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Cycle 3

Relue et remaniée par le groupe ressources, cette séquence est conçue par Isabelle Soubaigné, professeure au collège Jacques-Decour, en articulation à l'exposition "le Modèle Noir, de Géricault à Matisse" au musée d'Orsay.

Cette séquence porte sur la question de « La représentation plastique et les dispositifs de présentation », et notamment :

-       la ressemblance

-       les différentes catégories d’images, leur procédé de fabrication, leurs transformations

-       La narration visuelle

-       La mise en regard et en espace

-       La prise en compte du spectateur, de l’effet recherché

Elle s'adresse à des élèves de fin de cycle 3.

Séance 1 : Verbalisation et phase de pratique exploratoire

1ère phase

Plusieurs reproductions de tableaux, de sculptures et de photographies de différentes époques montrant des portraits, dont un corpus d’œuvres de l’exposition « Le modèle noir, de Géricault à Matisse » au Musée d’Orsay, sont projetées à l’ensemble de la classe. Ces œuvres ont été choisies afin d’amorcer une réflexion des élèves sur les stéréotypes, les différents médiums du portrait (photographie, sculpture, collage, peinture…), les différents types de portrait (en pied, en buste…), la représentation du corps (postures), les questions de mise en espace (fond-forme, format…), les questions de mise en scène (vêtements, attributs, environnement/décor…).

modèle noir corpus 1Modèle noir corpus 2

La question suivante est énoncée et inscrite au tableau :

« Qui est le plus beau/la plus belle? »

Une discussion s’engage et les élèves donnent leur avis à tour de rôle.

Dans une classe de 6e en novembre 2018, aucun élève n’a relevé qu’il s’agissait de portraits et que toutes les images projetées présentaient des personnes noires.

Le professeur note les remarques des élèves pour faire une synthèse. (voir fiche images et prise de notes).

 

A l’issue de cet échange, un résumé est fait avec toute la classe et les différents points sont notés au tableau.

 « Quelles sont les éléments qui vous ont ‘guidés’ pour déterminer la beauté ? » :

Quelques réponses d’élèves :

-       la lumière

-       les couleurs

-       le décor, le paysage

-       le décalage entre les styles

-       le contraste

-       la posture

-       la beauté des personnes

 

2ème phase : Phase de pratique exploratoire

Par groupe de 4

Appareil photo numérique (ou tablette, smartphone…)

20 minutes d’expérimentation

Incitation :

« Et maintenant, Vous êtes le plus beau, vous êtes la plus belle ! »

Choisissez un ou plusieurs éléments inscrits au tableau, mettez vous en scène et prenez plusieurs photographies qui vous serviront de piste de travail la semaine prochaine.

Les élèves se mettent au travail et cherchent des postures qui répondent à l’incitation. Certains d’entre eux imaginent déjà une mise en scène particulière et jouent avec des sources de lumière différentes, naturelle ou artificielle.

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Ce temps d’expérimentation permet d’évaluer la compétence « Expérimenter, produire, créer» corrélée aux domaines du socle 1, 2, 4 et 5.

Suivant les niveaux d'acquisition indiqués dans le livret scolaire, les observables ci-dessous pourraient être retenus :

Niveau insuffisant

Niveau fragile

Niveau satisfaisant

Très bonne maîtrise

L’élève ne sait pas comment interpréter l’incitation. Les choix de postures ou de mises en scène ne sont pas perceptibles dans son travail.

L’élève expérimente différentes postures mais ses choix ne permettent pas de faire apparaître d’intentions perceptibles. Les prises de vue sont parfois floues.

L’élève choisit une ou plusieurs postures pour faire apparaître son interprétation de l’incitation. Il sait repérer quelques effets de composition liés au cadrage photographique.

L’élève choisit une  posture qui le met en valeur. Il sait repérer le cadrage qui appuiera sa mise en scène et expérimente différents éclairages.

 

Séance 2 : conduite du projet de l’élève

Lors de la première séance les élèves ont commencé à expérimenter différentes postures et mises en scène les mettant en valeur.

 Les photos de la séance précédente sont projetées au tableau, décrites et analysées par les élèves.

Quelques remarques sont faites concernant le cadrage, l’utilisation de la lumière et les effets obtenus, la posture, le point de vue.

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Une discussion est engagée autour de ce que veut dire « Beau, Belle ». 

