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L’année 1968 dans le monde

Plus de cinquante ans après, 1968 évoque les images encore vivaces des étudiants parisiens dépavant les rues du Quartier Latin. Viennent en écho d’autres mouvements qui semblent faire de ce moment une année révolutionnaire partout dans le monde, ceux des étudiants de Berlin, de Rome, de Tokyo ou de Mexico ; ces jeunes baby-boomers, issus de la génération née après la Seconde Guerre mondiale et à une époque où le monde se divisait en deux camps irréconciliables, rêvent d’autre chose et peuvent croire que la révolution culturelle chinoise est elle aussi un mouvement de libération populaire. Même au cœur de l’Europe des démocraties populaires, le mouvement étudiant polonais ou le Printemps de Prague semblent montrer que l’exigence de liberté est universelle.

Ces mouvements se produisent dans un contexte sur lequel pèse, malgré la détente, la guerre froide et la rivalité entre l’Est et l’Ouest. L’engagement américain au Vietnam, qui mobilise les opinions contre lui, s’intensifie : l’année, qui a commencé par l’offensive du Têt, sera particulièrement violente. L’URSS, qui a rompu avec la Chine et dont les alliés européens évoluent dans des directions différentes, rappelle son autorité en faisant intervenir les troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, illustrant ainsi la doctrine de la souveraineté limitée.

Mais au-delà, d’autres dynamiques s’affirment, qui ont leur logique propre : en Chine maoïste s’achève la Révolution culturelle, au Moyen-Orient les conséquences de la guerre des Six Jours de juin 1967 se font sentir, en Afrique subsaharienne dure la guerre du Biafra. 1968 est certes une année de contestation qui s’épanouit dans le contexte de la guerre froide, mais elle n’est donc pas que cela.

Par Jean-Philippe Namont, professeur en CPGE au lycée Balzac et chargé de missions d'inspection

L’année 1968, une année dans la guerre froide décisive pour les deux blocs

1968, une année dans la détente.

Depuis la crise de Cuba en octobre 1962, s’est amorcée une nouvelle phase dans les relations Est-Ouest, la détente. Pour éviter un affrontement direct avec le risque de l’usage de l’arme atomique qu’Américains et Soviétiques possèdent, il faut en revenir au dialogue et à la diplomatie. Des avancées ont déjà été réalisées ; d’autres suivront au-delà de 1968.

En cette année 1968, c’est le traité de non-prolifération des armées nucléaires, signé par 137 pays le 1er juillet, qui va dans ce sens. Il répond à un risque réel, celui de la prolifération, qui est bien identifié du côté américain : selon le Département de la Défense, dans un mémorandum de février 1963, 8 autres pays seront en mesure de se doter de l’arme nucléaire dans la décennie. En novembre 1965, c’est la résolution 2028 de l’Assemblée générale de l’ONU qui pose les principes d’un traité international empêchant cette prolifération. C’est dans le cadre du Comité du désarmement de l’ONU que les négociations sont menées : les Etats-Unis et l’URSS y jouent un rôle central et le 12 juin 1968, l’assemblée générale de l’ONU adopte un projet de texte. Les Etats membres le signent le 1er juillet avant que le processus de ratification ne commence. Le traité entre en vigueur le 5 mars 1970.

Cependant, la détente ne permet pas à l’ONU et surtout au conseil de sécurité de jouer un rôle effectif ; la paralysie durera jusqu’à la fin de la guerre froide. Les agences spécialisées agissent toutefois : citons pour l’année 1968 la décision de l’Organisation Mondiale de la Santé en août d’alerter de l’existence de la « grippe de Hong Kong », devenue une pandémie après son apparition au début de l’année en Chine.

La détente n’efface pas par ailleurs la logique de guerre froide avec l’opposition soviéto-américaine (ainsi que l’opposition sino-américaine, qui est alors aussi centrale). Les relations internationales restent dominées par les relations entre les blocs américain et soviétique et l’équilibre des forces qui en découle : ainsi, quand Israël se rapproche des Etats-Unis en cette année 1968, quelques mois après la Guerre des Six Jours, l’Egypte de Nasser se tourne vers l’Union Soviétique pour acquérir du matériel militaire.

 

Vu d’Occident : comment contenir le communisme ?

La détente ne signifie pas pour les Etats-Unis qu’il faille baisser la garde face au communisme, qui menace de rompre les digues érigées à la fin des années 1940. L’effort n’est plus à porter en Europe, où la situation est stabilisée. Même la France de De Gaulle est satisfaite de son statut au sein du bloc depuis qu’elle a quitté le commandement intégré de l’OTAN deux ans plus tôt ; son rapprochement avec l’est, qui conduit le général en Roumanie du 13 au 16 mai 1968, ne remet pas en cause son ancrage occidental.

L’endiguement doit se poursuivre d’abord en Asie : en 1968, la présence américaine au Vietnam n’a jamais été aussi importante. Depuis une quinzaine d’années, les Etats-Unis interviennent dans la région : dès 1952, l’aide financière et matérielle à la France lors de la guerre d’Indochine s’élevait à près de la moitié de l’effort français contre le Viet Minh.

Après les accords de Genève en 1954 et la partition du Vietnam, les Etats-Unis deviennent l’allié majeur du régime nationaliste de Diem face au Vietnam du Nord. La doctrine de l’endiguement prend la forme de la théorie des dominos dès 1954, selon l’expression d’Eisenhower : aucun d’eux ne doit tomber en Asie du Sud-Est, sous peine de voir les autres être emportés. Sous l’administration Eisenhower, l’aide, classique, passe par la présence de conseillers militaires (environ un millier en 1959). Mais Diem est aux prises avec l’opposition bouddhiste qui conteste la répression du régime et avec le « Viet-Cong », le Front national de libération du Sud Vietnam, autrement dit la guérilla communiste du Sud : l’impopularité et l’inefficacité de Diem conduisent en 1963 les Etats-Unis à le renverser au profit d’une junte ; Kennedy envoie aussi 17 000 « conseillers » militaires.

L’engagement américain prend dès 1964 la forme d’une guerre ouverte : par la « résolution du Golfe du Tonkin », le 7 août 1964, le Congrès donne les moyens législatifs au président Johnson pour un usage sans limites des forces armées dans la région. Jusqu’en 1967, alors que l’opinion reste globalement acquise malgré déjà 11 000 morts américains, l’armée intervient en bombardant le Nord-Vietnam et en utilisant contre le Viet-Cong opérations héliportées, napalm et défoliants qui atteignent aussi les populations civiles.

En 1968, l’offensive du Têt contribue à retourner l’opinion américaine : dans plus d’une centaine de villes du Sud, le 30 janvier, des attaques menées par le Viet-Cong et l’armée du Nord-Vietnam déstabilisent les forces du Sud. Si la ville de Hué est un temps tenue par la guérilla communiste et que l’ambassade américaine à Saïgon est directement attaquée, c’est un échec militaire pour les forces communistes, qui perdent près de 90 000 soldats Viet-Cong, mais un succès politique qui prouve que la puissance de feu américaine est inutile : la sortie du conflit ne se fera qu’à l’issue de négociations. Ce constat mobilise encore davantage les opposants à l’engagement américain, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde. Le 13 mai s’ouvre la Conférence de Paris qui doit permettre un dialogue direct entre les Etats-Unis et le Nord-Vietnam ; ce n’est qu’en janvier suivant que les deux Etats vietnamiens sont invités à rejoindre la conférence. La résolution du conflit n’aboutira qu’avec les Accords de Paris en 1973.

La question coréenne connait en cette année 1968 un rebondissement pour les Etats-Unis avec l’affaire du Pueblo. La Corée du Nord arraisonne en effet ce navire américain le 23 janvier, au large des côtes nord-coréennes, mais selon les Etats-Unis dans les eaux internationales. Les conditions de détention des 83 marins capturés avec le navire sont particulièrement dures, moins de 15 ans après la fin des hostilités de la guerre de Corée. Si la tension entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ne dégénère pas à ce moment-là, c’est en partie parce que les Etats-Unis sont accaparés par le conflit vietnamien. Les marins sont libérés le 23 décembre, au terme d’une crise qui aura marqué l’année 1968 ; le navire, lui, ne sera jamais rendu aux Etats-Unis. Cet épisode illustre un moment où la Corée du Nord relance les tensions avec le Sud : le 21 janvier, un commando nord-coréen franchit la ligne de démarcation entre les deux pays et tente d’assassiner le président Park Chung-hee, mais ce « Raid de la maison bleue » échoue. L’incident du Pueblo, quant à lui, ne remet pas en cause la volonté américaine d’en rester aux termes de l’armistice de 1953 ; les Etats-Unis n’ont pas l’intention et les moyens de mener deux guerres en même temps en Asie.

