évolutive, selon l’évolution des centres d’intérêt des enfants et de leurs besoins. Ils représentent également des espaces codés dans lesquels des petits groupes d’enfants peuvent se retrouver en groupes de familiarité, avec le sentiment de pouvoir s’extraire, un moment, de la pesanteur du grand groupe.  Ils visent des apprentissages repérables et descriptibles.  Il s’agit  de lieux « pédagogisés », aménagés et organisés par l’enseignant  à des fins éducatives. Ils peuvent être installés dans le cadre d’un projet de classe avec la participation des enfants.  Ils  sont  assortis de règles de vie et de fonctionnement.

un coin jeu soigneusement aménagé

Le jeu autonome  a une dimension sociale et sémiotique,  il a sa place  dans chaque classe car il est propice à la mise en scénario d‘actions aléatoirement, puis logiquement et chronologiquement ordonnées. Il contribue au développement imaginaire et à la construction de relations avec les autres.  Les activités dans les coins de jeux ont à voir aussi avec les jeux de rôle imités d’histoires  qui fournissent, dans le jeu dramatique, des référents  communs à la classe quelle que soit la culture d’origine  des enfants et développent leur créativité. Les enseignants doivent veiller à respecter le principe d’égalité fille/garçon.

Les différents espaces jeux et les jouets sont de grandes sources de stéréotypes. Quand on feuillette un catalogue de jouets on constate à qui sont destinés les poupées, les poussettes ou les garages, les jeux de construction, etc. Comme les différents espaces  de jeux de la classe permettent de développer une multitude de compétences, il est important que chaque enfant joue dans tous les espaces. Une préférence pour l’un ou l’autre espace n’est pas un problème, mais stimuler les enfants à explorer tous les espaces est important pour leur développement global. Il est possible de privilégier des espaces plus neutres, moins stéréotypés afin d’inciter les enfants à s’exercer à jouer des situations extraites de la vie réelle, comme le coin marchande, le coin docteur…

Pour casser un peu les stéréotypes, un espace « transports » au lieu d’un espace « voiture » ou un espace « maison » avec un établi et des outils de bricolage permettent d’intéresser aussi bien les filles que les garçons.  La rotation  dans les différents espaces jeux, avec un tableau de fréquentation, est une pratique qui permet à chaque enfant de jouer et  de tester chacun des espaces. De cette manière ils découvriront  peut-être, des jeux avec lesquels ils  n’auraient même pas pensé jouer auparavant.

coins jeux

Ainsi que le précisent les nouveaux programmes, l’enseignant recourt aussi au jeu pour « didactiser » des savoirs en aiguisant la curiosité naturelle de l’enfant. Exemples :  en jouant avec la langue (jeu de mots, jeux sonores, devinettes, charades);  en utilisant, puis en construisant avec les plus grands, des jeux mathématiques ;  en recourant aux jeux de nourrices, aux comptines et jeux dansés. Cette approche constitue une part importante de la professionnalisation  des enseignants de l’école maternelle. 

Il s’agit d’offrir aux  enfants : des situations de jeu autonome dans lesquelles l’enseignant peut s’impliquer ; des situations  de recherche et d’action où une place est laissée au tâtonnement des élèves afin de pouvoir rebondir sur leurs erreurs,  mais aussi  des situations de structuration en utilisant le jeu comme modalité pour apprendre.

En notant ses observations des élèves dans les coins de jeux, l’enseignant peut prendre conscience de comportements d’affiliation, de stratégies relationnelles et de communication que développent certains enfants quand ils sont pris par et dans le jeu. Il peut ainsi mieux connaitre les capacités de ses élèves, hors contexte formel d’évaluation.

Informer les parents

Pour leur faire comprendre le sens de la scolarisation sans opposer le travail et le jeu, il faut informer les parents. Certains points, en particulier la place des coins de jeux et le temps que les enfants peuvent passer à jouer suscitent des questions. Pourquoi de tels espaces dans la classe, quelle évolution de ces espaces quand on arrive en GS et que là il faut qu’ils travaillent ? On peut trouver des arguments dans les programmes officiels (BO N°3 juin 2008) qui indiquent  dans un propos introductif la nécessité de s’appuyer sur le jeu.

 (...). L’école maternelle s’appuie sur le besoin d’agir, sur le plaisir du jeu, sur la curiosité et la propension naturelle à prendre modèle sur l’adulte et sur les autres, sur la satisfaction d’avoir dépassé des difficultés et de réussir. (...)»

expliquer aux parents

Les coins de jeux qui reproduisent des situations de la vie courante fonctionnent comme des lieux de transition entre la maison, l’environnement extérieur et l’école.  Dans le cours de la journée, ils fournissent des occasions de s’isoler un peu et se reconstruire après un moment de travail collectif. En effet,  le temps d’école est long, plus les enfants sont petits plus ils ont besoin de se replier sur une bulle de confort et de sécurité.  L’aménagement des coins s’adapte au fil des mois et des années selon l’âge des enfants, il faut expliquer aux parents les principes de progressivité.  L’enseignant observe et évalue et peut rendre compte de l’assimilation de comportements/connaissances de l’enfant en situation autonome après avoir travaillé avec lui auparavant.

Les coins de jeu fournissent un espace nécessaire qui permet de donner une certaine souplesse dans la conduite d’ateliers sur une journée de classe et d’inciter les élèves à devenir autonomes en respectant des règles collectives (le nombre d’élèves, le bruit, les rangements…). Le temps de « jeu libre » est un moment privilégié où l’enfant construit, assimile des connaissances et/ou des comportements. Il a besoin de ce temps pour intégrer des connaissances et des savoir-faire qui sont liés à la relation à l’autre et aux compétences sociales.

Tous ces jeux, libres, autonomes, guidés, encadrés, accompagnés sollicitent à la fois l’imaginaire et l’intelligence, l’affectivité et la raison et soutiennent le développement de compétences civiques et sociales chez les jeunes enfants.

publié par Eve Leleu-Galland, IEN, responsable de la Mission Académique Ecole Maternelle, conseiller du recteur pour l'école maternelle, en janvier 2015