-       Belle  : « elle est bonne », « jolie », bien « faite », c’est à dire bien proportionnée. Echange autour de la norme, de la mode et des images retouchées, certaines élèves évoquent la poupée Barbie.

-       Beau : « musclé »

La discussion tourne autour du corps féminin et peu autour du corps masculin

Le professeur amène une réflexion sur les canons de Beauté à travers les âges dont quelques exemples sont pris (Vénus callipyge, Botticelli, Rubens … jusqu’aux proportions des poupées qui changent avec les époques). Le mot « canon » est défini (du grec Kanon qui signifie règle).

Fin du temps d’échange.

 

2ème phase

Par 2

Appareil photo  numérique

Temps restant

 « Aujourd’hui, vous êtes TROP CANONS ! »

Répondez à cette incitation en ré-exploitant ce qui a été vu à propos du point de vue, de la lumière. Ne vous souciez pas de l’arrière plan, il sera travaillé par la suite.

Après avoir expérimenté différentes postures et différents cadrages et points de vue lors de la séance précédente, les élèves cherchent à ré-exploiter leurs découvertes en prenant des poses plus « théâtrales », en utilisant des accessoires et en jouant avec la lumière. 

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Les photographies réalisées par les élèves sont projetées. Les élèves prennent la parole et établissent des constats.

Suivant les niveaux d'acquisition indiqués dans le livret scolaire, les observables ci-dessous pourraient être retenus pour évaluer la pratique :

 

Maîtrise insuffisante

Maîtrise fragile

Maîtrise satisfaisante

Très bonne maîtrise

La photographie ne témoigne pas d’une intention personnelle.

La photographie présente un faible réinvestissement des acquis des modalités de la prise de vue.

L’élève a utilisé l’appareil photo numérique et a manifesté des intentions à des fins expressives.

L’élève exploite un éclairage, un cadrage et une mise en scène très expressifs.

 

Ce moment d’échange est aussi un temps d’acquisition du lexique et des notions du programme.

Paroles d’élèves :

« Certaines images sont floues »

Comment faire pour remédier à cela ? (flash, éclairage supplémentaire, pieds d’appareils photo…)

« On ne voit pas bien les personnes, elles sont sombres »

(contre-jour)

« Certaines images sont vues de très près » (ce sont des gros plans).

La séance se termine par la sélection par chaque élève de la photographie qui leur semble répondre au mieux à l’incitation de départ.

Ce que les élèves ont appris à :

  • obtenir des effets plastiques expressifs grâce à l’utilisation de la lumière
  • investir la mise en scène à des fins expressives
  • accentuer leurs effets avec le choix du point de vue (plongée /contre plongée) 
  •  utiliser un appareil photo numérique avec des bases de prise de vue (cadrage, flash, point de vue…).

faire un choix (celui de la photographie finale) en fonction d’une intention artistique.

Séance 3 : conduite du projet de l’élève

1ère phase

 

La question du portrait a été peu développée lors des verbalisations. Le professeur revient donc sur les œuvres projetées lors de la première séance et les montre en parallèle avec les images produites par les élèves (environ 15 à 20 minutes).

 

Des questions sont posées à l’ensemble de la classe.

 

-       Quel est le point commun entre toutes ces images ? 

 

Réponse des élèves :

 

« Elles montrent toutes des personnes »

 

-       Comment appelle-t-on une image qui présente une personne ?

 

Réponse de l’ensemble de la classe :

 

« Un portrait » 

 

Un élève intervient et désigne le collage de Matisse représentant Josephine Baker « celui-là on ne dirait pas un portrait, on dirait une fleur ». Une élève désigne La Charmeuse de serpents du Douanier Rousseau et dit que ce n’est pas un portrait non plus car « on ne voit pas le personnage ».

 

Le professeur souligne le fait que certaines œuvres projetées sont des portraits des artistes eux mêmes.

 

Il demande :

 

« Quelle est la différence entre la photographie de Félix Nadar, Maria l’Antillaise et la photographie de Marielle Plaisir qui se met elle-même en scène ? »

 

La question est un peu complexe, le professeur simplifie :

 

« Comment appelle-t-on l’image d’un portrait qui représente l’artiste lui même » ?

 

Réponse :

 

« Un autoportrait »

 

« Comment appelle-t-on la personne qui pose ? »

 

« des mannequins ? des personnes de mode ? des Modèles ? »

 

Certaines œuvres sont donc identifiées comme des portraits et d’autres comme des autoportraits.