Depuis que Fidel Castro a pris le pouvoir à Cuba, les Etats-Unis surveillent de près la situation en Amérique latine, où selon l’administration américaine le risque de contagion existe. Certes, en octobre 1967, Che Guevara a été assassiné par l’armée bolivienne après avoir vainement tenté de créer un foyer révolutionnaire dans le pays, et la figure d’un Che devenu icône et martyr de la révolution planera sur les mouvements étudiants à venir.

Le risque de l’accès au pouvoir d’un parti communiste en Amérique latine existe ailleurs, y compris par la voie légale ; que se passerait-il au Chili si les socialistes emmenés par Salvador Allende s’alliaient aux autres forces de gauche, alors que se profile l’élection présidentielle de 1970 ? L’Unité Populaire qui verra le jour en 1969 regroupera en effet les partis socialiste, communiste et social-démocrate, ainsi que d’autres formations de gauche. Vu des Etats-Unis, la solution pour contrer de telles initiatives est d’y soutenir tout régime anticommuniste, y compris des dictatures.

Au Brésil, une dictature militaire a été instaurée par le coup d’Etat de 1964 mené par un général, Castelo Branco, mais c’est en 1968, avec l’Acte institutionnel n°5 du 13 décembre, qu’elle se renforce : il autorise l’armée à exercer une répression arbitraire contre tout opposant supposé, tel une véritable « loi des suspects », confie des pouvoirs exceptionnels au président, conduit à la dissolution du Congrès et à la suspension de la constitution. L’application de cet Acte institutionnel mène l’année suivante à l’arrestation en février 1969 des jeunes musiciens Gilberto Gil et Caetano Veloso.

Les Etats-Unis font aussi pression pour qu’au Panama, où la démocratie est très fragile et où les élections ont vu la victoire dans un climat de grande tension du candidat de l’opposition, le président élu Arnulfo Arias puisse entamer son mandat. Mais dès le 11 octobre, une junte menée par le chef de la Garde nationale, Omar Torrijos, renverse le nouveau président.

A défaut de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement communiste, c’est l’affaiblissement de l’influence américaine qui inquiète à Washington. Or, la contestation se fait sentir au Pérou : le 3 octobre, un putsch porte au pouvoir le général Juan Velasco Alvarado dont le programme de réformes vise à développer l’économie du pays en la soustrayant aux intérêts américains ; c’est ainsi que dès le 9 octobre est nationalisée l’entreprise américaine International Petroleum Corporation, puis qu’un vaste plan d’élimination de l’habitat précaire est lancé pour éradiquer les bidonvilles de Lima. Cette première mesure sera suivie d’autres, y compris en 1969 une grande réforme agraire.

 

Vu de « l’Est » : accepter les réformes ou consolider le bloc ?

L’Union soviétique peut elle aussi compter sur des alliés nombreux, en Europe centrale, en Asie (le Vietnam du Nord) et en Amérique (Cuba), mais son hégémonie est contestée au sein du monde communiste.

La rupture sino-soviétique est en 1968 consommée ; les prémices en remontent au rapport Khrouchtchev de février 1956, et la Chine de Mao a par ailleurs développé son propre modèle, éloigné de celui de l’URSS. Les relations sino-soviétiques en sont alors à un très haut niveau de tension, jusqu’à ce qu’en mars et en août 1969 ait lieu un conflit frontalier entre les deux puissances, sur la rivière Oussouri.

En Chine en effet, Mao a opté pour un modèle différent et il réaffirme alors son pouvoir sur le Parti et l’Etat, quelques années après l’échec du Grand Bond en avant. La Révolution culturelle qui a commencé en 1966 est à comprendre dans cette perspective. Mao s’appuie ainsi sur une mobilisation de la population, particulièrement de la jeunesse : celle-ci s’enrôle au sein des Gardes Rouges, inspirés par Groupe central de la Révolution culturelle auquel appartient Jiang Qing, la femme de Mao, qui vouent un véritable culte au Grand Timonier, et qui s’en prennent aux modérés, cadres du Parti proches d’une ligne pragmatique, intellectuels, universitaires, tous soumis à des violences et contraints à des autocritiques humiliantes. Mao peut ainsi écarter du sommet de l’Etat et du Bureau politique des dirigeants comme le président de la République populaire Liu Shaoqi, Chen Yun ou encore Deng Xiaoping. En 1968, cette Révolution culturelle que certains étudiants parisiens célébreront bientôt est pour l’essentiel passée : lors du 12e plénum du Comité central à la fin octobre 1968, Mao clôt cet épisode en faisant exclure du parti Liu Shaoqi (« traître, renégat et agent du Guomindang »), qui mourra un an plus tard en prison. Son pouvoir ne sera plus menacé jusqu’à sa mort en 1976.

En Europe centrale, les démocraties populaires forment un bloc moins homogène. Tandis que dans la RDA d’Ulbricht ou même dans la Pologne de Gomulka la situation se durcit, un pays comme la Tchécoslovaquie, longtemps stalinienne, change à partir de 1962-63. La Roumanie aussi montre une inflexion nette sur le plan intérieur depuis que Ceausescu est au pouvoir, en 1965 : son discours au plenum du Comité central du Parti communiste roumain, en mars 1968, confirme une timide libéralisation qui se traduit par des réhabilitations. Sur le plan diplomatique et depuis l’accentuation du schisme sino-soviétique, la Roumanie prend ses distances avec Moscou en affirmant l’autonomie du pays : c’est ainsi qu’en 1968 Ceausescu reçoit De Gaulle en mai et refuse que son pays participe à la répression du Printemps de Prague en août.

Car c’est surtout le « Printemps de Prague » qui constitue en 1968 la principale inflexion dans les démocraties populaires : le 5 janvier, l’arrivée d’Alexander Dubček à la tête du Parti communiste tchécoslovaque semble ouvrir la voie à des changements profonds dans ce pays. En fait, la Tchécoslovaquie dirigée par le très rigide Novotný a entamé depuis 1962-63 une lente et tardive sortie du stalinisme dans un contexte de tensions croissantes. La société attend des améliorations économiques, alors qu’une réflexion existe sur l’introduction du marché au sein même du parti, et souhaite une réhabilitation des victimes du stalinisme. Les Slovaques réclament plus d’autonomie vis-à-vis de Prague, alors que l’Etat est encore très centralisé. Les intellectuels et les artistes exercent une pression grandissante sur le régime pour s’exprimer plus librement, en cette décennie particulièrement féconde ; pensons aux cinéastes Miloš Forman ou Věra Chytilová, ou au romancier Milan Kundera.

La mise à l’écart de Novotný le 5 janvier 1968 conduit donc Dubček au pouvoir, mais c’est un choix par défaut. Cet homme réputé naïf et manipulable, communiste convaincu, montre vite son ouverture et son soutien à des réformes démocratiques. Après la présentation en avril d’un « Programme d’action » mesuré, le changement est rapide, avec le consentement d’une société enthousiaste : la liberté d’expression est acquise avec l’abolition de la censure en juin et un dialogue s’ouvre entre les représentants de l’Etat et la société, et la libéralisation gagne jusqu’à la télévision tchécoslovaque. Plus largement, le respect des droits de l’homme, l’émancipation individuelle et la promotion des libertés progressent ; la liberté de voyager à l’étranger, y compris à l’ouest, devient possible. Si pour les réformateurs du Parti communiste tchécoslovaque il ne s’agit pas d’abandonner le monopole du pouvoir, puisque le parti ainsi modernisé et acquis au projet d’un « socialisme à visage humain » est justement légitimé par ses réformes, certains intellectuels pensent alors possible d’aller plus loin vers une véritable démocratie parlementaire et pluraliste. L’opinion, sondée en ce début d’été 1968, montre sa préférence pour cette option qui n’implique pas pour autant de renoncer aux acquis sociaux des deux dernières décennies. Il ne s’agit pas de devenir un pays capitaliste de type occidental.

Pour les voisins de la Tchécoslovaquie et pour Moscou, on en vient cependant peu à peu à la conclusion que Dubček et le PCT sont allés trop loin. En juillet et en août, les discussions avec l’équipe dirigeante et les pressions croissantes ne changent pas la donne en Tchécoslovaquie. Dans la nuit du 20 au 21 août, cinq pays du Pacte de Varsovie (l’URSS surtout, mais aussi la Pologne, la RDA, la Hongrie et la Bulgarie) envoient des troupes et occupent le pays ; la Roumaine ne participe pas à l’opération. Des heurts éclatent principalement à Prague, la population investissant les rues et entourant les chars soviétiques, et près d’une centaine de personnes sont tuées ; les photographies de Josef Koudelka notamment, qui seront vite remarquées et diffusées à l’Ouest, témoignent de ces moments dramatiques. Mais ce soutien populaire et le refus du PCT de se soumettre contraignent dans un premier temps Moscou au compromis avant d’épurer peu à peu l’équipe dirigeante : Dubček est démis seulement en avril 1969, mais déjà la « normalisation » a commencé et avec elle le retour au système antérieur et une vague de répression. La Tchécoslovaquie est rentrée dans le rang.

