Une matinée de réflexion et d'échange en Sorbonne pour la journée de lutte contre l'homophobie et la transphobie

mis à jour le 22/05/18

L'académie de Paris a organisé une matinée de réflexion et d'échange en Sorbonne le jeudi 17 mai dernier, dans le cadre de la journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie. La secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa et le préfet DILCRAH Frédéric Potier étaient présents.

Alors que les agressions et discriminations anti-LGBT sont encore bien trop nombreuses dans notre pays, et parce que la prévention de toutes les formes de violences et de harcèlement commence à l'école, Gilles Pécout, recteur de la région académique Ile-de-France, recteur de l'académie de Paris, chancelier des universités de Paris, a souhaité organiser le 17 mai 2018 dans le cadre de la journée de lutte contre l'homophobie et la transphobie une matinée de réflexion et d'échange pour l'ensemble de la communauté éducative : élèves, chefs d'établissements, personnels de l'encadrement, parents d'élèves.

Avec des représentants du monde associatif, sportif et médiatique, et des acteurs de la communauté scolaire et universitaire, le recteur souhaite envoyer un signal fort à destination des élèves de l'académie, et contribuer à mieux informer, prévenir et agir contre l'homophobie.

Gilles Pécout a ouvert cette matinée en faisant observer que, si la communauté éducative a su se saisir ces dernières années de ce sujet grave que constitue l'homophobie, "les actes homophobes pour autant n'ont pas disparu et l'école demeure parfois un lieu de souffrance pour les jeunes homosexuels ou les jeunes transgenres". Autour de cette lutte, il souligne trois enjeux : un enjeu d'inventaire intellectuel et de juste reconnaissance ; un enjeu de pensée critique et d'échange citoyen acceptant une nouvelle génération de questions et enfin un enjeu socio-éducatif.

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Florence Tamagne, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'université de Lille III, a abordé "l'homophobie en Europe XIXe et XXIe siècles : discours stigmatisants et répression".

Elle a expliqué que la première occurence du mot "homophobie" remontait à l'année 1971 aux Etats-Unis, alors que le terme ne fit son apparition dans le dictionnaire français qu'en 1994. Dans un éloquent condensé de l'histoire de l'homophobie, qui a recueilli toute l'attention des deux cent élèves et enseignants présents, Florence Tamagne a évoqué les périodes de politiques répressives, puis celles des discours stigmatisants en terminant sur la situation actuelle, en France caractérisée par la répression de l'homophobie.
Aujourd'hui, treize pays autorisent le mariage homosexuel dans l'Union européenne, tandis que la situation reste toutefois préoccupante dans certains autres. Aussi, des progrès sont encore à faire, alors que des violences subsistent, à l'école ou dans le sport par exemple, comme en témoigne le rapport 2018 SOS Homophobie qui fait état d'une hausse des cas d'agressions homophobes.

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Deux tables rondes pour nourrir la réflexion et libérer la parole

La première table ronde, animée par Elisabeth Chaniaud, doyenne des corps d'inspection de l'académie de Paris avait pour problématique : "Lutter contre l'homophobie dans les établissements scolaires". A cette occasion, étaient réunis Djebril Fuzeau, élève du lycée Guimard (19e) ; Anaïs Chauveau, élève de 2de bac pro du lycée professionnel Belliard (18e) et ambassadrice harcèlement ; Anne Schnabele, proviseure de la Cité scolaire Bergson et du lycée professionnel Jacquard (19e) ; Dimitri Lentulus, principal adjoint du collège Méliès (18e) et Gaëlle Perrin, représentante et bénévole de l'association SOS homophobie, qui est intervenue cette année devant 62 classes de neuf établissements scolaires parisiens.

En introduction, deux productions vidéos ont été projetées, réalisées par des élèves de l'académie dans le cadre du concours "Non au harcèlement" et portant sur l'homophobie : le clip vidéo du lycée Guimard (19e), lauréat du Coup de coeur académique 2018 et le clip vidéo du collège Debussy (5e).

Le clip vidéo du lycée Guimard (19e)

Le clip vidéo du collège Debussy (5e)

"L'homophobie est présente au sein des établissements de manière parfois violente", a notamment témoigné Anne Schnabele. "Parfois un simple rappel à la loi en expliquant que l'homophobie est tout simplement un délit suffit, parfois c'est plus compliqué." S'il n'y a pas de "solutions miracles", tous les intervenants, élèves comme chefs d'établissements sont tombés d'accord pour dire que la lutte contre l'homophobie passe d'abord par le fait d'en parler le plus souvent possible, dans toutes les sphères de la communauté éducative. Ensuite, les actions à mener peuvent recouvrir une multitude de formes. Les élèves ont pu d'ailleurs témoigné des initiatives qu'ils ont décidé de prendre dans leur lycée afin de faire bouger les mentalités (une enquête d'opinion anonymisée, des campagnes d'affichage, etc). Le rôle des lycéens ambassadeurs formés au sein de l'académie à l'égalité femmes-hommes et à la lutte contre les disriminations de genre est apparu essentiel. 

Gaëlle Perrin, bénévole de l'association SOS homophobie, a de son côté expliqué comment étaient construites les interventions de l'association dans les classes. En 2016-2017, l'association est intervenue auprès de 887 classes dans la France entière, soit devant plus de 20 000 élèves.

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Pour la deuxième table ronde, le recteur de l'académie de Paris a eu l'honneur d'accueillir Marlène Schiappa, Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé de l'Égalité entre les femmes et les hommes. Animée par Stéphane Mandard, journaliste au journal Le Monde, ancien chef du service des sports, cette table ronde a mis l'accent sur "La lutte contre l'homophobie dans les pratiques sportives, du sport scolaire au sport professionnel". Autour de Marlène Schiappa, sont intervenus Emmanuel Darocha, élève de BTS du lycée Siegfried (10e) ; Rodrigue Sultan, élève de 2de du lycée Jean-Baptiste Say (16e) ; Léa Le Moan, élève du lycée Jean-Baptiste Say (16e) ; Olivier Rouyer, ancien international de football, consultant et entraîneur ; Frédérique Vidal, directrice des sports de Paris 2018 et Sylvain Ferez, maître de conférences en sociologie à l'université de Montpellier.

"La lutte contre l'homopobie n'est pas un sujet sur lequel on peut être neutre, sinon on est du côté des homophobes. Je tiens à saluer l'engagement du recteur de Paris à cet égard. Et je me réjouis de voir autant de monde dans cette salle," a notamment déclaré Marlène Schiappa. "Les femmes homosexuelles sont encore l’objet de moqueries et de discriminations voire de violences. Les rendre visibles c’est aussi lutter contre la lesbophobie. Les sportives ont un rôle à jouer, elles peuvent être modèles !", a ajouté la secrétaire d'État.

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En août 2018 aura lieu la 10e édition des Gay games à Paris, qui accueillera 10 000 participants, 3000 bénévoles et 34 disciplines dans des épreuves mixtes. Frédérique Vidal, représentante de l'événement, rappelle que "depuis 1982, les Gay Games réunissent des gens de tous horizons, sans discrimination".

Frédéric Potier, préfet Délégué Interministériel à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH) a conlu cette matinée en rappelant que la DILCRAH avait financé cette année plus de 200 projets dans les domaines culturels, éducatifs ou encore sportifs.

Cette matinée a permis d'évoquer plusieurs pistes de travail à plus long terme, et notamment la mise en place d'un observatoire de l'homophobie au niveau académique.

Écoles, collèges, lycées

mis à jour le 09/12/16