 

 Le professeur conclut :

 

« Comment peut-on alors qualifier vos productions » ?

 

« Qui pose » ?

 

« Qui a pris la photo » ? 

 

 Lors de cet échange, les élèves ont appris à :

 

  • distinguer plusieurs sortes de portraits : le portrait et l’autoportrait, le portrait d’un visage, en buste, en pied… 
  • différencier l’artiste (auteur) et le modèle (sujet) qui peuvent parfois ne faire qu’un. 

2ème phase 

Les élèves ont choisi la photographie qui selon eux répond le mieux à l’incitation « Vous êtes TROP CANON ! »

Le professeur distribue les photographies des élèves imprimées en format A5 pour une nouvelle expérimentation, et invite les élèves à créer un environnement, une mise en scène qui valorise leur portrait.

 Incitation :

« Le fond est tout aussi important que votre portrait. C’est lui qui vous met en valeur. »

Imaginez et réalisez un arrière plan. Il peut être pictural, réalisé à l’aide de collage de papiers ou d’un montage numérique »

Découpez votre silhouette et faites des essais en la positionnant sur votre fond afin de trouver la composition qui vous paraît la plus intéressante.

Les élèves se mettent au travail. Une partie d’entre eux va chercher des feuilles de dessin, de la peinture, des pastels, des feutres et commence à réaliser une production picturale et graphique.

Les autres élèves choisissent d’utiliser les ordinateurs pour trouver des images sur internet. Lorsqu’une image semble leur convenir, ils cherchent à positionner sur l’écran leurs silhouettes découpées afin de la mettre en valeur. 

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Suivant les niveaux d'acquisition indiqués dans le livret scolaire, les observables ci-dessous pourraient être retenus pour évaluer cette recherche plastique de mise en scène :

 

 

Maîtrise insuffisante

Maîtrise fragile

Maîtrise satisfaisante

Très bonne maîtrise

L’élève ne parvient pas à choisir ou à réaliser un fond. Il sélectionne une image au hasard sur internet et colle sa silhouette de manière aléatoire.

L’élève sélectionne ou réalise un fond qui est en rapport avec sa silhouette (posture, couleur…) mais ne se questionne pas sur la place de sa silhouette.

L’élève réalise un fond. Il se questionne sur la place de sa silhouette, expérimente plusieurs possibilités et la colle à l’endroit qui lui semble le plus approprié.

L’élève parvient à faire un ou des choix de « fonds » pertinents. Sa silhouette est mise en rapport avec l’image sélectionnée ou réalisée après une réflexion approfondie.

Il sait tirer parti des références artistiques abordées précédemment et s’en inspire pour sa réalisation finale.

Séance 4 : Fin des réalisations et verbalisation finale. 

Lors de cette séance, les élèves terminent une image qui constitue un environnement (paysage, fond, décor…) pour mettre leur portrait en valeur. Certains choisissent le collage ou la peinture et y insèrent leur portrait photocopié. Ce travail peut également être réalisé en collage numérique.

 A la fin de la séance, toutes les productions sont accrochées au tableau pour une verbalisation finale.

Le professeur demande « Comment avez-vous mis votre portrait en valeur » ?

« C’est bien mis en valeur parce que c’est au centre de l’image » (Reprise du professeur « Travail sur la composition »)

« ça ressort bien à cause des couleurs qui sont plus claires ou plus foncées derrière » (Reprise du professeur : Contraste)

« ça marche bien à cause de la taille de la silhouette qui est plus grande que les autres choses qui sont dans l’image » (Reprise du professeur : rapport et jeu d’échelle)

Suite à ce temps de parole une œuvre d’art est montrée aux élèves. 

Hamilton

Richard Hamilton, Just What Is It That Makes Today's Home So Different, So Appealing?,1956, collage, 25 X 25 cm,  musée Kunsthalle, Tübingen, Allemagne.

Ce temps de verbalisation donne l’occasion de retrouver des modalités de mise en scène utilisées par les élèves pour analyser cette œuvre.

 

Les élèves ont appris à :

-  analyser leurs productions afin de les confronter et de les mettre en relation avec des œuvres.

- tirer parti des œuvres observées pour enrichir leur propre production.

- s’interroger sur la complexité de la composition d’une image.

-  s’interroger sur la production et la réception des images.