Conséquence de la situation en Tchécoslovaquie, dès le 3 juillet, Brejnev donne une première formulation de ce que l’on appellera la « doctrine Brejnev » ou « doctrine de la souveraineté limitée » : « nous ne pouvons rester indifférents au sort de la construction socialiste dans les autres pays ». En septembre, la Pravda indique que « les partis communistes ont la liberté totale de déterminer les voies de développement de leur pays. Cependant, aucune décision de leur part ne doit causer de tort soit au socialisme dans leur pays, soit aux intérêts fondamentaux des autres pays socialistes […]. Cela signifie que tout parti communiste est responsable devant son peuple mais aussi devant tous les pays socialistes ». Autrement dit, les partis communistes ont une double responsabilité, qui autorise une intervention militaire pour protéger le socialisme chez les voisins s’il est menacé comme il l’a été en Tchécoslovaquie.

 

Comment est perçue la fin du printemps de Prague dans le monde ?

A l’ouest, on condamne l’intervention militaire mais comme en 1956 et les événements de Budapest, il ne saurait être question d’une réaction autre que verbale. En France et dès le 21 août, le général De Gaulle rend publique la position officielle de la France qui condamne avec force l’entrée des forces du Pacte en Tchécoslovaquie, mais aussi la logique de la guerre froide en parlant de la Tchécoslovaquie comme d’une « nation amie » qui doit pouvoir disposer d’elle-même. Mais au conseil des ministres du 24 août, il indique que si la décision soviétique est déplorable, il ne faut cependant pas saboter la perspective de détente.

Si Fidel Castro, notamment, approuve l’invasion de la Tchécoslovaquie, celle-ci a des conséquences sur le mouvement communiste européen ; beaucoup de militants et de dirigeants des partis italien et français notamment réagissent vivement. Au Parti communiste français, la nouvelle de l’intervention militaire est un choc. Le Bureau politique du PCF exprime dès le 21 août au matin sa « surprise et sa désapprobation ». Le 22 août, le comité central du PCF se réunit en session extraordinaire, mais les divergences sont grandes entre les participants, et c’est une résolution de compromis que le comité central adopte, avec un texte certes critique à l’égard de la solution militaire, mais aussi en retrait en préférant le terme beaucoup moins fort de « réprobation » à celui de « désapprobation ». Dès novembre, une rencontre entre des délégations du PCF et du PCUS a lieu à Moscou, qui augure d’une « normalisation » de la position du PCF, malgré les voix discordantes de Roger Garaudy ou de Pierre Daix. A l’automne 1968, le roman de Milan Kundera La plaisanterie paraît en France. Aragon en rédige une préface pessimiste qui parle non du roman mais de la situation à Prague, pour dénoncer la normalisation : « Je me refuse à croire qu’il va se faire là-bas un Biafra de l’esprit. Je ne vois pourtant aucune clarté au bout de ce chemin de violence ». Pour le PCF, assez vite, et particulièrement quand Georges Marchais saura s’imposer (il devient secrétaire général du Parti en 1972), il devient clair que l’intervention d’août 1968 ne justifie pas que l’on s’en prenne à l’URSS.

 

L’année 1968, une année de contestations en Occident

Dans ce climat international de tensions malgré la détente, des mouvements estudiantins vont s’épanouir de façon presque simultanée dans plusieurs parties du monde, partout où la génération née à la fin ou après la Seconde Guerre mondiale arrive à l’âge adulte et intègre un enseignement supérieur diversement prêt à les accueillir : l’opposition à la guerre du Vietnam apparait comme le dénominateur commun de ces mobilisations, mais elles s’expliquent aussi par des contextes nationaux différents.

Aux Etats-Unis, mobilisation contre la guerre du Vietnam et persistance de la question afro-américaine.

C’est en premier lieu aux Etats-Unis que la guerre du Vietnam mobilise contre elle et contre le gouvernement. Mais le mouvement a commencé avant 1968 dans les campus californiens, notamment Berkeley en 1964, avant de concerner tout le monde universitaire américain ; il se poursuivra au-delà de l’année 1968. La contestation de l’ordre établi se déploie dans les universités de la côte ouest (Marcuse enseigne alors à San Diego), et c’est la société d’abondance qui est remise en cause, de même que les règles qui régissent la vie des universités américaines, et les étudiants protestent aussi pour les droits civiques, réclame la neutralité des Etats-Unis à l’égard du régime de Cuba, et donc aussi l’arrêt de l’intervention au Vietnam. Cette contestation est aussi au cœur d’une contre-culture qui s’épanouit alors ; la Californie est aussi l’endroit où se forme un groupe comme les Doors.

Le climat politique aux Etats-Unis demeure par ailleurs miné par le retour de la question afro-américaine, qui s’explique en partie par le contexte vietnamien : en effet, les Afro-Américains sont surreprésentés parmi les conscrits envoyés au Vietnam, et donc aussi parmi les blessés et les morts. Mais la question n’a en fait jamais disparu car malgré les avancées des années 1950, les injustices à l’égard des Afro-Américains subsistent.

Le pasteur protestant Martin Luther King est devenu l’un des principaux pourfendeurs de ces injustices, et depuis 1963 une figure majeure du mouvement pour les droits civiques, date à laquelle il a prononcé son célèbre discours lors de la marche du 28 août à Washington (« I have a dream ») ; en 1964, il a reçu le prix Nobel de la Paix. Il milite aussi contre la guerre du Vietnam, et contre la pauvreté aux Etats-Unis. Le 4 avril 1968, venu à Memphis, Kentucky, pour soutenir des éboueurs grévistes, il est assassiné. Ce meurtre est suivi d’émeutes dans des dizaines de villes américaines : ce Soulèvement de la Semaine Sainte (Holy Week Uprising), très violent, conduisant au déploiement de la Garde nationale, fait près d’une cinquantaine de morts et des dizaines de blessés.

Une des images marquantes qui resteront de la question raciale en cette année 1968 est liée aux Jeux Olympiques de Mexico. Le 17 octobre, après la course du 200 mètres que les a vu remporter les médailles d’or et de bronze, Tommie Smith et John Carlos baissent la tête en levant un poing ganté de noir au moment où retentit l’hymne américain. Ce geste, interprété comme le salut du Black Power, est condamné tant par le Comité International Olympique qu’aux Etats-Unis, où la presse, à commencer par le Time du 25 octobre, dénonce cet acte politique.

Le meurtre de Martin Luther King illustre aussi un autre problème présent aux Etats-Unis, celui de la violence politique. Robert Kennedy, le frère cadet de John Fitzgerald, en lice pour la candidature démocrate et opposant déclaré à la guerre au Vietnam, est assassiné le 5 juin à Los Angeles alors qu’il vient de remporter les primaires de Californie et a de bonnes chances d’être désigné par le parti pour affronter le candidat républicain aux élections de novembre 1968. Si l’assassin est un Palestinien qui veut attirer l’attention sur la question palestinienne en s’en prenant à une personnalité médiatisée aux Etats-Unis, cela traumatise l’opinion américaine.

C’est finalement le candidat républicain Richard Nixon qui est élu le 5 novembre. Johnson a renoncé à se présenter, vaincu par la guerre du Vietnam, et c’est le vice-président sortant Hubert Humphrey qui est le candidat d’un parti démocrate divisé : si deux présidents démocrates ont mené la guerre, Kennedy puis Johnson, l’aile gauche du parti est hostile à l’intervention.

L’élection de Nixon illustre la volonté d’une partie de la société de tourner la page du Vietnam en espérant un retour au calme, mais cette victoire électorale s’explique aussi par le programme de Nixon, qui porte sur « la loi et l’ordre ». Il a capté l’électorat blanc du Sud, auparavant démocrate, ce qui influence le Parti républicain : ce parti entame une mue qui la rend plus conservateur, religieux, militariste, nationaliste (le Vietnam est un bourbier parce que les démocrates du Congrès ont trop peu financé l’armée et l’effort de guerre), et bientôt hostiles aux élites du Nord-Est. Ce sont des tendances de long terme qui s’affirment donc, comme le montrera notamment l’élection de Reagan en 1980.

 

En Europe occidentale, des mouvements convergents mais des contextes nationaux différents

En Europe occidentale, se croisent une opposition à la guerre du Vietnam, que l’on rencontre partout, une critique du capitalisme et de la société de consommation, mais aussi une remise en cause des pesanteurs de sociétés jugées conservatrices et autoritaires. En France, la rigidité d’un enseignement universitaire dispensé par des « mandarins » se heurte aux aspirations de la société et de la jeunesse de ne plus subir l’autorité (paternelle, conjugale, patronale, religieuse, professorale, étatique). Il faut vivre libre ; un des slogans le plus représentatif de mai 1968 dit justement qu’« il est interdit d’interdire ».

Les épisodes contestataires sont cependant d’intensité très variables et liés aux contextes nationaux, et les universités européennes sont le plus souvent le point de départ de mouvements contestataires qui les dépassent ensuite. Trois pays sont au cœur des événements : l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie et la France.

En Allemagne de l’Ouest, la situation politique nationale agit comme un catalyseur au sein d’une génération de jeunes Allemands nés après la guerre et défiante envers la génération précédente, compromise avec le nazisme. Depuis décembre 1966, une « grande coalition » rassemble les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU et les socio-démocrates du SPD. Elle est dirigée par Kurt Georg Kiesinger, dont le passé nazi est connu en RFA. Cette alliance « contre-nature » alimente un antiparlementarisme qui s’organise en une « opposition extra-parlementaire » (l’APO, Außerparlamentarische Opposition) au moment où le philosophe Karl Jaspers plaide pour un renouveau de la démocratie allemande qui doit devenir plus directe pour s’affranchir de l’oligarchie dominante, dans Wohin treibt die Bundesrepublik ? (Où va la République fédérale ?). Participe par exemple à l’émergence de cette opposition la journaliste Ulrike Meinhof ; elle se rapprochera de la Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion) qui émerge en 1968 autour d’Andreas Baader, lequel commet en avril avec son groupe un premier attentat dans deux grands magasins de Francfort.

De 1967 jusqu’au printemps 1968, l’effervescence gagne les universités de Göttingen ou de Francfort, où enseignent Adorno et Habermas, mais aussi et surtout l’université libre de Berlin : à Berlin-ouest en effet se trouvent des étudiants venus de l’Est, déçus de la RDA comme du capitalisme occidental. La contestation s’appuie sur divers groupes d’extrême-gauche, mais surtout sur la Fédération des Etudiants Socialistes (le SDS, Sozialistischer Deutscher Studentenbund) : proche depuis sa fondation en 1946 du SPD tout en en restant indépendant, elle est présente au sein de ces universités.

Les étudiants ont certes des demandes qui concernent leurs conditions d’études (trop peu de moyens, un accès trop fermé à l’enseignement supérieur, des méthodes d’enseignement autoritaires et dépassées), mais elles vont au-delà. Ils portent une critique radicale de la RFA, tant de sa politique extérieure, atlantiste malgré le Vietnam, que de son projet de société, mêlant la société de consommation née du miracle économique des années 1950 à des tendances dictatoriales ; les « lois d’urgence » dont le Bundestag discute en ce début d’année 1968 n’en sont-ils pas le signe le plus évident ?

Parmi les actions les plus notables, les 16-17 février à l’Université Technique Berlin-Ouest, 5 000 délégués participent à un congrès organisé par le SDS et son principal leader Rudi Dutschke pour contester la guerre du Vietnam : des invités de 14 pays prennent la parole, dont pour la France Alain Krivine et Daniel Dohn-Bendit, quelques semaines avant mai. Le congrès s’achève avec une grande manifestation qui réunit près de 15 000 participants. Certains étudiants issus du SDS vont former des communautés, Kommune I (dès 1967) puis Kommune II.

Le 11 avril, Rudi Dutschke est très gravement blessé par balles par Joseph Bachmann, un proche de l’extrême-droite qui agit par haine du communisme et dans le contexte d’une violente campagne de presse du journal Bild contre Dutschke ; ce dernier survit mais avec de graves lésions. De grandes manifestations, parfois violentes, répondent à cette tentative d’assassinat dans toutes les grandes villes universitaires de RFA, en particulier à Berlin et Munich ; elles sont rapidement réprimées et même le fils de Willy Brandt, alors ministre des Affaires étrangères, fait partie des étudiant arrêtés par la police. Dès le mois de mai, le mouvement décline cependant.

 

En Italie en 1968, c’est aussi le monde universitaire qui est l’épicentre de la contestation, et est alors en ébullition : manifestes, rassemblements, occupation de locaux universitaires et heurts avec la police se multiplient. Après Trente, c’est l’université de Pise qui est devenue en 1967 l’épicentre de la contestation avant de gagner les universités de Milan (catholique) et de Turin. A Rome, le 1er mars 1968, la « bataille de la Valle Giulia » fait des centaines de blessés, dans le parc de la Villa Borghèse, devant la faculté d’architecture que les étudiants tentent de conquérir. Des heurts entre la police et les étudiants ont lieu dès janvier à Florence, à Padoue, à Venise, puis à Turin, à Pise où la gare est occupée par les étudiants en avril, à Milan en décembre.

Le mouvement universitaire italien s’étend dès le début de cette année 1968 aux ouvriers des grandes villes industrielles comme Turin ou Milan. C’est que les jeunes gens venus du Sud pauvre qui gagnent les usines du Nord de la péninsule appartiennent à la même génération que les étudiants des classes moyennes qui investissent les universités ; ils peuvent se reconnaitre dans le combat que mènent ces derniers, dont certains viennent militer dans les usines. Les élections législatives qui se tiennent le 19 mai permettent cependant de canaliser et contenir le mouvement de contestation, même si les résultats ne bouleversent pas la donne électorale, la Démocratie chrétienne obtenant près de 40% dans voix et le PCI 27% ; elles n’y mettent cependant pas fin, et l’on nommera bientôt « mai rampant » cette période d’agitation qui, commencée dès 1967, ira jusqu’à l’automne 1969 (« l’automne chaud »).

En France, les « évènements » de Mai sont bien connus, et je renvoie en premier lieu au texte de Catherine Dupuy publié sur ce site (Sous les pavés. « Les Mai-68 »). Alors qu’en RFA et en Italie, les prémices des mouvements étudiants remontent au moins à l’année précédente, c’est bien en 1968 que se concentrent les événements en France. Nous l’avons dit, l’exemple allemand a d’ailleurs joué un rôle : des centaines de militants français sont ainsi présents à Berlin-Ouest les 17-18 février lors de la grande manifestation contre la guerre du Vietnam.

Rappelons les faits : la crise universitaire a commencé en réalité en mars sur le site de Nanterre, quand se forme un « Mouvement du 22 mars » influencé par Daniel Cohn-Bendit, hétéroclite, où se retrouvent toutes les composantes de l’extrême-gauche (trotskistes, maoïstes, anarchistes, castristes, etc.). Nanterre est fermé le 2 mai, et l’agitation se déplace au quartier latin dès le 3 mai : en quelques jours, sont occupés la Sorbonne et le Théâtre de l’Odéon voisin (qui devient un forum de discussion), avant que les universités de province et les lycées ne soient gagnés à leur tour par le mouvement. Dans le Quartier Latin, les étudiants et les CRS s’opposent en de violents combats de rues : les étudiants dépavent rues et boulevards, utilisent les arbres et les voitures pour former des barricades : l’apogée de ces combats a lieu avec la « nuit des barricades », entre le 10 et le 11 mai.

Dès lors, la crise devient sociale : le 13 mai, les syndicats manifestent pour dénoncer la « répression policière », en solidarité avec les étudiants, mais le mouvement social qui se forme alors et qui débouche sur des grèves massives (le 24 mai, il y a près de 10 millions de salariés en grève) met an avant des revendications classiques, d’abord salariales, afin de donner aux salariés l’accès à la consommation.

La crise devient aussi politique. Le pouvoir ne prend d’abord pas la mesure de la crise : entre le 2 et le 11 mai, Pompidou est en visite officielle en Iran, et De Gaulle part pour la Roumanie du 14 au 18. Le 25 mai, Pompidou propose des négociations aux syndicats : elles débouchent sur les accords de Grenelle le 27, qui ne mettent cependant pas fin au mouvement. Le 28 mai, Mitterrand, au motif « qu’en France, depuis le 3 mai 1968, il n’y a plus d’Etat », demande la formation d’un gouvernement provisoire, et la tenue d’une élection présidentielle pour laquelle il est prêt à être candidat. Le 29, le PCF demande la formation « un gouvernement populaire ». Y a-t-il vacance du pouvoir, comme certains le craignent quand le 29, De Gaulle disparaît quelques heures ? Il s’est en fait rendu à Baden-Baden, quartier général des forces françaises en Allemagne, s’entretenir avec le général Massu. La situation se retourne le 30 mai : De Gaulle annonce à la radio qu’il reste à son poste et qu’il dissout l’Assemblée : les élections se tiendront les 23 et 30 juin. Dans la soirée, une manifestation de soutien rassemble sur les Champs-Élysées des centaines de milliers de gaullistes. Le mouvement s’étiole en juin. Les élections législatives marquent une déroute de la gauche, et pour les gaullistes un triomphe électoral : l’UDR, Union pour la Défense de la République, recueille 60% des sièges. Avec les Républicains indépendants, la majorité dispose de 75% des sièges : les Français ont voté pour le retour à l’ordre.

Au Royaume-Uni, il faut remonter avant 1968 pour comprendre les racines de la contestation : la London School of Economics (LSE) est depuis 1966 un foyer d’agitation, et d’autres universités sont depuis concernées, comme celles de Leeds, Warwick ou Bristol Mais comparé à ce qui se passe en RFA, en Italie ou en France, la situation est calme, et ce pour plusieurs raisons. L’ouverture de la société et les acquis des années précédentes (abolition de la peine de mort, légalisation de la contraception et de l’avortement), notamment depuis que les travaillistes sont au pouvoir en 1964, privent les jeunes britanniques de combats à mener. Les universités n’ont par ailleurs pas connu la massification vue sur le continent et restent largement réservées à une minorité de la jeunesse, issue notamment des élites de la société, qui est peu politisée, éloignée de l’extrême gauche, et qui s’en remet aux partis de gouvernement ; sans être à l’écart du mouvement étudiant, Oxford et Cambridge sont moins touchées que les universités des villes industrielles.

Cependant, la jeunesse britannique sait se mobiliser. On dénonce ainsi l’apartheid en Rhodésie (le futur Zimbabwe) et en Afrique du Sud, la présence des bases américaines de l’OTAN. L’opposition à la guerre du Vietnam est un aspect essentiel de la contestation, d’autant que les universités accueillent aussi des étudiants américains : le 17 mars 1968, ce sont près de 25 000 personnes qui manifestent devant l’ambassade américaine à Londres en criant Ho Ho Ho Chi Minh ! » De plus, l’ancien syndicat étudiant, le National Union of Students, modéré, se trouve débordé par de nouvelles formations, notamment la Revolutionary Socialist Student Federation fondée en juin à la LES.

Mais le mouvement étudiant se concentre surtout sur des revendications qui touchent au fonctionnement des universités plutôt que sur des combats politiques. S’il existe bien, le rejet du conservatisme social et culturel, avant d’être une opposition politique organisée qui serait liée aux partis, mouvements de gauche ou aux syndicats, repose sur des aspects culturels (contre-culture, mouvement hippie, musique), comme aux Etats-Unis, ou recherche l’affranchissement de l’individu ; rappelons ainsi les quelques semaines que passent les Beatles dans un ashram indien à partir de mars 1968, afin de s’initier à la méditation.

Dans ces conditions, le mouvement étudiant est peu perméable aux idéologies d’extrême-gauche, même si elles circulent, et ne rencontre pas le mouvement social. D’autre part, l’agitation estudiantine est loin d’être le seul visage de l’année 1968 au Royaume-Uni, qui est aussi celle où le conservatisme prend des accents racistes : le 20 avril, un député conservateur, Enoch Powell, dénonce dans un discours à Birmingham l’immigration issue de l’ancien empire colonial et les dangers qu’elle représenterait pour le Royaume-Uni (c’est le discours dit « des rivières des sang », le Rivers of Blood Speech). Si les réactions sont très vives dans la presse, et que Edward Heath, le chef du Parti alors dans l’opposition, suspend Powell de son poste de Ministre de la Défense du cabinet fantôme conservateur, l’opinion britannique, comme le montrent plusieurs sondages, est sensible à l’argumentaire de Powell.

D’autres pays européens sont concernés. En Belgique, le 13 mai l’occupation de l’université libre de Bruxelles (mais en 1968, la principale question qui occupe les universités belges de Bruxelles et de Louvain est celle de leur séparation en entités francophone et néerlandophone séparées). En Suisse se développe au printemps un mouvement de contestation des étudiants zurichois. En Suède, l’opposition à la guerre du Vietnam mobilise au-delà des étudiants : en mars 1968, le ministre social-démocrate de l’Education, Olof Palme participe ainsi à une manifestation à Stockholm et illustre ainsi ses positions très hostiles à l’engagement américain. L’agitation dans les universités reste contenue en raison de la modération et de l’ouverture du gouvernement.

 

Une contestation mondiale ?

Une partie de l’Europe occidentale reste relativement en marge de la contestation et connait une situation moins éruptive qu’en France, en RFA et en Italie. L’Europe du Sud connait une situation spécifique qui empêche l’épanouissement de telles contestations. En Grèce, la dictature militaire des colonels a mis le pays sous l’éteignoir depuis 1967 ; il faudra attendre 1973 pour que les étudiants de l’Ecole polytechnique d’Athènes se révoltent et annoncent la chute du régime qui se produit avec la crise chypriote de l’été 1974, ce qui permet au pays de redevenir une démocratie. Le Portugal, où Salazar est toujours au pouvoir en 1968, reste une dictature isolée ; la révolution des œillets de 1974 est encore loin. Cependant, même cette Europe autoritaire n’est pas complétement à l’écart : En Espagne, les 30 avril, 1er et 2 mai 1968, les universités connaissent des occupations tandis que des grèves éclatent pour protester contre les conditions d’enseignement, contre la guerre du Vietnam, mais aussi contre le régime de Franco lui-même, et sont en partie pilotées par des mouvements antifranquistes ben entendus clandestins. La répression policière et militaire s’abat vite, mais l’agitation dure un an, avant que le gouvernement ne déclare l’état d’urgence.

Deux pays extra-européens se démarquent en 1968 et semblent montrer que la contestation étudiante a un caractère mondial.

Au Japon, un premier mouvement étudiant a eu lieu dès 1965 à l’Université privée de Keiō, contre l’augmentation des frais d’inscription : malgré un échec, l’épisode souligne la volonté des étudiants de démocratiser l’enseignement supérieur. Pour les mêmes raisons, un mouvement se produit en 1966 à Waseda, là aussi une université privée : mais les étudiants, beaucoup plus politisés, organisent pendant près de cinq mois sit-in et grèves et affrontent la police.

Là encore, le conflit au Vietnam joue un rôle déterminant pour élargir le mouvement et mobiliser au-delà des seuls milieux étudiants. A l’automne 1967, par deux fois, les étudiants et la Nouvelle Gauche s’attaquent à l’aéroport de Haneda pour empêcher le premier ministre Satō Eisaku de se rendre au Sud-Vietnam puis au Etats-Unis, ce qui donne lieu à des affrontements très violents. En janvier 1968, des manifestations importantes suivent l’escale du porte-avions américain Enterprise à Sasebo, près de Nagasaki : menées par des étudiants de la Zengakuren (la Fédération japonaise des associations d’autogestion étudiantes, marxiste), ces manifestations auxquelles participent la population locale sont très brutalement réprimées.

Le 26 janvier, les étudiants de la faculté de médecine de l’université publique Tōdai de Tokyo entament un mouvement de grève qui gagne rapidement toutes les universités du pays. Le 15 juin, l’auditorium Yasuda est occupé : une tentative d’expulsion par les forces de l’ordre le 18 ne fait qu’élargir la contestation aux autres facultés, le mouvement se durcissant dans la contestation de l’arbitraire des professeurs. Le mouvement s’étiole ensuite jusqu’à l’assaut de l’auditorium Yasuda en janvier 1969 et l’expulsion du dernier carré d’étudiants. Au-delà de Tokyo, une trentaine d’universités sont concernées par la contestation, à commencer par celle de Kyoto, de même que de nombreux lycées. C’est que le malaise qui saisit la jeunesse japonaise, dans cette période de forte croissance, d’éradication de la pauvreté et d’absence de chômage qui fait de la société japonaise une vaste classe moyenne, tient justement à cette situation : quel épanouissement personnel est possible quand, devenu cadre diplômé ou ingénieur, on n’est plus qu’un rouage dans un système économique déshumanisé ? Ce malaise perdure même après la fin du mouvement, en 1969.

Au Mexique, les Jeux Olympiques de Mexico qui se déroulent du 12 au 27 octobre 1968 ont donc permis d’éclairer la condition des Afro-Américains. Mais dix jours plus tôt, le 2 octobre, a eu lieu dans cette même ville le massacre de Tlatelolco.

Depuis juillet, la jeunesse mexicaine est mobilisée contre le pouvoir incarné par le Parti Révolutionnaire Institutionnel au pouvoir depuis 1946 et contrôlé depuis 1964 par le président Gustavo Diaz Ordaz : de plus en plus autoritaire, celui-ci craint une montée en puissance des communistes sous l’influence du régime castriste, et répond aux contestations par l’envoi de l’armée. Or, certains étudiants mexicains se mobilisent en effet depuis plusieurs années au nom du modèle cubain, mais sont aussi sous l’influence du guévarisme ou du maoïsme, et de la contre-culture américaine, tandis que d’autres, proches du pouvoir, sont organisés en corporations. Le mouvement de contestation enfle en juillet, recevant le soutien d’enseignants et du recteur de l’Université Nationale Autonome de Mexico, et s’étendant en province et dans la société. Le 13 septembre, une grande manifestation parcourt Mexico. Le pouvoir choisit la force en prenant le contrôle de la Cité universitaire et de plusieurs campus quelques jours plus tard. Pour le pouvoir mexicain et le président, il n’est pas question que les Jeux qui approchent soient perturbés par la contestation.

Les étudiants se rassemblent alors sur la Place des Trois Cultures, dans le centre de la capitale, pour un grand meeting le 2 octobre. A la fin de la journée, la police et l’armée interviennent en tirant directement sur les jeunes rassemblés : au-delà du bilan officiel de 20 morts, ce sont des dizaines d’entre eux qui sont tués, peut-être plus de 300, quand d’autres sont arrêtés et plus tard lourdement condamnés. Le mouvement, après les Jeux Olympiques qui se tiennent dans une capitale où le calme est ainsi revenu, reprend avec difficulté avant la reprise des cours début décembre.

Au Sénégal, débute le 27 mai une grève à l’université de Dakar ainsi que dans l’enseignement secondaire et quelques jours plus tard ce sont les syndicats qui appellent à la grève générale.

Plusieurs facteurs convergent pour aboutir à cette situation. A l’université, la massification récente (depuis 1966 surtout) d’un enseignement supérieur encore lié au système français a conduit à réduire le montant des bourses étudiantes, mettant de nombreux étudiants en difficulté puisque certains ne reçoivent plus que la moitié des montants antérieurs. Par ailleurs, les Sénégalais ne représentent qu’un tiers des étudiants à Dakar, les autres étant Français ou originaires d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest, ces derniers étant représentés par un syndicat, l’Union des Etudiants de Dakar (UED), les Sénégalais se retrouvant au sein de l’Union des Etudiants du Sénégal (UDES), un syndicat marqué par le marxisme et l’africanisme. Ces syndicats sont des lieux d’opposition au pouvoir puisque le Sénégal est par ailleurs devenu sous la présidence de Léopold Sédar Senghor un régime de parti unique avec l’Union progressiste sénégalaise. Complétant ces questions universitaires et politiques, la crise sociale sourd en 1968 : la baisse du prix des matières premières, notamment celle de l’arachide, et le problème du chômage des diplômés pèsent sur la situation globale, mais la crise sera surtout urbaine.

C’est bien la question des bourses étudiantes qui déclenche la contestation à partir de mars, l’UDES critiquant par ailleurs la politique gouvernementale et organisant une grève qui malgré les menaces du pouvoir commence le 27 mai, et gagne aussitôt l’enseignement secondaire. L’Université de Dakar, occupée, est le théâtre d’affrontements avec la police qui aboutissent à l’expulsion d’un millier d’étudiants étrangers et l’incarcération de dizaines de personnes. Les syndicats professionnels appellent en solidarité à une grève générale le 29 mai, tandis que des violences gagnent la ville de Dakar. Senghor, qui a choisi la plus grande fermeté avec les étudiants dont il dénonce la proximité avec ceux de Paris, veut en revanche calmer la colère sociale et négocie avec les syndicats : le climat s’apaise, étudiants et syndicalistes emprisonnés sont libérés et le 13 juin des mesures sociales accordent des avantages salariaux conséquents. La grève étudiante dure toutefois jusqu’en septembre, mais là aussi s’achève sur la satisfaction des revendications étudiantes sur les bourses et la réintégration des exclus. Les réformes politiques visant à approfondir la démocratie au Sénégal attendront.  

Au sein du monde communiste, la répression l’a emportée en Tchécoslovaquie avec la normalisation : s’il n’y a pas eu de mouvement étudiant en tant que tel et que le contexte est différent de ce qui se passe à l’Ouest, les jeunes Tchécoslovaques qui appartiennent à la même génération que les étudiants parisiens ou berlinois ont adhéré au printemps de Prague et sont descendus dans les rues lors du déploiement des chars soviétiques à Prague et dans tout le pays. Quand s’efface peu à peu les acquis du printemps, cette génération a conscience qu’elle devra vivre avec un horizon à nouveau rétréci. Si à l’Ouest la mobilisation continue, tout s’arrête brusquement à Prague, et c’est justement en janvier 1969 l’immolation par le feu d’un étudiant, Jan Palach, qui souligne tragiquement l’impasse à l’Est du Rideau de fer.

En 1968, un authentique mouvement étudiant a cependant eu lieu dans une démocratie populaire, en l’occurrence la Pologne. Depuis 1956, le régime de Gomulka, qui apparaissait alors comme le plus libéral des dirigeants communistes, s’est durci et la situation est tendue. La Guerre des Six Jours a incité le pouvoir à rompre ses relations diplomatiques avec Israël, à l’image de l’URSS ; l’opinion est quant à elle davantage acquise à Israël par opposition à l’Union soviétique qui soutient la partie arabe. Or, en janvier 1968, le pouvoir censure au Théâtre National de Varsovie la pièce d’Adam Mickiewicz Les Aïeux (1824) : non seulement l’auteur incarne le combat national mené au XIXe siècle contre l’occupant russe, mais la mise en scène contiendrait des « références antisoviétiques » auxquelles les spectateurs seraient sensibles. En réaction à la censure, les étudiants manifestent le 30 janvier pour que reprennent les représentations, une pétition est lancée dans ce sens, et l’Union des écrivains se déclare vite solidaire de l’initiative. En mars, les étudiants restent mobilisés, en manifestant le 8 ou en rédigeant le 28 un Testament politique. C’est que le régime, et en particulier le ministre de l’Intérieur, le général Mieczyslaw Moczar, a choisi une ligne dure : il réprime les étudiants en faisant intervenir la police et même les ouvriers des usines lors des manifestations, tout en développant un discours populiste hostile à l’intelligentsia (les étudiants seraient des « ennemis de la République », des « sionistes »). Le pouvoir purge les universités en excluant des milliers d’étudiants et plusieurs professeurs, ferme les départements de sciences humaines de l’Université de Varsovie, et au-delà lance une campagne vaste « antisioniste » qui conduit à évincer pour ce motif près de 9 000 Juifs polonais (alors qu’ils ne sont plus alors que 30 000 dans le pays) de l’université, du Parti ou de l’appareil d’Etat, ce qui conduit près de 15 000 personnes à quitter le pays. Ce choix désoriente certains cadres du Parti qui démissionnent, laissant la place à d’autres comme le nouveau ministre de la Défense, un certain Wojciech Jaruzelski. Ce choix du durcissement du régime se confirme dans les mois qui suivent, comme le confirment les procès qui se tiennent jusqu’à l’automne et la participation de la Pologne à l’invasion de la Tchécoslovaquie en août ; il empêche aussi de répondre par la discussion et le compromis au mécontentement de la population. Dans les années suivantes, la situation restera tendue en Pologne.

En Yougoslavie, les étudiants occupent brièvement l’université de Belgrade le 2 juin, mais ce mouvement ne dure que quelques jours au bout desquels Tito tranche en leur faveur contre le Parti et sa bureaucratie.

Si les contextes diffèrent de part et d’autre du Rideau de fer, limitant d’autant la comparaison, il existe des passerelles ente l’Est et l’Ouest issues de 1968. Par exemple Miloš Forman, venu présenter à Cannes son film Au feu les pompiers, le retire de la compétition par solidarité avec ses collègues français acquis au mouvement de mai, puis après août choisit de rester à l’ouest et s’établit aux Etats-Unis ; fasciné par les hippies et la contre-culture américaine, il y réalisera Hair en 1979. Pour prendre un second exemple tchécoslovaque, c’est en 1968 qu’est fondé à Prague le groupe de rock expérimental The Plastic People of the Universe, qui puise ses influences chez Franck Zappa et le Velvet Underground. Le groupe survit avec peine à la normalisation, et en 1976, ses membres seront emprisonnés plusieurs mois car leur musique est jugée subversive, mais leur défense par les dissidents jouera un rôle dans la fondation de la Charte 77 ; en France, ils sont par exemple soutenus par Maurice Najman, un ancien des comités Vietnam parisiens et co-fondateur des Comités d’action Lycéens actifs en mai 1968.

Toutes ces mouvements montrent des liens de parenté : c’est partout la même génération qui conteste l’ordre incarné par les plus âgés, qui partage les mêmes luttes, à commencer contre la guerre du Vietnam, mais donc aussi contre l’impérialisme américain, sans pour autant opter pour l’Union soviétique elle-même impérialiste, partout les mêmes références reviennent, celles de Ho Chi Minh, de Mao, de Castro, de Che Guevara, mais aussi de Trotski et de Bakounine, et partout les mêmes modes d’action sont visibles : manifestations, occupations de locaux universitaires ou de lieux publics, sit-in, jets de pavés à Paris et plus largement affrontements avec les forces de l’ordre.

Leurs prolongements et les conséquences peuvent aussi être comparés.

Le retour à l’ordre se fait en ordre dispersé. Il est rapide, comme en France où les élections de juin contribuent à éteindre le mouvement ; la victoire gaulliste est alors nette, à la différence du référendum perdu d’avril 1969 qui conduit De Gaulle à démissionner. Au Mexique, le massacre de Tlatelolco porte un coup très dur à la contestation étudiante. En Pologne, le pouvoir choisit une autre forme de répression. En Italie ou au Japon, la décélération est plus lente, les mouvements se poursuivant au-delà de 1968.

La contestation s’installe donc aussi dans la durée. Aux Etats-Unis, où la guerre du Vietnam se poursuit après l’élection de Nixon, la contestation continue aussi : le festival de Woodstock, en 1969, l’illustre par exemple, ou le séjour à Hanoï de quelques personnalités comme Joan Baez et Jane Fonda en 1972, au moment même où l’armée américaine bombarde la ville.

Pour éviter d’autres épisodes de contestation, voire la révolution que certains espèrent, certains Etats concernés optent pour des réformes tenant compte de ce qui s’est passé en 1968. En France, on peut d’abord penser à la réforme universitaire de l’automne 1968, qui crée des universités autonomes et entend promouvoir un enseignement moins vertical. Ensuite, Jacques Chaban-Delmas, premier ministre de Pompidou entre 1969 et 1972, entend mener une politique contractuelle, à l’initiative notamment de son conseiller Jacques Delors, et cela passe par des mesures sociales telles que la création d’un « salaire minimum interprofessionnel de croissance ». Plus tard, les réformes giscardiennes adaptent le droit à l’évolution de la société ; la loi Veil de 1975 légalisant l’interruption volontaire de grossesse, une demande de 68, en est le symbole le plus évident.

Au-delà, l’héritage de 1968 est partout immense. A l’Est, il confirme l’incapacité des démocraties populaires à se réformer, au moins tant que des pouvoirs conservateurs se trouvent à leur tête ou tant que l’URSS brejnévienne choisit d’empêcher toute expérience libérale et autonome : c’est une leçon pour la jeune génération pour qui la conquête de la liberté sera un combat de long terme. A l’Ouest, les législations et les institutions s’adaptent peu ou prou aux évolutions sociales et à la pression exercée par la jeune génération, celle des baby-boomers, ce qui entraîne aussi une mutation culturelle profonde.

La violence et le terrorisme ont pu constituer pour certains un prolongement de la contestation de 1968. Au Japon, le terrorisme est incarné par une Fraction armée rouge de la ligue communiste, qui détourne en mars 1970 un avion de Japan Airlines vers Pyongyang ; en 1971 est fondée une Armée Rouge qui commet nombre d’attentats, tuant ainsi 26 personnes en mai 1972 dans l’aéroport de Tel-Aviv. En RFA, le mouvement universitaire s’éteint peu à peu et le SDS se dissout en mars 1970 ; ses membres poursuivent des itinéraires variés, certains rejoignant finalement le SPD. D’autres, avec la « bande à Baader », rejoignent la Fraction Armée Rouge, et dans les années 1970 des attentats frappent des juges, des militaires de l’OTAN ou des banquiers et autres hommes d’affaires (le patron des patrons Hans Martin Schleyer). En Italie, une période de violence succède au mouvement de 1967-69 : les « années de plomb » de la décennie 1970 voient se succéder des attentats terroristes fomentés par l’extrême-droite (l’attentat fasciste de la Piazza Fontana à Milan en décembre 1969, celui de la gare de Bologne en 1980) et par l’extrême-gauche (l’enlèvement, le « procès » et l’assassinat par les Brigades Rouges en mai 1978 de l’ancien président du Conseil démocrate-chrétien Aldo Moro, coupable d’avoir accepté le « compromis historique » qui devait voir l’alliance entre la Démocratie chrétienne et le PCI). Dans ces deux pays, la défiance envers la génération précédente compromise dans le nazisme ou le fascisme et l’impossibilité d’élargir suffisamment le mouvement mène à ces extrémités.

D’autres pays européens connaissent aussi le terrorisme, mais avec une intensité moindre. C’est le cas de la Belgique, avec les Cellules communistes combattantes, surtout actives entre 1983 et 1985, ou de la France, avec les attentats des années 1980 menés par Action Directe (assassinat du PDG de Renault, Georges Besse, ou de René Audran, le directeur des affaires internationales au ministère de la Défense).

 

L’année 1968 ailleurs

L’année 1968 ne saurait se résumer à la guerre froide et aux mouvements étudiants de contestation : les effets de la décolonisation se font encore sentir, de même que des questions non-résolues enveniment la situation au Moyen-Orient.

 

Conséquences du processus de décolonisation

En 1968, la décolonisation qu’ont connu l’Asie puis l’Afrique est en voie d’achèvement, mais le processus n’est pas totalement terminé. L’île Maurice devient ainsi indépendante le 12 mars, tout en demeurant membre du Commonwealth. Le Swaziland britannique (l’Eswatini depuis 2018) devient une monarchie parlementaire indépendante en septembre. La Guinée équatoriale, espagnole, accède à l’indépendance le 12 octobre après dix ans d’autonomie. La situation du Sud-Ouest africain, qui est passé sous mandat de l’Afrique du Sud depuis 1920, n’est pas encore tranchée : un mouvement indépendantiste, le SWAPO (South West Africa People’s Organization), s’oppose par les armes à la police sud-africaine depuis 1966 ; le 12 juin 1968, l’assemblée générale de l’ONU met fin au mandat sud-africain et donne à ce territoire le nom de Namibie, envisageant ainsi une indépendance que ne reconnaitra l’Afrique du Sud qu’en 1990. Si l’indépendance de l’Algérie est effective depuis juillet 1962, ce n’est que le 31 janvier 1968 que la France évacue Mers El-Kébir, de façon anticipée puisque les accords d’Evian laissaient à la France la jouissance de cette base militaire pendant quinze ans.

De nombreux pays vivent donc alors les premières années de leur indépendance et sont dans une période de construction de l’Etat et d’un système politique. Ainsi les Maldives, protectorat britannique jusqu’en 1965, accède alors à l’indépendance sous la forme d’un sultanat : après le référendum du 15 mars 1968 sur la forme du régime, les Maldives deviennent une république le 11 novembre. Au Sénégal, l’année 1968 est aussi celle d’une élection présidentielle, la seconde au suffrage universel et la troisième remportée par Léopold Sédar Senghor : ce 25 février, il gagne aisément le scrutin avec 94% des inscrits et 100% des suffrages exprimés, il est vrai sans opposant et soutenu par le parti unique, l’Union progressiste sénégalaise. Senghor dirigera le pays jusqu’en 1980. En Indonésie commence en mars 1968 le règne de Suharto, qui succède au père de l’indépendance Sukarno, déchu de ses pouvoirs l’année précédente.

En outre et au-delà de la seule année 1968, l’émancipation passe aussi par la question du développement, centrale pour ces pays récemment indépendants : le 1er février s’ouvre ainsi la conférence des Nations Unis sur le commerce et le développement à New Dehli. De son côté, la Chine maoïste offre en avril un soutien à la Tanzanie pour aider le pays à se doter d’un réseau ferroviaire. En août, le barrage Kainji au Nigeria est mis en eau ; il doit fournir de l’électricité au pays ainsi qu’à ses voisins, le Niger et le Bénin.

Par ailleurs, l’instabilité politique, voire de véritables conflits post-coloniaux, perdurent ou s’affirment en 1968.

La question de la guerre du Vietnam est aussi à comprendre dans ce contexte : au-delà d’un conflit de guerre froide, où les Etats-Unis entendent contenir le communisme, il s’agit aussi d’un conflit lié aux conditions dans lesquelles s’est déroulé le retrait français. Ho Chi-Minh avait dès septembre 1945 proclamé l’indépendance de tout le Vietnam : la partition de 1954 n’est qu’un compromis en attendant mieux, c’est-à-dire la réunification du pays.

C’est en Afrique où la décolonisation est plus récente et les Etats moins installés que se fait sentir en 1968 l’instabilité politique. Ainsi, le Tchad est en proie à une guerre civile depuis qu’une rébellion s’est déclarée en 1965 contre le régime du président François Tombalbaye, perçu comme hostile aux populations musulmanes du nord du pays, et qui est mené par le Frolinat (Front de libération nationale du Tchad). Le 11 février 1968, Ibrahim Abatcha, fondateur du Frolinat, est tué par les forces gouvernementales tchadiennes dans une embuscade près d’Abéché. Des troubles éclatent ensuite au Tibesti tchadien en mars, et il faut une intervention française réclamée par le président pour contenir la rébellion toubous des Forces Armées du Nord (les FAN), qui a rejoint le Frolinat.

Au Congo-Brazzaville, le 31 juillet, un putsch donne le pouvoir à Marien Ngouabi : aussitôt, la constitution est abrogée, remplacée par un Acte fondamental le 14 août. Le 31 décembre, Ngouabi, jusque-là « président du Conseil National de la révolution », devient président de la République.

Au Mali, c’est par un coup d’Etat militaire mené par le Comité Militaire de Libération Nationale que le lieutenant Moussa Traoré met fin au mandat du président Modibo Keïta et inaugure un règne qui durera 23 ans. 

En Afrique, la guerre du Biafra qui a commencé l’année précédente prend un tour dramatique. En 1967 en effet, cette région du sud-est du Nigéria, majoritairement peuplée d’Ibos et chrétienne, mais aussi riche en pétrole, a déclaré son indépendance et est entrée en rébellion. Le gouvernement fédéral envoie l’armée réprimer cette tentative sécessionniste : en mai 1968, les rebelles sont pris en étau après la prise d’Onitsha et de Port Harcourt. La France, qui soutient le Biafra, envoie alors des armes à la rébellion. La population civile, elle aussi prise au piège dans ce réduit, est alors confrontée à une terrible famine qui tuera plus d’un million de personnes : dès l’été, les images de cette terrible situation émeuvent les téléspectateurs du monde entier. La Croix-Rouge réussit à mettre en place un pont aérien pour en limiter les effets ; certains médecins français, qui veulent faire plus en alertant sur la situation et en réclamant le droit à agir, se détachent de la Croix-Rouge pour fonder un « Comité international contre le génocide au Biafra » et formeront après le conflit l’ONG Médecins Sans Frontières. La guerre du Biafra, elle, s’achèvera en 1970 avec la défaite des rebelles.

 

1968 au Moyen Orient

Le Moyen-Orient est lui aussi concerné par le processus de décolonisation : en janvier 1968, le Royaume-Uni annonce sa volonté de se retirer des possessions qu’il a encore dans la région, à commencer par Bahreïn et les émirats constituant les « Etats de la Trêve ». Le 27 février à Dubaï, plusieurs émirats dont Abou Dhabi et Dubaï s’entendent pour former un Etat commun qui deviendra en 1971 les Emirats Arabes Unis ; Bahreïn et le Qatar, présents à cette première conférence, se désengageront finalement. Ce retrait britannique aiguise vite les appétits iraniens, l’Iran ayant de prétentions territoriales dans la région ; l’Iran et l’Arabie Saoudite trouveront du reste un accord en octobre sur le partage du plateau continental et des îles dans le Golfe.

Plus largement, le recherche d’autonomie dans la région débouche sur la création à Beyrouth de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP -alors qu’existe déjà depuis 1960 l’OPEP) par l’Arabie saoudite, le Koweït et la Libye, le 9 janvier ; ce n’est qu’en 1970 que l’organisation s’étoffe, avec l’entrée de l’Algérie, du Qatar, d’Abu Dhabi, de Bahreïn et de Dubaï, avant qu’elle ne joue un rôle clé dans le choc pétrolier de 1973.

La question de l’indépendance des Arabes passe par le projet panarabe, que le parti Baas incarne en Irak. Il est déjà parvenu au pouvoir une première fois en 1963, mais un coup d’Etat militaire a rapidement mis fin à cette expérience. Le 17 juillet 1968, les Baassistes prennent le pouvoir en renversant le général Abdul Rahman Aref : un Conseil de Commandement de la Révolution est formé, dirigé par le général Ahmad Hasan al-Bakr qui devient aussi président de la République. Ce coup d’Etat conduit le Parti Baas à confisquer tout le pouvoir, éliminant ses rivaux nassériens ou communistes, et l’on voit s’affirmer en particulier le cousin d’al-Bakr, un certain Saddam Hussein.

Mais c’est la question israélo-palestinienne, qui quelques mois après la guerre des Six Jours, en juin 1967, qui demeure la plus grave et a des conséquences sur toute la région. L’année 1968 commence par un rapprochement d’Israël avec les Etats-Unis, marqué par la fourniture à Tsahal d’avions F4 de l’armée américaine, après une visite de Levi Eshkol à Johnson le 7 janvier. Israël adopte alors une position plus intransigeante : ce même mois, l’Etat hébreu indique à l’ONU son refus d’appliquer la résolution 242 qui lui enjoint de quitter les territoires occupés depuis l’année précédente, alors que l’Organisation vient de créer une mission de médiation menée par le Suédois Gunnar Jarring, qu’Israël refuse de reconnaitre.

Les Palestiniens du Fatah de Yasser Arafat radicalisent leurs actions pour mener l’offensive face à Israël : harcelés par Tsahal qui bombarde le 21 mars 1968 le camp de réfugiés de Karameh en Jordanie, puis le camp de Irbid le 5 juin, faisant près de 60 morts, c’est alors de ce pays et avec l’appui de l’armée du royaume hachémite qu’ils opèrent. Cet appui jordanien durera jusqu’au « Septembre Noir » 1970.

Le Liban devient à la fin de l’année 1968 une autre base arrière des Palestiniens, ce qui incite Israël à mener des premières opérations miliaires au Sud-Liban.

La défaite arabe de 1967 a par ailleurs des conséquences intérieures en Egypte : en février et mars, de grandes manifestations populaires et notamment estudiantines contestent les militaires qui ont failli face à Israël. Nasser reconnait ses propres erreurs et celles de l’armée au pouvoir, et propose un ensemble de réformes institutionnelles visant à exclure les militaires du gouvernement. Un référendum valide ces réformes le 2 mai, avec 99,89% de oui. L’Egypte aussi continue de soutenir la cause arabe et palestinienne : en juin dans le Sinaï, l’armée égyptienne bombarde les positions israéliennes, et les affrontements durent tout l’été. Mais en novembre, c’est bien Israël qui a consolidé sa présence le long du Canal de Suez. Les éléments de crise qui mèneront à la guerre du Kippour en 1973 sont déjà présents. Nasser envisage en effet une revanche égyptienne en modernisant et en équipant son armée : après une visite à Moscou en juillet, l’Egypte se rapproche un peu plus de l’Union soviétique auprès de laquelle elle va pouvoir se fournir.

En juillet 1968, le 4e Congrès National Palestinien durcit la Charte de l’OLP de 1964 en appelant à la lutte armée pour libérer la Palestine, créer un Etat qui recouvrerait l’ensemble de la Palestine historique et donc mettre fin à l’Etat d’Israël : « La Palestine, dans les frontières du mandat britannique, constitue une unité territoriale indivisible », précise l’article 2. Les années suivantes verront une succession d’attentats palestiniens contre Israël. Dès le 17 juillet, le Front populaire de libération de la Palestine détourne le vol Londres-Tel Aviv d’El Al vers Alger et prend en otage les passagers pendant 40 jours, puis le FPLP fait exploser une bombe sur un marché de Jérusalem le 22 novembre, faisant 13 morts ; l’attaque d’un avion d’El Al sur le tarmac de l’aéroport d’Athènes le 26 décembre confirme le choix terroriste, qui culminera avec la prise d’otages de la délégation israélienne aux Jeux Olympiques de Munich en 1972.

Conclusion

Que s’est-il passé en 1968 ? Il serait erroné de vouloir tout expliquer de cette année par la contestation estudiantine ou par l’irruption de la jeunesse sur la scène mondiale. Pourtant, il s’agit bien là d’un élément majeur : une génération rejette avec le cadre politique, social, culturel dans lequel elle a grandi le pouvoir qui l’incarne, celui du général De Gaulle en France, celui de la grande coalition ouest-allemande, celui de Franco même, espérant un changement en profondeur comme à Prague, peut-être une révolution menée avec les ouvriers comme en Italie, se reconnaissant des figures tutélaires communes comme le Che et des combats communs comme le Vietnam. Mais du Royaume-Uni au Japon, les contextes sont bien différents. Diffèrent aussi la réponse de ces pouvoirs : à Varsovie, à Madrid ou à Mexico, le choix de la répression l’emporte ; les démocraties de l’Ouest de l’Europe proposeront par des réformes une autre réponse.

En 1968, ce sont aussi les grandes puissances qui ont été contestées : les Etats-Unis se voient reprocher leur engagement au Vietnam et leur hégémonie à l’Ouest ; le modèle imposé par l’Union soviétique est quant à lui rejeté en Chine ou à Prague ; la décolonisation se poursuit et confirme un certain recul de l’Europe en Afrique ou au Moyen-Orient. Dans ces régions, on saisit en 1968 les conséquences de ce repli : de nouveaux Etats sont nés ou à naître, parfois dans la difficulté comme l’illustrent la guerre du Biafra ou le conflit israélo-arabe.

Pour autant, l’ordre antérieur subsiste : 1968 n’est pas un basculement remettant tout en cause. On l’a vu en Europe occidentale, où « mai 1968 » a produit des effets dans la durée et dans un cadre démocratique. Les puissances continuent de s’imposer dans les relations internationales : les Etats-Unis n’ont pas renoncé à intervenir en Indochine et la doctrine de la souveraineté limitée est là pour réaffirmer l’hégémonie soviétique dans le monde communiste. Malgré la détente, Etats-Unis et URSS sont encore les maîtres d’un monde bipolaire.

 

On trouvera une liste considérable de références pour aller plus loin ou pour illustrer les multiples dimensions de cette année 1968 dans le monde. On peut penser, au cinéma, à Grands soirs et petits matins de William Klein, filmé en mai à Paris ou plus récemment au film de Michele Placido, Le rêve italien (2010), qui illustre par la fiction le cas de l’Italie. La littérature a aussi traité abondamment de cette année ; citons seulement, pour faire le lien entre Est et Ouest du Rideau de fer, L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera, publié en 1984.

 

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